[CR] Millevaux et autres jeux Outsider

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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

FRÉDÉRIC-JACQUES

Suite de la campagne multi-mondes, où le jeu Oriente est utilisé pour étoffer la relation du groupe avec leur guide... avec un MJ qui répond lui aussi aux questions. Une partie enregistrée par Claude Féry.

(temps de lecture : 1 mn / temps d'écoute : 1h33)

Lire / télécharger la partie audio

Joué le 24/08/2019

Le jeu : Oriente, perdre ses repères en traversant la forêt de Millevaux

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dustinsapenga, cc-by-nc, sur flickr.com

Les photos suivantes sont de Claude Féry (par courtoisie)

Commentaires de Thomas après écoute :

A. J’aime que l’invasion prussique s’accompagne d’une invasion forestière. Cela contribue à ancrer Millevaux comme récit d’invasion

B. Qu’est-ce qu’un fauchon ?

C. J’adore la description collective de la maison

D. Comme je le pressentais, Oriente est utile en interscénar pour étoffer la relation avec un PNJ

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E. Je pensais qu’en tant que MJ tu ne poserais que des questions mais finalement tu complètes tes réponses de façon très affirmative, ainsi en décrivant les forêts limbiques (très bonne description au demeurant)

F. Mathieu a bien sais la polysémie du jeu quand il évoque le double sens du mot « torturer » (dans le sens de torture physique ou psychologique)

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Claude :

B. C'est une épée légèrement courbe, dont Xavier a une reproduction en bois.
Dis monsieur MJ on dirait que mon fauchon c'est un vrai en fer et tout et tout
Si je ne l'ai pas validé en jeu, son fauchon est de bois, sa fascination pour les armes alimentera des passerelles.
Ainsi lorsqu'ils quittent le marais de l'île aux courges pour aborder sur l'île de Nouvelle France Simon se surprend à tripoter le tomahawk du brave qui gît à ses pieds, éclusant le souvenir traumatique de la jeune fille qui l'a saisi en dernier.

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E. Je voulais conserver ma position de Meuji mais que cela s'intègre au mieux parmi les interventions des autres joueuses quite à introduire un figurant.

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Pikathulhu
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Message par Pikathulhu »

LE NID DE FOURRE-T-OI-S’Y

Alors que la panique s'empare du village, la Sœur Marie-des-Eaux choisit son camp.

(temps de lecture : 7 minutes)

Joué / écrit le 04/03/2021

Le jeu principal utilisé : Bois-Saule, jeu de rôle solo pour vagabonder dans les ténèbres sauvages de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse.

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Bob Jagendorf, eric schepers, road less trvled

Contenu sensible : disparition d'enfant, harcèlement d'enfant


Passage précédent :

50. Des nouvelles du Vatican
On attaque le dernier volet du roman avec un regard sur le journal intime de la Sœur Marie-des-Eaux et l'apparition inquiétante d'un nouveau protagoniste. (temps de lecture :  7 minutes)

L'histoire :

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Un moment d’égarement, par Sholari111. De la musique de chambre avec un piano fataliste pour forêts humides et hantées et parfois quelques grésillements d’égrégore.

Trois de Descendres

Au cours de la nuit, j'ai été tiraillé par des rêves. J'étais dans les forêts limbiques, plus blêmes que jamais, et Euphrasie se tenait face à moi. Elle me jugeait. Elle n'avait plus de visage. Des milliers de corbeaux étaient perchés dans les arbres à en faire ployer les branches.

Quand je me suis reveillé, en nage malgré le poêle éteint, j'ai compris que mes bonnes résolutions pacifiques n'avaient pas fait long feu. 

Je dois me battre.

Et je ne me battrai pas dans le camp des humains.

Je sais qu'ils veulent s'en prendre aux Corax et ce sont eux que je vais défendre. Je le dois à Frazie.

Je me suis donc levé et sans plus tardé, j'ai tranché dans le brouillard et accouru au village pour voir où les choses en étaient.

L'inquisiteur n'avait pas chômé. Je l'ai trouvé dans le presbytère, où il avait convainqué toutes sortes de villageois pour les interroger dès la nuit-brune, à la lueur des cierges.

Il a insisté pour que j'y assiste. J'ai compris qu'il voyait en moi un allié. Un fanatique comme lui. Alors qu'il alignait les questions les plus intimes, sans user de violence physique, mais avec toute la menace que représentait ses gardes-chiourmes et son propre air de supériorité, je me suis dit qu'il avait de bons éléments pour me juger son égal.

Moi aussi j'ai usé de sales méthodes.

Et je suis peut-être prêt à recommencer si ça me semble nécessaire.

Cela a été au tour de la Sœur Joseph de comparaître. Les chasseurs, formant milice, l'avaient trouvée dans le village, ils lui étaient tombé sur le râble et l'avaient embarquée dans leur gibecière.

"Qu'est-ce que vous faisiez dès potron-minet à rôder dans la grand-rue ?, a-t-il demandé.
- Je cherchais des enfants... Euh, pour les amener à l'école, je veux dire, votre éminence.
- Ne me nommez pas ainsi, je ne suis pas cardinal. Vous pouvez m'appeler votre excellence.
Tu cherchais des enfants, disais-tu ?"

J'ai senti que l'interrogatoire virait à l'accusation. La Sœur Joseph était en train de se décomposer, et ça n'arrangeait pas son affaire.

Moi, j'étais au plus mal et en plus une crise de manque me cueillait de plein fouet. J'avais besoin de mémoire. De me rappeler d'Euphrasie, de Champo, de tous ces visages qui fondaient dans ma tête. Je pouvais faire le deuil de mon enfance, mais perdre mon passé proche, ça m'est insoutenable.

"Quand êtes-vous arrivée aux Voivres ? Avec quelle mission ?
- Je... Je ne m'en souviens plus, a bredouillé l'institutrice.
- Évidemment."

Je n'en pouvais plus. Je bouillais intérieurement, et je suis sûr que cet enfoiré le voyait. Je pouvais discréditer la Sœur Joseph, mais j'en senti que ça reviendrait à trop m'exposer, et donc à compromettre mes futures chances de protéger les Corax.

J'ai même tâté la lame de l'opinel dans ma poche, mais ouvrir la gorge de ce type n'était pas une option non plus. Soit ces dogues m'allumaient avant, soit je me mettais définitivement à dos tout le village en tuant un nouvel ecclésiastique.

Alors, j'ai fermé ma gueule.

Et la Sœur Joseph a été mise à l'isolement.

Et depuis j'ai cet arbuste qui pousse dans ma poitrine et traverse mes organes : la pousse du remords.


Et en rentrant dans la yourte pour rédigé ce foutu journal, j'ai bien compris que j'avais peut-être loupé ma chance et laissé l'inquisiteur enclencher une machine infernale. Comment l'arrêter à présent ?


Image
Tactile Ground, par Robert Rich, de l’ambiant microtonal pour un monde du silence riche d’une vie aussi apaisante qu’angoissante.

Quatre de Descendres

Euphrasie, je vais mal.

Je m'y vois encore. Je suis dans mon château intérieur. Nous sommes dans un grand salon envahi par les branches et les rejets. Je prends une chicorée avec toi. La nappe de la table est bouffée aux mites, griboulue de moisissure. J'essaye de te parler à toi que, oui, j'ai aimée. Mais je ne sais pas quoi te dire.

Et tu ne me réponds pas.

Je tente de me concentrer sur les détails de ta personne. Les soies de ta moustache. Les motifs de ta robe. Mais tout m'échappe.

Et je reprends connaissance, je suis les deux sabots planté dans un guéret. Les entrailles vides de la terre labourée sont ouvertes, insemées. Le vent la fouaille en vagues frigorifiques.

Le Père Bourquin me fixe, avec son menton en galoche et ses yeux de fouine. "J'en reviens pas que j'ai oublié de semer cette parcelle. C'était ma meilleure. Que l’Esprit-Chou me souffle dans le cou ! Mes excuses pour le juron. Par pitié, ma bonne sœur, bénissez ma ferme. Je crois ben que le père Moretti a d'autres chats à fouetter, et moi, qu'est-ce que je vais devenir ?"

Il y a quelque chose de malaisant à voir pleurer un paysan. C'est contre-nature.


Je ne peux pas me permettre ces absences, à un moment qui requiert toutes mes facultés. Par le Vieux, je peux pas.


J'ai constaté qu'au crépuscule, les gens rentraient pas chez eux. Ils étaient encore dehors, en tenue de chasse, à faire la ronde avec leurs fusils. Il fallait que j'aie une discussion avec Moretti, alors je suis allé le voir au presbytère. Je m'attendais bien sûr à ce que mon caractère de merde fasse tout foirer.

"C'est vous qui avez décrété la loi martiale ?
- Je n'ai rien ordonné du tout, mon cher. J'ai juste parlé à cœur ouvert avec les villageois. Je leur ai exposé ce que je savais au sujet de créatures qu'on appelle les Corax, qui sont des changeformes hommes-corbeaux et qui servent le Malin. Ils ont pris d'eux-même la décision de faire des rondes.
- Vous...
- Ah, j'oubliais de vous dire. Un autre enfant a disparu. La petite Odile Vautrin."



Par le con de la Vierge Marie, qu'est-ce que ça voulait bien dire cette fois-ci ?

La Mère Truie était encore en état ?

Le Dârou rôdait toujours ?

Ou bien les Corax m'avaient dupés ?

J'ai pas attendu une explication de plus. J'ai embarqué une torchère et je me suis joint à la battue. Dehors, la bise aurait gelé un canard et pour tout dire, elle a plusieurs fois manqué de souffler ma flamme, mais je m'en foutais.

Il fallait retrouver ce môme.

J'ai marché aux côté de ces chasseurs que je savais mes ennemis, mais je n'ai vu que des hommes attérés d'avoir perdu un enfant.

Nous nous sommes de plus en plus éloignés les uns des autres, et j'ai échoué au Grand-Bois, je ne voyais même plus les lumières, je n'entendais plus les cris.

J'étais juste dans le ventre de la forêt, mais j'avais trouvé des traces de petits sabots, alors j'ai persévéré.

Je savais une chose de moi : mon courage est sans limites. Je n'ai jamais reculé devant le danger. Mais je prenais conscience d'une chose, en fouettant les ramilles pour me frayer un passage, en boualant à m'en faire percer la voix, c'est que le courage ne suffit pas.

Il ne suffit pas à sauver les autres.

Et ce n'est pas du désespoir que ça m'a inspiré. Cela a surtout renforcé ma misanthropie. Cette haine de mes semblables que seul l'amour du Vieux peut atténuer encore. La haine des lâches, la haine des méchants et la haine des intrigants. Je les vois partout autour de moi et les figures d'innocence sont à leur merci.

Car mon courage ne suffit pas à les sauver.

Mais j'ai entendu un cri léger, comme un chevrotement de biche blessée qui m'a fait sauter le cœur jusqu'aux yeux, et j'ai couru, j'ai couru, j'ai arraché les ronces et les aubépines à l'opinel, et j'en ai extraite la petite Odile Vautrin, labourée d'éraflures et au bort de la catalepsie, mais vivante.

Les autres enfants l'avaient emmenée cette nigaude à la chasse aux œufs dans le nid de fourre-t-oi-s’y, à savoir le buisson d’orties et d’auberpines d'où je l'avais tirée.

Ces imbéciles n'ont pas compris la leçon. Leurs farces à répétition ressemblent à l'appel de la forêt. Ils s'ensauvagent et la seule qui pouvait y mettre bon ordre, est maintenant sous séquestre.

Voilà comment s'est conclue cette misérable journée.



Euphrasie,

Tu me manques.

Sans toi, je suis prisonnier sous la glace.


Lexique : 

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) : 
Pour cet épisode : 1555
Total : 92237


Système d'écriture

Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mets à jour au fur et à mesure.


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article
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Message par Pikathulhu »

LA GRAVITÉ

Sexe, drogue et doom metal : la recette d’un Paris sub-urbain où l’on connaît l’extase à l’approche de la mort. Retour sur une incartade d’Inflorenza hors de Millevaux dans le contexte d’un roman qui ne verra jamais le jour.

(temps de lecture : 7 minutes)

Le jeu : Inflorenza, héros, salauds et martyrs dans l'enfer forestier de Millevaux

Joué le 18/06/17 lors de la Tournée Paris est Millevaux 5

Avertissement sur le contenu : voir après l’image

Image
UT Connewitz Photo Crew

Contenu sensible : viol, toxicomanie, nécrophilie


Le théâtre :

Au départ, La Gravité était un projet de roman sur la scène doom metal. J’ai renoncé à écrire ce roman mais j’ai voulu exorciser ça en en faisant un scénario de jeu de rôle. Le voici :

Dans un Paris contemporain qui carbure à l'acide noir et à d'autres drogues, incarnez des personnalités du sub-monde, entre squats où martèle la lourde musique drone et catacombes où le sexe et les ténèbres s'enfantent mutuellement. Un trip fait de bruit et de mort, sans fantastique mais avec de l'occultisme, de la colère, et de la massive passivité.

1 Sexe
2 Drogue
3 Passivité
4 Bruit
5 Drone
6 Ténèbres
7 Gravité
8 Occultisme
9 Sub-Monde
10 Mort
11 Colère
12 Trip


L'histoire :

10 H du soir.
Fosgoth se réveille. Il se dit qu'il doit arrêter de prendre de la merde.
Il met son blouson à franges. Il part avec l'intention de retrouver sa sœur disparue.

Ange est un clodo torturé par les voix dans sa tête. Il arrache ses tatouages

Jean-Gonzague a 14 ans et vit chez ses parents dans le deuxième arrondissement. Il se met du gel dans les cheveux, des lunettes noires, un sweat à capuche noir et fait le mur pour aller à un concert. Il se laboure le mollet sur la gouttière.
Dans son quartier, il rencontre Ange, contre toute logique. Ce dernier se fait une piqûre de fuel mélangé avec le produit nettoyant pour lunettes de Jean-Gonzague. Il lui en propose mais le petit refuse. Il le regarde se shooter puis le suit à un concert.

Cela se passe dans un lycée professionnel désaffecté converti en ateliers d'artistes. Il y a une salle de concert clandé en sous-sol.
3 filles en capuche, dos au public, jouent du drone face à une chèvre crucifiée. Le public headbangue lourdement. 

Jezabel, une gothique rousse, la muse mystérieuse des concerts underground, lui demande son nom. Il dit qu'il s'appelle « Ghost ». Elle l’entraîne dans la fosse jusqu'au bout de la nuit et il obtient son numéro de téléphone. Sauf que ce qu’il ignore, c’est que le portable de Jezabel, est resté chez son frère, Fosgoth.

6h du mat.
Fosgoth dans sa loge. Ampoules, néon. Dans un coin, une groupie. Tout le monde lui est passé dessus. Un blackeux devant un miroir.
Fosgoth monte sur scène, complètement défoncé (il a pris un cocktail de speed et de produits planants). Il a une guitare black dont il tire des sons suraigus. Le batteur, qui jusqu’à présent en était à trois coups par minutes, se réveille.
Fosgoth gueule; c’est ici ce qu’on appelle du chant.
A cause de la dope, il voit très mal mais il repère une image rouge : sa sœur.
Plein de gens montent sur scène, dont Ange, guidé par les voix qui lui demandent de se faire saigner la bouche. Il hurle dans le micro. Slame dans la foule. Une femme punk lui donne un coup de poing américain. Trois gars lui sautent dessus, l'écrasent. On le frappe. On lui tend une demi-douzaine de micros pour qu'il hurle dedans.
La baston éclate. Les videurs Hell's Angels évacuent tout le monde. Jezabel fume une clope. Elle donne au petit un flyer pour le prochain concert. Jean-Gonzague rentre à la maison, se fait incendier par ses parents, les insulte et va se planquer dans sa chambre.

Flashback.
Jezabel et Fosgoth à l'époque où ils sont en coloc avec un autre gars qui est trop défoncé pour se rendre compte de ce qui se passe autour de lui. Frère et sœur jouent au jeu de rôle Kult, c'est Jezabel qui maîtrise. 
Le personnage de Fosgoth est inspiré de The Crow. Romance vénéneuse avec une figurante que Jezabel décrit comme elle se décrirait elle-même.
Ils sont en mission dans le Sub-Monde, le monde souterrain, pour ouvrir un portail et font un rituel de magie sexuelle.
Ensuite, elle décrit la figurante comme une démone, il doit la tuer avec son couteau sacrificiel. Jezabel est penchée sur son écran.
Fosgoth Se réveille le lendemain, Jezabel a abandonné son portable. Un brouillon de SMS : « Je suis désolée pour hier soir. » 

Ange sort du concert. Ambulance. Les Hell’s Angels parlent d'un gamin. 
Jean-Gonzague appelle le numéro Jezabel. C'est Fosgoth qui répond. Le petit raccroche. Fosgoth va sur le profil facebook de Jezabel et voit Ghost en demande d'amis. Il échange avec lui par Messenger. Fosgoth joue cartes sur table. Puis il va chez Ange, et s'étale sur un matelas dégueulasse.

Deuxième concert. Cette fois, c’est dans les catacombes. Un groupe joue du psyché-drone. Pipes à eau, tentures vertes. Symbole de dragon. Fumée, projos verts et rouges.
Jezabel entraîne Ghost au loin dans les tunnels sans lumière. Fosgoth et Ange les suivent et s'engueulent. 
Jezabel apprend à Ghost à jouer de la guitare drone, elle se tient contre son dos.
Fosgoth et Ange les rejoignent. « Tu m'en veux d'avoir suriné Julien ? Je regrette pas d'avoir suriné ton petit copain : c'était un connard et un violeur. » On comprend que Fosgoth a fait de la taule à cause de ça et que ça explique son comportement autodestructeur actuel.

Son briquet s'éteint. Quand il se rallume, Jezabel a disparu. 

Fosgoth et Ange vont au Père Lachaise pisser sur la tombe de Julien. Ange se masturbe dessus. Fosgoth se barre. Ange descend dans un caveau. Il ouvre un cercueil et baise Jezabel morte.
Il se réveille à ses côtés dans l'appartement de Jezabel. Ils baisent mais elle fait la planche.

Concert de doom.
Headbangs lents et violents. Croix et draps noirs. 
Le chanteur est un gros barbu avec des larmes noires peintes sur le visage, il chante la mort. La claviériste invite Ghost à monter sur scène. Le chanteur se met dos contre lui, crâne contre crâne et chante en direction d'un crâne dans une alcôve. 
Ghost joue tout ce qu'il a. Il a des visions. Des baleines, des pieuvres, des seiches et des poissons des abysses.

Fosgoth se pique le bras. 
Il est au concert de doom, il voit Jezabel, il va vers elle mais un danseur le bloque. Jezabel s'enfonce dans le sol. 
Ange se réveille à l'HP. Jezabel entre et le baise. Puis il devient son esclave, elle lui pompe du sang pour faire du fuel.


Playlist :

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A Bureaucratic Desire For Extra Capsular Extraction, par Earth, les touts premiers élans du drone, massif, répétitif, lysergique, chtonien.

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S/T, par Compost Golem, 15 minutes de la meilleure lourdeur que puisse offrir le black, le doom, la drone et le noise pour une rencontre avec une entité métaphysique terminale.

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Weighing souls with sand, par The Angelic Process, du black metal / shoegaze à chant clair, violent, beau et triste à la fois.

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Almost Invisible, par Subarachnoid Space, le pinacle du psyché-drone pour l'exploration infinie d'un temple sonique voué au dieu du mescal.

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Rising Of Yog-Sothoth : Tribute To Thergothon, une cohorte funeral doom en procession lente, baveuse et caverneuses vers les cryptes de la mort décérébrée et chtonienne.

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The Black Flux, par Virus, entre black metal à chant clair sous zéro absolu, post-punk solidifié et jazz martial, une longue incantation nihiliste et raffinée qui traverse la moelle.


Feuilles de personnage :

Ange

+ Je cherche la rédemption, SDF camé au fuel, écorché.
+ Je ne sais pas si je suis vivant ou mort.
+ (barré) Laissez-moi sortir : colère !
+ Attirance malsaine pour Jezabel.
+ La vérité entraînera ma perte.
+ Frustration sexuelle.
+ Vous ne pouvez pas m'arrêter.
+ Amoureux d'une vivante.
+ Devient le jouet de Jezabel.

Fosgoth

+ Je veux retrouver ma sœur perdue dans le noir.
+ (barré) Ma condition me fout la haine.
+ J'ai fait une partie de jeu de rôle dans le sub-monde étrangement réelle qui m'a mis mal à l'aise.
+ J'ai loupé ma sœur cette nuit.
+ (barré) Je me sens comme une grosse larve.
+ Le drone m'a envoûté cette soirée.
+ Je crains d'avoir laissé Jezabelle s'échapper définitivement.

Jean-Gonzague, aka Ghost

+ Je voudrais trouver ma véritable place.
+ La musique, c'est mon futur univers.
+ Je plane avec la musique.
+ J'ai vraiment pas de chance.
+ La musique des abysses est la clef de l'être.

Jezabel :
+ (barré) Je veux que Ghost devienne ma poupée.
+ Le temps nous écrase tous.
+ Le bruit a échoué à me cacher.
+ Les ténèbres triomphent toujours et je suis leur voix.
+ Je suis désolée, Fosgoth.
+ La dernière messe noire pourrait être fatale.
+ Nous jouons une dernière partition dans les ténèbres.
+ J'ai joué la morte.


Retour de l’équipe :

Joueuse de Ghost :

+ Le jeu en personnages séparés m'a posé problème. On aurait dû jouer un groupe.

Joueur d'Ange :

+ J'ai eu du mal à capter les différents scores des dés.

Joueur de Fosgoth :

+ On voit que le système entraîne vers la déliquescence. C'est très sympa.
+ Au début, j'étais un peu paumé dans mes possibilités. Je voulais pas être trop intrusif et j'ai vu ensuite que c'était possible (quand Jezabel va voir Ange à l'HP)
+ C'était bien que tu aies interprété ma sœur perdue. Cela a créé une incompréhension fertile.
+ On sent que le système pousse à ce que ça aille de mal en pis. La toile de jeu s'y prêtait bien, le sous-monde mélasseux.

Joueur d'Ange :
+ Le flash-back j'ai trouvé ça excellent, avec la mise en abîme.
+ Le côté MJ tournant, ça marchait plutôt bien.
+ Quand on s'oppose aux autres, on récupère des phrases, je le vois comme une récompense.
+ Le système de phrases est sympa.
+ J'aime bien l'ambiance malsaine.
+ On s'est un peu courus après les uns les autres. Mais avec un jeu à MJ tournant c'est pas gênant parce que tu restes investi dans ce qui se passe.

Joueur de Fosgoth :
+ J'ai eu une appréhension quand tu as entraîné le gosse dans un milieu obscur.

Joueuse de Ghost :
+ C'était limite trop compliqué pour faire une dynamique de groupe. J'avais imaginé mon perso au départ mais j'aurais dû le changer en connaissant le reste du groupe.

Retour personnel :

+ Au départ, le jeu s'est cherché pour se réunir et ça a mis un peu de temps mais ça restait convenable. Le personnage de Ghost cassait le côté trop dark, apportait un peu de fraîcheur, tu peux jouer des persos très opposés.
+ La vision des seiches et autres baleines quand Ghost joue est inspirée de l’excellente BD Doom Boy
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Message par Pikathulhu »

52. RÉCUSE-POTOT

Quand l'ordinaire entre en collision avec l'horreur.

(temps de lecture : 9 minutes)

Joué / écrit le 08/03/2021

Le jeu principal utilisé : Bois-Saule, jeu de rôle solo pour vagabonder dans les ténèbres sauvages de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse.

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Lidine Mia, cc-by-sa

Contenu sensible : humiliation, blessures graves


Passage précédent :

51. Le nid de fourre-t-oi-s’y
Alors que la panique s'empare du village, la Sœur Marie-des-Eaux choisit son camp. (temps de lecture : 7 minutes)

L'histoire :

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Everywhere at the end of time, par The Caretaker, une épopée sonore sur l’oubli, à base de vinyles de la Belle Epoque, de plus en plus scratchés et déformés, une œuvre belle de bout en bout, mais de plus en plus éprouvante au fur et à mesure que les souvenirs, la raison et le sentiment de sécurité s’effacent. Un parcours poignant à la fois apaisé et angoissé par des intermèdes de nostalgie heureuse.

Vingt de descendres ?

Je ne suis pas certain du jour exact, je n'ai pas osé demander. 

J'ai eu une très longue absence. J'ai repris connaissance au milieu du site néolithique des Forges Quenot.

Ma robe était dans un état de saleté intégral. J'avais perdu ma coiffe. J'avais mal partout.

J'étais allongé sur la pierre de fertilité, en connexion directe avec tout ce que cette terre recèle de paganisme.

Qu'est-ce qui a bien pu m'arriver pendant tout ce temps ? Je l'ai oublié.

Je me suis traîné jusqu'au village, ne faisant une halte par la yourte que faire une toilette rapide. J'avais besoin de comprendre comment les choses avaient évolué là-bas.

J'ai rasé les habitations sous le couvert des arbustes nus comme des araignées mutantes. C'était au crépuscule, juste avant l'heure de traire les vaches.

C'est là que j'ai vu tous les gamins et les gamines. Ils se sont retrouvés dans la cour derrière l'église, ils portaient tous un seau de bois qui contenait quelque chose de fumant.

Ils se dirent : "Bon, on fait quoi maintenant ?".

Et c'est tout à leur désœuvrement qu'ils entamèrent une partie de poule-renard-vipère.

Je les voyais se courir après, j'entendais les cris, je sentais presque les pincements et les coups. La vie sauvage dans son plus parfait déploiement, si prompte à ressurgir derrière un infime vernis d'humanité. La chasse de tous par tous.

C'est alors qu'est arrivé le Fleurance Jacopin, les mains dans les poches, quelque bestiole crevée dans sa besace. Ils se sont tous tourné vers lui et l'ont dévisagé.

"Les copains, je vais vous proposer un jeu extra..."

Ils continuaient à le regarder.

Je me suis moi-même concentré sur ces enfants. J'ai vu les bleus sur les genoux, les écorchures au visage, les yeux tuméfiés.

"Tu sais bien que nos parents nous ont mis la schlague de notre vie, dirent les mômes au Fleurance. Pour la chasse au Dârou et pour le nid de fourre-toi-s'y. 
Tout c'est ta faute !

Récuse potot !

Récuse potot !"

Ils empoignèrent tous et toutes leurs seaux, ils étaient chargés de fumier, et ils le lancèrent à l'unisson sur le Fleurance jusqu'à ce qu'il soit couvert de paille et de merdre, une sorte d'épouvantail qui geignait, puait et dégoulinait.

Puis ils ont pris les seaux par les anses et ont commencé à lui taper dessus avec, en bouâlant :

"Récuse potot !

Récuse potot !"

J'ai aucune amitié pour le Fleurance Jacopin mais ça allait trop de loin.

Il s'est enfui à toutes jambes, perdant un de ses sabots dans la foulée, les sauvageons lui ont donné la chasse dans un hurlement choral, et moi je leur ai couru après pour faire cesser ça.

Les uns à la courre des autres, nous avons dévalé la grand-rue avec un déchirement de gorges déployées.

Le Fleurance a stoppé net devant une porte de grange et il s'est laissé rattrapper par ses poursuivants parce qu'il avait juste perdu l'usage de ses jambes.

Et ce qu'on a vu nous a tous planté sur place.

Sur la porte, il y avait un corbeau cloué par les ailes et le cœur. C'était une prise du Nônô Élie, il venait tout juste de l'y mettre, et se tenait là, fier de son trophée.

De l'oiseau il coulait un flux improbable de sang.

Et il a commencé à se transformer. Les plumes ont tombé une à une, révélant une peau de poulet dont les pores se refermèrent peu à peu, à mesure que le corps enflait et que les écailles des pattes s'étiolaient.

Le corps fut bientôt trop massif pour les clous, et c'est un paquet de chair rouge qui chut sur la dalle gelée. 

Les ailes déplumées se tortillaient en tous sens et devinrent des bras. Le bec s'arracha de la tête et des cheveux poussèrent sur le crâne avec un bruit abject.

Ce n'était plus un corbeau mort, c'était une femme morte.

Belle et maigre et nue avec une marque en forme d'œil scarifiée sur le front.

J'ai compris alors quelque chose de fondamental.

Ce que le Nônô Élie avait fait, en toute connaissance de cause, c'était un exorcisme.

Je me suis tourné vers le chasseur, il avait la face rouge, le visage gonflé et les yeux qui lui sortaient presque de la tête, impossible à lire, tendu entre la jubilation et la désolation.

Cet homme était un exorciste, comme moi.

Je lui ai allongé une patate dans la gueule à assomer un taureau, mais le cœur n'y était pas.

La colère avait reflué en moi, pour faire presque aussitôt place au chagrin.

La perte d'une personne que je n'avais même pas eu l'occasion de connaître.

L'insondable tristesse au fond du miroir qu'on me tendait.

Je suis parti.

Je suis parti par les sentes et les chemins, sous la pluie mordante d'hiver qui s'est déclarée.

Dépenaillé et déconcerté.

J'ai mis mes mains grêles sur les yeux, et seuls les arbres m'étaient témoin.

Et j'ai pleuré.

J'ai pleuré tout le sel de mon corps et je crois que ça m'a fait un peu de bien.

Et c'est dans cet état que la presque-nuit m'a cueilli.

Moi qui plus jamais ne serai un exorciste, mais un simple servant du Vieux.

Moi qui avais été l'instrument d'une guerre sainte dont les Voivres n'est qu'un lointain écho, une guerre qui a retenti dans toutes les Vosges et bien plus loin encore dans la forêt d'autour qui recouvre ce qui jadis avait été le monde.


Image
Deconstruction of the World, par Sophia, du dark ambient orchestral pour le jour de sortie de l’abri antiatomique.

Vingt et un de Descendres

Les douleurs corporelles sont revenues en force.

Comme je ne pouvais pas fermer l'oeil, je me suis levé. J'ai jeté mes habits de religieuse au poêle. J'ai enfilé des habits de Champo, ils étaient trop amples et trop courts pour moi, mais j'ai retrouvé l'odeur de vieux et de cigarette, j'ai eu l'impression de le sentir auprès de moi, faire partie de moi.

Dehors, les jouets à vent s'agitaient en tout sens et tintinabulaient comme jamais. L'air polaire a frappé mon visage et ébouriffé mes cheveux qui repoussaient.

C'est la tempête du siècle que j'ai dû traverser pour aller jusqu'au presbytère. Dans le village, les chiens poussaient des gueulements de Jugement Dernier et secouaient leurs chaînes comme des damnés. Je voulais une explication avec l'inquisiteur et ça ne pouvait plus attendre. 

Je le trouvai lui-même éveillé, au fond de la cave.

Ça empestait le brûlé et les murs étaient noirs de suie. La lampe à graisse l'éclairait tout zébré d'ombre et de lumières, alors qu'il interrogeait encore et encore la Sœur Joseph, en larmes sur sa chaise.

"Vous finirez bien par me dire ce que vous savez au sujet de vos alliés en noir."

"Vous êtes devenu fou, lui lançai-je. C'est vous qui avez provoqué tout ça."

Il se tourna vers moi, et je ne sais comment il y parvint, mais son visage exprima toute la colère du juste :

"Comment osez-vous ? Vous prenez des habits séculaires, et maintenant vous êtes dans le camp des démons ?
- C'est vous le démon."

J'ai vraiment été à un doigt de lui ouvrir la gorge comme le maire Fréchin le fait avec les chapons pour la Noël qui approche.

"Vraiment ? Alors suivez-moi et constatez de quoi vos amis sont capables !"

Ce qu'il me montra dans l'alcôve d'à côté, je n'étais pas du tout préparé à le voir.


Je me retrouvai happé dans le récit qu'on me fit des récents événements, ainsi qu'un loup traqué tombe dans une fosse en plein bois.

Je suivais la marche du Dieudonné Florentin à travers les champs, auprès de cette terre que la neige se refuse à recouvrir, alors que les plantules offrent leur museau à la morsure du gel.

C'est un jeune paysan qui tourne vieux célibataire et qui sent un peu trop la bouse et s'est empêtré dans des habitudes qui le rendent ridicule, se moucher dans ses manches de gilet, porter son béret de travers, ou priser en respirant trop fort.

Il a un visage d'innocent qui tourne au bonasse avec les ans.

Il me parle alors qu'il piétine sous les arbres morts. 

Il sort un beignet de carnaval de sa musette. Un morceau rassis qui forme pourtant une jolie tresse, et dégage encore des arômes de gras, de sucre et de printemps.

"C'est la Colotte Dautreville qui m'a cuisiné ce beignet. J'ai jamais voulu le manger.
J'ai jamais trouvé de fille parce que les filles ça me fait peur. Elles ont des rires que je comprends pas et pis des grandes figures qui mijotent. Pour sûr j'aime les filles, mais j'ose pas les aborder. J'ai même jamais dansé avec aucune au bal de la Saint-Jean, pour que je me souvienne.

Mais à Mardi-Gras, y'a eu le rituel du dônage. Toutes les personnes à marier du village étaient tirées du lit et devaient présenter devant l'église. Et là, y'a eu le Nônô Élie qu'à lu la liste des "dônés". Ils mettaient tous les garçons et les filles célibataires par couple pour des fiançailles de paille.

ça m'a fait vraiment tout drôle quand j'ai entendu mon nom :

"Je dône le Dieudonné Florentin... 

à la Colotte Dautreville".

Y'avaient tous les curieuses et les jaseurs du village à cette fête bien sûr, et ça les a fait tous bien rigoler, parce que moi je suis plus si jeune et la Colotte est tout juste sortie de son corset, si vous voyez ce que je veux dire. Le Dônage c'est pas qu'un office pour arranger des couples, c'est aussi une occasion pour se moquer et nous deux on avait été les dindons de la farce.

Donc une semaine après, comme le voulait le coutume vu que j'étais son fiancé de paille, je suis allé chez ses parents pour manger les beignets.

Bon, je dirais pas qu'ils étaient contents de me voir.

C'est la Colotte qui avait préparé les beignets et tous les deux on s'est pas décroché un mot de l'après-midi, tout ce que j'ai eu le cran de faire, c'est la regarder, et sa peau c'était une sorte de tissu tout fin, et elle avait les joues qui piquaient un de ces fards, et ses yeux c'étaient genre les yeux d'une biche et elle avait un visage tout rond, une vraie galette qui sentait aussi bon que ses beignets, et levée pareil, pleine de bon air.

Alors le pet-de-nonne, euh, si vous me pardonnez l'expression, je l'ai fourré dans ma musette pour me rappeler à jamais ce moment.

Dans la foulée, les dônés peuvent se déclarer si ça se trouve qu'on se plaît, mais j'ai jamais, jamais eu le courage.

Tout ce que je fais, c'est me promener comme maintenant et sentir ce qui reste d'odeur dans le beignet pour habiter cette après-midi à tout jamais."

C'est là que j'ai remarqué que les arbres étaient à nouveau recouverts de feuillage.

Un feuillage aux couleurs de la nuit.

Un essaim de corbeaux s'en échappa et fondit sur le pauvre puceau. Et j'ai rien pu faire, puisque techniquement j'étais même pas là.

"C'est comme si j'étais passé sous une schlucht qui dévalait", finit-il dans un râle.

Il était allongé sur un plateau de pierre dans la cave. 

Déchiré de partout, labouré, une pelote de sang.

Ce qu'on chasse finit toujours par nous chasser.


J'étais venu dans cette cave pour prouver que j'avais raison, et j'en suis ressorti en ayant compris que la haine était désormais dans les deux camps. C'est pour ça que j'ai même pas eu le cœur de tuer Moretti cette nuit-là.

Pourtant, je dois retourner voir les Corax. On peut pas en rester là, et pour tout dire j'ai bien peur qu'ils m'attirent encore.


Je suis reparti sans plus tarder, la Bernadette arrivait pour soigner le blesser et je voulais pas la croiser.

Au milieu de la lune, je suis comme ça redescendu aux Forges Quenot, je me suis dévêtu et j'ai pris un bain glacé dans le courant furieux de la rivière, et la tempête me fouettait et j'en voulais encore plus, pour me sentir en chair et en os, il me fallait de la douleur, pour la première fois ce n'était plus un fardeau ni une faille pour explorer ces souvenirs, c'était juste un rappel à la vie, les éléments qui me percutent et mes os qui entaillent mes muscles, c'était une raison de continuer.

Car ma vérité m'attend au bout du chemin.

Et l'eau finira par nous laver de toutes nos peines.


Lexique : 

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) : 
Pour cet épisode : 2366
Total : 92237


Système d'écriture

Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mets à jour au fur et à mesure.


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

EN PERDITION DANS LES FORÊTS LIMBIQUES

Une partie très psychédélique d'un mix de Fripouille et d'Ecorce, avec une concept de campagne ouverte exploitant la plasticité des forêts limbiques. Avec en sus un lot de 24 prétirés pour le jeu de rôle Fripouille ! Un récit par nomParDefaut !

(temps de lecture : 9 mn)

Joué le 30/10/2019

Les jeux utilisés :

+ Écorce, par Thomas Munier. Aventures extrêmes dans les forêts maudites de Millevaux. Viscéral. Survivaliste. A l'ancienne. 
+ Le jeu : Fripouille, par Claude Féry, aventures rapides aux accents de donjon moisis dans la forêt de Millevaux

Image
waferboard, cc-by, sur flickr


Les documents à télécharger :

24 prétirés, format pdf
24 prétirés, format texte
Hérault, feuille de personnage, format texte

Hérault, feuille de personnage, format PDF
Germaine, feuille de personnage, format texte
Germaine, feuille de personnage, format PDF


Intentions et contexte :

Cette "campagne" se place dans un contexte particulier. Je joue régulièrement avec quelques amis sur roll20, la campagne principale que je maîtrise est du warhammer et je préfère éviter que des joueurs soient absent durant les séances. Ainsi l'idée était d'une part d'avoir quelque chose à faire jouer sans préparation lorsque tout le monde n'est pas dispo et d'autre part de changer d'atmosphère de temps à autres. 

Au niveau des mécaniques, j'ai fait un genre de mix de Fripouille et Écorce, j'ai aussi pioché des tables aléatoires d'un peu chaque autre jeux disponibles, de plus je recycle des scènes jouées ou écoutées. Je voulais avoir quelque chose de jouable quasi-immédiatement, j'ai donc tiré 12 personnages jouables, les joueurs étaient invités à en créer s'ils le souhaitaient. 

Chaque partie peut être dépendante ou non des autres parties selon la volonté des joueurs. Ainsi l'une des contraintes que je me suis fixée était de donner une ambiance onirique afin que chaque partie qu'elle arrive ou non à une fin puisse être interrompue sans pour autant être reprise au point où elle était lors de la partie suivante. Pour l'ambiance onirique, j'ignore si j'ai été conforme à mes aspirations. 

La construction des prétirés s'est faite sur la durée, pendant des moments de pause, pour se changer les idées. 

Reprendre des éléments déformés de la campagne que Thomas Munier nous a fait jouer était la solution de facilité (et cela m'amusait, les joueurs quant à eux ne sont pas au courant). Réaliser le CR m'a donné envie de relancer des parties. Les occasions de non-jouer l'autre campagne se faisant rares, je proposerais peut-être des parties irrégulières spécialement pour ça. L'un des deux joueurs a l'air motivé.


Le théâtre :

La campagne se situe principalement dans et autour des forêts limbiques que j'ai choisi de dépeindre comme un immense entrelac organique, un genre de réseau racinaire de neurones vivants en perpétuelle réorganisation. Quelque part à proximité de ce qui est décrit que comme le nexus de ce réseau (en réalité rien n'assure qu'il n'y en a pas plusieurs) se situe une communauté improbable d'humains et de méta-humains. Cette communauté, appelée Frippeville, se trouve physiquement quelque part dans Millevaux mais elle comprend tant et tant d'ouvertures vers les forêts limbiques dans ses environs et même en son sein qu'il est impossible de s'y rendre par la surface sans tomber dans une trappe limbique. L'adage veut qu'IL EST IMPOSSIBLE DE SE RENDRE À FRIPPEVILLE, ON NE PEUT QUE S'Y PERDRE. Des paumés venus non seulement de Millevaux mais aussi du monde entier y échouent avec leurs misérables richesses. Certaines rumeurs avancent que la ville "bénéficierait" même par ce réseau d'un accès privilégié vers des mondes extérieurs et qu'il n'est pas rare d'entendre une fripouille (car c'est ainsi que se nomment les habitants de ce bidonville) prétendre avoir été enlevée par des martiens ou des sélénites. La ville se présente comme un immense bidonville logé dans ce qui pourrait être qualifié de clairière titanesque bordée d'arbres aux dimensions cyclopéennes. Les habitations, ou plutôt l'habitat, se présente comme une soupe visqueuse de tentes, de bois, de plastique et tôles débordant dans la forêt, coulant dans les infractuosités chthoniennes et envahissant les sinuosités limbiques qui l'environnent. Les habitants vivotent tour à tour d'embrouilles et de débrouille dans une perpétuelle inconstance. Il n'existe aucune hiérarchie ni structure établie au sein de la ville et pour cause, toute forme d'accumulation quelle qu'elle soit, matérielle, sociale ou spirituelle, représente un poids qui sera in fine dévoré. La physique se dérobe littéralement sous les pas de l'accumulateur. Lui et ses possessions finissent invariablement par être aspirés, présume-t-on, par les forêts limbiques. Frippeville est un bidonville peuplé de clochards, une jungle humaine, une mer bouillonnante de détritus aux remous permanents. C'est le fond où finissent tous les paumés. On ne s'y rend pas, on s'y perd.


Début de l'aventure (le choix que j'ai fait parmi d'autres envisageables) :

Les joueurs commencent nulle part dans les forêts limbiques. Ils prennent conscience dans un amas de limaces géantes desséchées. Non loin, une silhouette humanoïde projette une poudre sur une poignée de limaces bien grasses. Celles-ci se recroquevillent en laissant échapper un son mi-grinçant, mi-glougloutant, ainsi qu'un liquide visqueux dont la silhouette humanoïde se repaît l'aspirant du bout de ce qui semble être une langue disproportionnée. Pour la plupart des PJ, le seul souvenir qu'il leur reste est d'avoir été chanceux de réchapper aux limaces et ont vaguement conscience d'être des Fripouilles (habitant de Frippeville), ou du moins de l'avoir été.

La silhouette humanoïde se présente comme "le maître des forêts limbiques". En dévorant la substance des limaces, il a acquis les souvenirs des PJ. Or, il se trouve qu'il convoite plus que tout l'accès de Frippeville. En effet, il prétend connaître toutes les voies limbiques et pourtant, ce nexus qui lui offrirait accès à tous les accès s'est toujours dérobé à lui. D'aussi loin qu'il se souvienne, il l'a toujours recherché sans parvenir à s'y rendre. Il ne se montrera pour autant pas hostile aux PJ, il a déjà obtenu d'eux tout ce qu'ils avaient à offrir. Si les PJ s'entretiennent avec lui, il leur suggérera de se perdre jusqu'à Frippeville et de lui montrer la voie en échange de quoi il promettra toutes les richesses que l'imagination des PJ saura formuler.

À partir de là les PJ sont invités à explorer Millevaux par les forêts limbiques, guidés ou non par leur hôte, le maître des forêts limbiques. La notion d'espace-temps est floue dans cet espace sinueux, organique, racinaire et chthonien que représente les forêts limbiques, aussi le MJ n'est pas tenu de (et est même encouragé à) ne pas respecter la notion de causalité d'une aventure à l'autre. Les incohérences temporelles font partie de l'aventure et peu à peu les PJ prendront conscience que chaque accès aux forêts limbiques donne sur une réalité parallèle étrangement ~di~similaire~. Frippeville sera explorée par le biais de flash-back.


Aventure :

Nous avons jusqu'à présent joué deux parties sur environ 4h à 6h au total. Voici mes notes :

Les 2 PJ (Germaine et Hérault) ont pris conscience au milieu de cadavres de limaces. Ils ont rencontré un personnage se présentant comme étant "le maître des forêt limbiques". Détails étrange, toutes les couleurs sont inversées. Désorientés, les 2 PJ échangent avec ce dernier. Pour gagner leur confiance, il leur propose plusieurs marchés. Ainsi Hérault échange plusieurs de ses souvenirs en échange de quoi le MDFL (maître des forets limbiques) lui remet des objets ésotériques et brillants : un sifflet ayant le pouvoir d'ouvrir des passages vers les forêts limbiques, une gourde en argent noire (blanche dans les forêts limbiques) et un sac en cuir "plus spacieux à l'intérieur qu'à l'extérieur". Le MDFL introduit sa langue dans l'oreille ou l’œil de Hérault pour absorber les souvenirs. Il se montre par ailleurs affable et explique aux joueurs quel est l'objet de ses désirs, finalement, il passe un pacte avec Hérault : Frippeville contre le secret de l'immortalité. Germaine se montre plus réservée vis-à-vis de cet individu.

Les joueurs suivent donc les recommandations du MDFL de "se perdre". Ils arpentent les sinueuses galeries limbiques. Il s'agit d'un enchevêtrement de galeries lardées de racines semblables à des arbres à l'envers. Le spectre des couleurs semble inversé ainsi tous les éléments du décor semblent luire d'une lueur blanche-rouge-violettasse, blafarde et vaguement phosphorescente.  Comme mues par une volonté consciente, des voies semblent s'ouvrir, se fermer, devenir plus accueillantes suivant la volonté des PJ. Exaspéré, Hérault lance à la ronde que ça s'arrête ! Qu'ils sont sensés se perdre et qu'en leur facilitant la tâche on l'empêche de parvenir à ses fins. Le phénomène se stoppe timidement. Finalement, les PJ débouchent sur un passage menant vers une zone forestière. Le spectre des couleurs redevient normal lorsqu'ils débouchent sur ce qui semble être l'extérieur. Un lieu chaud, humide, envahi par les arbres et la végétation et boueux. Ils remarquent la carcasse d'un buggy. Hérault souffle dans son sifflet, le sol se dérobe sous ses pieds et ceux de Germaine. Les deux PJ se retrouvent à nouveau dans les forêts limbiques. Ils arpentent à nouveau les galeries et finissent par se retrouver cernés par un groupe de limaces affamées. Ils choisissent l'affrontement. Les limaces ont pour particularité d'avoir une gueule à l'intérieur de leur gueule qui peut se projeter (un peu comme l'alien dans... Alien) et de cette seconde gueule une longue langue mobile et sinueuse se projette à la recherche des orifices les plus accessibles des PJ (bouche, oreilles, yeux...). Ceux-ci parviennent à grand renfort d'opiniâtreté à tuer une partie des limaces et en tout cas à repousser le reste tout en gardant leurs orifices (et selon toute vraisemblance leur mémoire) inviolés. 

Hérault se demande s'il pourrait pas se faire greffer une langue de limace. Quant à elle, Germaine ressent le besoin de sniffer une partie de la poudre jaune contenue dans son inventaire. Elle est alors assailli par plusieurs révélations : 
i. Elle se souvient d'être dans un taudis, de se voir elle-même et d'expliquer d'une voix masculine "qu'tu d'vrais t'barrer parc'qu'Ed-l'skinhead veut un foie et qu's'rait con qu'soit l'tiens !"
ii. Elle se traine hagarde, "tombe des forêts limbiques" dans Frippeville, elle a conscience d'être dans la peau du MDFL. 
iii. Elle prend conscience d'un rituel permettant de greffer une langue étrangère à Hérault et que cet acte sera la premier pas vers l'accomplissement du pacte qu'il a conclu avec le futur ex-MDFL. 

Revenue de son trip, Germaine coupe l'ancienne langue d'Hérault et lui en greffe une des limaces vaincues. Hérault prend connaissance de certaines limitations de son nouveau membre, en particulier, sa nouvelle langue ne supporte pas le contact du sel.

Les PJ se remettent en marche dans les forêts limbiques, ils retrouvent un nouvel accès et débarquent sur la même scène que précédemment mais cette fois-ci les choses semblent différentes. Le buggy semble plus délabré, rouillé. À son bord, deux cadavres rongés par la vermine, celui d'une vieille femme et d'une enfant à tête de corbeau. À proximité, se trouve un amas de boue rougeâtre. Les PJ décident de remonter les traces de pneus du buggy encore bien ancrés dans la terre meuble.


Voici les notes du joueur incarnant Hérault (avec sa permission) :

"On se réveille dans les Forêts Limbiques, entourés de limaces salées, avec un gros pervers qui faisait slurp avec sa langue. Le maître des Forêts des Limbiques. Il nous demande de retrouver Frippeville.

Il me donne une gourde en argent contre un souvenir, et un sac beau et spacieux. Je passe un pacte avec lui : l'immortalité contre l'emplacement de Frippeville.

J'ai la certitude que mon sifflet m'ouvrira la porte des forêts limbiques.

On essaye de se perdre pour trouver l'entrée. On trouve une gélatine de souvenir bizarres. On étripe une limace mnémophage en la bombardant de limaces salées et à coup de barre à mine.

Mme Perdue / Germaine me greffe la langue de la limace mnémophage après avoir sniffé du pavot jaune.

Elle a une vision au passage.

On finit par se faire éjecter par un "orifice" limbique, on atterrit dans un marais. Je siffle. On se retrouve dans les forêts limbiques devant 3 scarabées aux pattes d'aiguilles et au mandibules littéralement rasoir et à la chiasse explosive en train de becqueter un humain vivant et des limaces mnémophages.
On brise les rasoirs de 2 scarabées, l'humain meurt, je lui bouffe la cervelle.

Après 15 plombes dans les forêts limbiques à se faire sucer par des racines, on retourne dans le marécage. On y trouve un buggy à l'arrêt ayant écrasé un lézard géant fait de boue. Au bord duquel il y avait le cadavre d'une gamine Corax, d'un homme-arbre, et d'une vieille. Une traînée de corail blanc tranchant pousse depuis un amas de gélatine avec une gueule explosé de l'intérieur par le corail. 

On suit les traces du buggy dans la nuit. On s'arrête pour faire un feu avec la graisse des arbres à saindoux. Un sanglier bouffe mes provisions. Un arbre tente de bouffer Mme Perdu. On suit les traces. On tombe sur une exploitation de saindoux arboricoles. On continue à suivre le buggy. Il fait chaud. Il y a des moustiques de la taille d'un pouce La piste du buggy s'arrête à un tas de terre de retourné de la taille d'un buggy. "


Commentaires de Thomas :

A. Ah merci beaucoup, je viens de lire tout ça c'est vraiment super !

B. Tu as dû bosser pour faire tous ces prétirés !

C. Le concept de campagne ouverte utilisant les forêts limbiques est vraiment intéressant.

D. J'ai reconnu pas mal de références la campagne d'Écorce qu'on a jouée ensemble, c'était rigolo


échange de nompardéfaut avec son équipe :

Et as-tu des remarques ou des impressions particulières ? (F. avait dit un truc du genre "bizarre mais ok" il me semble)
 
M. :
Bizarre donc ok :p ?
Jusqu'ici j'aime beaucoup l'ambiance.
C'est un peu Alice au Pays de la Forêt Glauque
 
nomParDefaut :
Thomas souhaite diffuser le CR sur internet, je lui ai dit ok pour ma part. Est-ce que je lui donne ton approbation pour la tienne ?
 
M. :

ROYALTIES, JE VEUX DES ROYALTIES
 
nomParDefaut :
Dac' je lui passe le mot. ^^
 
M. :

Il peut me payer en souvenir si il veut.
Ou me vendre son âme, j'accepte aussi.
Je prends aussi les premiers nés.
 
nomParDefaut :
Ok, sinon il y a aussi un mode de paiement moderne qui se développe, ce sont les caps.
Mais bon les souvenirs c'est plus tangible.
 
M. :

Certes certes, il peut me délivrer tout ça à ma boîte postale, à l'adresse suivante :
 ̇̂̾ቪ̆͆ͭል̷ͩ͂ማ̆̂͆ርͯ̅͑ዒ̸̄͘ንͨ̂͒ቸ̑̂̓ር́̽́፣̎͆ͩ ̄͗̓ቮ̋̾ͮት͐̃ͦረ͐ͦ͛ ͪͫ̀አ͐̍͌መ̿̀̄ ̔̐҉͓͈̻ኖͫ̅ͫኡ͗ͮ̊ስ̈ͩ̑ ̎͆̉ኣ́̌̌ፕ̠̾ͧፓ̢̑ͦርͭ͆̌ቲ̂̊́አ͆̇ͨን͊̽̚ት̈́͗͂ ͌̐ͥ҉̙͇̜
̇̂̾ቪ̆͆ͭል̷ͩ͂ማ̆̂͆ርͯ̅͑ዒ̸̄͘ንͨ̂͒ቸ̑̂̓ር́̽́፣̎͆ͩ ̄͗̓ቮ̋̾ͮት͐̃ͦረ͐ͦ͛ ͪͫ̀አ͐̍͌መ̿̀̄ ҉ኖኡስ ኣፕፓርቲአንት ҉
J'ajouterais que je prends grand soin des âmes qui me sont vendues, pas de fourches, pas de flammes, rien de tout ça.
Par contre pour ce qui est des éons d'agonies, je ne peux malheureusement pas m'engager.
 
nomParDefaut :
"Malheureusement, il ne peut pas se prononcer concernant les éons d'agonies..." Voilà le message est passé !
 
M. : 
Ah oui, j'accepte aussi les cookies. Mais c'est plus dur à se procurer malheureusement.

Bonne soirée.
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

CINQ MINUTES POUR SURVIVRE

Quatre mini-aventures solo de 5 mn chacune jouées avec Nervure pour un micro-shoot de Millevaux qui fait du bien !

(temps de lecture : 6 minutes)

Joué le 18/03/2021

Le jeu principal utilisé : Nervure, un jeu de cartes et de rôle pour explorer la forêt de Millevaux, par Thomas Munier

Image
philatz, cc-by-nc, sur flickr


Le concept :

Je m'inspire ici du jeu solo 5-min-e d'Emily O'heir, qui propose de rédiger en 5 minutes le journal d'un personnage à partir de quelques tirages aléatoires préalable, le journal s'arrêtant parce que le personnage est interrompu.

Je me suis dit que la formule des 5 minutes était extrapolable pour tout jeu solo dont les règles seraient assez légères. Bois-Saule n'était donc pas un bon candidat, mais Nervure tout à fait.

J'ai donc enchaîné quatre parties de 5 minutes, en changeant chaque fois de personnage.

L'idée, c'est que je vais sur les tables aléatoires de Nervure, je tire au préalable une musique, un portrait, un nom, et 5 éléments tirés sur des tables au hasard (grâce à cette table). Ensuite, je lance un chrono de 5 minutes pour écrire mon solo. Je me garde la possibilité au cours de ces 5 minutes de trancher une indécision par un tirage de résolution.

L'expérience a été assez concluante, c'est très sympa pour avoir son petit shoot de Millevaux, et je me dis aussi que ces personnages pourraient être d'excellents figurants pour des parties à venir !


Partie I : Amnesia

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Below, par Monachus, un post-hardcore bien lourd et psychédélique, pour des cultes aux dieux-lianes et à leurs potions révélatrices des forêts inférieures.

Mon personnage :
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Nom : Amnesia

Tirages :
1 Vagues de pourrissement.
2 Image
3 Le Cypher est une formule magique suprême, une sorte de synthèse même du concept d’égrégore, qui accorderait une grande compréhension et un grand pouvoir. Il y aurait un
Cypher Blanc (bénéfique) et un Cypher Noir (maléfique).
4 Quel est le type de foi le plus étrange que vous ayez rencontré ?
5 Vague de silence.


Voilà des mois que je combats les vagues de pourrissement. J'étouffe dans ma combinaison de cuir à bec de corbin. Je n'arrive pas à m'y habituer.
Et voilà que je rencontre ce type au milieu des branches qui s'effritent et des nuages de spores. Il a un costard impeccable, un sourire Colgate garni d'un appareil dentaire qui fait tâche. Les cheveux bien gominés et tout.

Il me fait : "Bonjour, je voudrais vous parler de Jésus-Cuit.
- Vous êtes taré de rester dans cette zone sans combinaison. Vous allez vous décomposer sur place et aucun Jésus ne vous viendra en aide.
- Mais Jésus peut tout. Il me parle. La décomposition nous appelle tous. Et c'est dans ce grand délitement que nous allons rencontrer notre sauveur. J'accueille sa manne putride comme une bénédiction.
- Vous approchez pas de moi."

C'est bizarre, d'ordinaire c'est moi qui fait flipper les gens, mais là ce type m'a vraiment mis les glandes. Il s'approchait de moi, comme s'il voulait me serrer la main, ou tout autre geste pas du tout barrière. 

Franchement là, j'avais mon lance-flamme et j'ai hésité à lui en mettre un petit coup.

Bon, en vrai, j'ai essayé.

Son corps s'est retrouvé environné d'un brasier et ce crétin a continuer à avancer vers moi :
"Les flammes de l'enfer ne peuvent rien pour les justes."

J'ai pris mes jambes à mon cou. Je crois que j'ai jamais couru assez vite.

Après, ça a été le silence.


Partie II : Ragondingue

Image
Ragondingue

Image
Flykt, par Forndom, du dark folk éthéré et paganiste au cœur des forêts glaciales du Grand Nord.

1 C’est un échec : vous ratez ce que vous visiez, ni plus ni moins.
2 Malmarais
3 Écouter le concert des bêtes nocturnes.
4 Visibilité réduite.
5 Que peut-on entendre quand on écoute les réseaux de racines des arbres ?


Je suis Ragondingue, le sauvageon. J'avance dans la purée de pois. Entre les mains des fougères et les fils de brume, on n'y voit presque rien. Le soleil s'est fait presser comme une agrume, il n'y a presque plus de jus dans l'air. J'avance dans les limons de Malmarais. J'écoute le concert des bêtes nocturnes qui s'éveillent : hiboux, renards, et autres créatures. Je frissonne à la fois de peur et de fascination.

Je m'allonge sur le sol. Je suis couvert d'humus et de saletés diverses. Je m'y sens en sécurité. Je suis aussi couvert de sang, je ne ne me rappelle pas de qui. Je crois que je vais trouver ici ce que je cherche. Une révélation, quelque chose qui me conduira encore plus loin sur la voie du sauvage, qui me fera éclore tel que je suis vraiment.

Je fouaille le sol grenu de mes ongles, je le hume et je le goutte. Des vermines glissent sur mes doigts. Je les accueille comme frères et sœurs. Enfin, j'en trouve une. Une racine. Je l'extrais doucement de la litière de matière morte qui l'arbitre, je la caresse, je la nettoie.

Et je la mets dans mon oreille pour entendre la voix des arbres.

C'était une très mauvaise idée.



Partie 3 : Huldegarde

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Dommedagsnatt, par Thorr’s Hammer, l’apocalypse doom metal avec le chant féminin le plus guttural de tous les temps.

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Huldegarde

1 Feuilles mortes, branches mortes, arbres morts
2 On raconte que Jésus arpente Millevaux, marchant sur les marais et multipliant les pains de moisissure.
3 Comment ça elles sont moches mes fringues ?
4 Gui
5 Un homme avec une peau de hérisson, il sait comment rompre l'enchantement (toutes les nuits il pose sa peau de hérisson au sol, et il faut la brûler dans le feu) mais ne le révélera qu’aux justes. Les fourbes, il les meurtrira de ses piquants.


Je m'appelle Huldegarde. Dans le village, tout le monde me trouve grosse et moche, et comme j'ai pas peur de me salir, on m'envoie dans la forêt ramasser les déchets.

Je suis donc là à patauger dans les ordures. La forêt est en train de crever à cause de la pollution. Feuilles mortes, branches mortes, arbres morts.

Voilà-t-y pas que je rencontre un homme-hérisson qui sort des buissons sous les sacs plastiques pourris. Il me dit : "Je suis un prince, je suis victime d'un mauvais enchantement, si tu m'aides à redevenir humain, tu pourras m'épouser !"
"Dis donc, mon canard, tu penses que je te juge sur ton physique ?"
Je lui ai sauté dessus et on a fait l'amour dans les buissons. Cela me dérange pas qu'il pique un peu.

Après j'ai rencontré un drôle de type qui marchait pied nus sur la surface du marais. Comme j'en avais assez d'être dérangée, je l'ai chassé à coups de balai.

[résolution : vous agissez de façon vraiment bestiale]


Partie 4 : La Malbossue

(Traumavertissement : possible mort d'enfant, ou meurtre d'enfant)

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Migration, par Buried At Sea, un mare de goudron drone sludgecore qui se traîne lourdement à l'infini vers la mort.

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La Malbossue

1 Un lieu sacré.
2 Contre quelle invasion faut-il lutter ?
3 Un souvenir où plane une présence.
4 Qu’est-ce qui vous met les larmes aux yeux ?
5 Chimère

Je suis la Malbossue, je suis vieille et plus personne ne se préoccupe de moi. Mais moi, j'ai encore quelqu'un à qui je tiens. Enfin j'avais.

Chimère, ma petite fille...

Je te cherche partout. Je suis là, agenouillée, le front au sol, dans ce lieu sacré envahi par la végétation, et je prie pour te retrouver.

J'explore sans cesse et à cent sous de l'heure le dernier souvenir qu'il me reste de la petite. Je la vois sourire et j'observe ses grands yeux.

Et autour nous, je sens comme une présence.

J'arrive pas à bien m'en rappeler, de la petite, et ça me met les larmes aux yeux.

Je pleure comme la vieille bique que je suis, mes mains fripées dans mes yeux.

Et autour de moi les racines progressent et envahissent le sanctuaire, comme elles ont envahi le reste du monde.

Chimère, je pense à toi, ma petite.

Comme tu riais.

Et comme tu les attirées.

Je comprends que tant que quelqu'un se souviendra de toi, le mal sera dans cette forêt.

Alors je me dis qu'il me faut crever ce souvenir comme on le fait d'un chaton qui aurait la rage.

Mes mains tremblent... C'est dur avec toute mon arthrite d'étrangler un souvenir. 

C'est comme si je la tuais à nouveau.

Et je reste seule, effondrée.


[résolution : la personne la moins douée l'emporte]


 
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

MISSION DE CONFIANCE

Des moments d'introspection et de mise en abîme où la Sœur Marie-des-Eaux rassemble ces forces pour l'ultime affrontement.

(temps de lecture : 10 minutes)

Joué / écrit le 19/03/2021

Le jeu principal utilisé : Bois-Saule, jeu de rôle solo pour vagabonder dans les ténèbres sauvages de Millevaux

Autre jeu utilisé : Millevaux choc en retour, la version la plus minimaliste de Millevaux.

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse.

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
magicArtwork, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : aucun


Passage précédent :

52. Récuse-potot
Quand l'ordinaire entre en collision avec l'horreur. (temps de lecture : 9 minutes)

L'histoire :

Image
The Eye of Every Storm, par Neurosis, l'aboutissement du post-hardcore, le calme avant la tempête, un calme pachydermique, extatique, rugueux, sincère et terrifiant, un ours qui lèche ses blessures avant la mort, avant le dernier assaut.

Vingt-deux de Descendres

« La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux :
Son petit faon délicieux
A disparu dans la nuit brune.

Pour raconter son infortune
À la forêt de ses aïeux,
La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux.

Mais aucune réponse, aucune,
À ses longs appels anxieux !
Et le cou tendu vers les cieux,
Folle d’amour et de rancune,
La biche brame au clair de lune. »

Cette nuit, je me suis rappelé de cette poésie de Maurice Rollinat que me récitait la Madone à la Kalach pour m'endormir, et, je pense, pour cultiver ma haine. J'étais étonné de me rappeler par cœur d'une récitation, aussi l'ai-je notée de craindre de l'oublier pour de bon.

Mes rapports avec Moretti se sont considérablement crispés.

Notre dernière entrevue, à la faveur de la grasse-nuit, après une errance dans les bras du brouillard, était lunaire.

Il m'a trouvé dans la grand-rue, j'ignore moi-même ce que je faisais là. Il était avec ses fiers-à-bras en pleine ronde, et m'a «invité» à venir le suivre dans une maison qu'il venait d'exorciser.

Nous nous y sommes retrouvés à l'intérieur d'une masure bouffée aux mites et infestée de lierre, auprès de quelques rogatons qu'il grignotait tout en parlant. « Hum, c'est une maison hantée, mais je pense que vous en avez vu d'autres. » Il y avait deux soudards derrière lui, deux derrière moi, et je ne me suis rarement senti aussi peu en sécurité. J'ai compris que je devais jouer sur du velours.

Il m'a invité à jouer une partie du jeu du destin. Je pensais que les jeux d'imagination étaient proscrits par l'église, mais il m'a dit qu'entre clercs, une expérience de pensée de tant à autres était salutaire. Foutaises. Il voulait juste me mettre à l'épreuve.

« Voici les règles du jeu du destin :

Notre monde tombe en ruines
La forêt envahit tout
L’oubli nous ronge
L’égrégore donne corps à nos peurs
L’emprise transforme tout
Les horlas se tiennent tapis près de nous

Les protagonistes d’un périple sont liés par une quête commune

Quand on tente une chose importante, on réussit et une chose grave se produit ensuite. Ainsi veut la loi du choc en retour

Certains envoûtent un être cher pour dévier le mauvais sort sur lui...

Mais qui oserait une telle extrémité ? »

Il m'a fixé les yeux dans les yeux. C'est une chose que je déteste, mais je me suis fait violence et je n'ai pas décillé. Il m'entraînait dans un bras de fer moral, tentait de dicter ses règles, mais j'étais résolu à lui donner du fil à retordre.

« Votre personnage serait, disons...

Une enfant sauvage, partie en guerre. 

Et mon personnage serait... Un Corax, venu d'on ne sait où. Des tréfonds de la forêt.

Notre quête serait liée. Mettons que nous cherchons tous les deux un arbre. L'arbre à rumeurs. Il entend les ragots, les soupirs que le vent colporte, les cris des somnambules et
des bêtes battues. Il s'en nourrit.
L'arbre à oreilles. »

Je ne sais pas pourquoi, mais à ce moment, j'ai eu en tête l'image très nette de l'Onquin Mouchotte, debout au centre du village, dominant tout.

« Mais laissons-vous un peu la parole...
À quoi ressemblent les ruines ?
- Elles sont indescriptibles. Ce sont les restes d'un monde ancien dont ne pourrons rien comprendre. Des carcasses d'édifices. Les nefs de l'ancien temps, dont seules les cimes de clochers émergent encore de terre. Je cherche l'arbre à oreilles pour comprendre mon passé.
- À moi de décrire la forêt. Elle n'est que tourbe et conifères gorgés de l'éponge acide du sol, où s'étend le ululement des choses. C'est là que vous y rencontrer mon personnage, le Corax. Je ne suis qu'un grand corbeau avec des chaussures d'hommes. Je lisse mon bec avec mes plumes et je dis : Je sais où est l'arbre à oreilles, je peux t'y conduire.
- Comment pourrais-je faire confiance à un Corax pour me guider ?
- Parce que nous sommes dépositaires de la mémoire. Vous autres humains, l'oubli vous ronge, n'est-ce pas ? Parle-moi de l'oubli.
- Il n'y a pas grand-chose à en dire. C'est comme... une vague permanente qui emporte à chaque passage un peu plus de nous. Une punition du Vieux pour nos péchés.
- Nous, les Corax, nous ne perdons pas la mémoire. Et même, nous naissons avec la mémoire de nos ancêtres. En tant que créatures damnées, nous somme exempts du châtiment divin.
- Alors, pourquoi veux-tu trouver l'arbre à oreilles, Corax ?
- Tu le sauras en temps voulu... »

Je me détestais de jouer ainsi la méfiance envers les Corax. Mais il fallait encore que je donne un peu le change. Si l'inquisiteur avait décider d'incarner un homme-corbeau, ce n'était pas innocent. Il me testait.

Les soudards nous écoutaient, entre incompréhension et fascination.

« Je vais maintenant vous parler de l'emprise, reprit l'inquisiteur. La force qui transforme les êtres et les choses. Même les prières les plus ardentes ne peuvent nous en prémunir. Et vous, enfant-soldat, en quoi vous transformez-vous ?
- En adulte. Et ça me fait peur.
- Bien joué. Parlez-moi de l'égrégore, alors que vous cheminez de concert avec ce Corax à travers les épaisseurs humides de la forêt.
- L'égrégore... C'est un terme qu'ignorent les profanes, encore plus que celui d'emprise. C'est même un terme qu'un exorciste n'utilise pas sans se signer (ma réfléxion l'obligea à faire le signe de croix, ce qui me fit jubiler). L'égrégore est une croyance selon laquelle nos peurs, nos émotions et nos superstitions créent le monde de la surnature. Il ne serait ni magie ni miracle qui ne relève de l'égrégore, c'est-à-dire une manifestation de nos instincts les plus ataviques.
- Alors, l'arbre à oreilles, crois-tu qu'il contient la vérité ?
- Il contient la croyance.
- Ne veux-tu pas dire qu'il contient la foi.
- Non. L'égrégore n'est pas une manifestation chrétienne, bien qu'elle s'abreuve aux rites chrétiens et que l'eau bénite et l'hostie soient chargées en égrégore. Mais toute manifestation de l'égrégore est diablerie.
- Alors, cet arbre tu le cherches pour la connaissance, ou pour le brûler ?
- Je suis une enfant sauvage. Tires-en tes propres conclusions.
- Bien, parlons maintenant des horlas. Les démons issus de l'emprise et de l'égrégore. Alors que nous nous approchons de votre but, il nous reste un pont à traverser. Mais sur son seuil se tient une dame verte. Il fait noire-nuit. Traverses-tu le pont ?
- Oui. Je ne me dérobe jamais.
- Alors la dame verte, qui est juste le fruit des superstitions païennes, te pousse du haut du pont, à moins que tu ne la supplies.
- Je ne supplie pas. Je préfère le jugement de l'eau à la soumission.
- Alors, moi, le Corax, je passe en toute liberté. Car je t'ai envoûtée pour avoir à passer le pont sans danger. Je me tourne vers toi, en train de te noyer, et je te dis : « Vois-tu, tu aurais bien fait de ne pas me faire confiance. Car toi et moi, nous ne serons jamais semblables. J'appartiens aux horlas. Je me nourris de l'égrégore et je pratique la sorcellerie. Je n'ai aucun intérêt à aider les humains car au final nous sommes une espèce supérieure, et vous n'êtes à nos yeux que des objets, vous n'avez pas plus de valeur que le limon de la terre, et tu le comprendras quand tu retourneras à la vase. Maintenant, je te laisse, je vais cueillir le fruit de l'arbre de la connaissance pour en faire le pire usage qui soit. »

Pendant un instant, j'ai paniqué. Vraiment paniqué.

Parce que j'étais en train de me noyer. Je sentais l'eau dans mes poumons, j'étais incapable de parler. J'ai compris qu'il voulait m'enfermer dans cette réalité, m'y torturer.

Mais je me suis battu intérieurement. Les eaux ne pouvaient me faire de mal. Je me suis battu, comme à chaque fois, et j'ai refait surface. À la lueur du candélabre, cette demeure maudite avait perdu son aura. Je n'avais devant moi qu'un bouffon qui croyait m'impressionner avec des histoires, et quelques mercenaires qui ne mettraient pas leur vie en danger pour quelques deniers.

Je me suis levé et j'ai pris congé.

« Merci pour la démonstration. Je sais tout à fait en qui je peux avoir confiance. »

J'ai marché dans l'obscurité jusqu'au petit matin. Le soleil était juste un pain qui n’a pas levé. J'ai vu aux fenêtres festonnées de givre qu'il ne dégélerait pas du jour.

Et dans le ciel à travers la voussure des arbres, j'ai vu passer le vol des corbeaux, et j'ai compris qu'ils ne renonceraient pas à l'existence.



Vingt-trois de Descendres

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Eating or Vomiting Its Tail, par Johan G. Winther, entre power electronics, drone et americana, de plus en plus loin en perdition volontaire parmi les arbres, en communion avec les esprits et les monstres, les cycles se répètent.

Cette nuit, j'ai fait un rêve, comme un cauchemar.

J'étais à la lisière d'une forêt. J'y ai vu des percées, ces petits écartements du bois qui suggèrent une piste, et je m'y suis aventuré.

Je me suis retrouvé sur une sente qui fourrageait à travers le bois, et j'ai compris que c'était ma forêt de mémoire. J'accompagnais Champo alors qu'il guidait les enfants vers l'école de la Grande Fosse avec sa corde à nœuds. 

« Ça me fait drôle de te revoir. J'ai souvent peur de t'oublier.
- Alors, Marie, comment ça se passe maintenant ? En sais-tu davantage sur toi-même ?
- Non. J'ai délaissé mes habits de nonne. J'ai mis ton manteau de sherpa, comme tu peux le voir. Je cherche encore quelle est ma vraie mission sur cette Terre.
- Les enfants, on fait une pause. »
On s'est arrêtés sur un tertre, et il m'a roulé une cigarette de foin. Ça arrachait la gueule mais c'était bon de la fumer avec lui, bien au chaud dans ce souvenir.

Les enfants chantaient une comptine dont j'étais incapable de saisir le sens.

Cette revoyotte m'a donné la force de sortir de la yourte. Je suis allé à l'Auberge du Pont des Fées, en plein crépuscule, faire un point sur la situation.

« C'est pas bon, m'a dit la Bernadette. On dit partout dans le village que vous êtes un gourou, que vous cherchez à répandre une nouvelle religion et que je suis votre prêtresse.
- C'est Moretti qui fait courir ces ragots ?
- Je pense plutôt que c'est l'Onquin Mouchotte. Il ne nous aime pas ni l'une ni l'autre. On fait trop contre-pouvoir. »

Je m'attendais à beaucoup de choses, mais à me retrouver dans le même sac que cette sorcière. J'aurais pourtant dû me douter que ça me pendait au nez.

Au dehors, tout était silencieux dans la grand-rue, le calme avant la tempête.

J'avais mal partout et plus que jamais besoin de réconfort et dans l'incapacité d'en demander.

C'est alors que la Sœur Jacqueline a commencé à avoir ses contractions.

Est-ce que j'aurais pu prévoir un seul instant, moi qui ai d'emblée vu la Bernadette comme un ennemi pernicieux, passer une nuit entière à ses côtés à prendre soin de ce proche que nous avions en commun, cette brave Sœur Jacqueline, bien en peine de comprendre ce qui lui arrivait, et que nous devions exhorter à pousser. 

J'ai vu la cuisinière transbahuter des bassines d'eau chaude et des linges, je l'ai vu transpirer à mes côtés, encourager la parturiante, sans jamais élever la voix, et sans jamais pourtant perdre en fermeté. J'étais à ses côtés quand la Sœur Jacqueline nous broyait les poignets les tympans, je l'ai vu déployer toutes les forces de la nature, la connaissance des simples, les mots qui viennent de la terre, ceux qui soulagent et ceux qui empuissantent, je l'ai entendu pour nous intercéder avec les énergies sauvages dans la langue du renard, de la belette et du putois, je l'ai sentie nous mettre en relation avec l'humus nourricier, je l'ai vue corps et âme dédiée à la Sœur Jacqueline, et quand enfin l'enfant est sorti, nous nous le sommes passé de main en main, comme des adelphes, d'abord la Bernadette, puis j'ai tenu ce corps chaud qui m'a maculé de toute sa force vitale et rouge, j'ai entendu son cri qui nous mettait en prise directe avec l'ici et maintenant, j'ai eu le privilège de le poser sur le ventre de la Sœur Jacqueline, et elle, toute brisée qu'elle était par une nuit de travail, elle a tout de suite su quoi faire, elle l'a mise à son sein et elle a murmuré je ne sais quoi pour que le bébé se calme. Et j'ai vu sur le visage de la cuisinière l'expression d'un bonheur et d'un dévouement qu'on ne peut feindre.

Et pour une fois, je me suis senti inclus, partie d'un tout.

Je n'étais plus en conflit avec les personnes ici et maintenant et ma mission devenait de plus en plus claire.

J'étais seulement en colère contre les hommes et les êtres au dehors qui se faisaient encore la guerre, une colère si puissante qu'elle ne pourrait se tarir que dans un passage à l'action, rapide, immédiat et brutal.

Je n'ai rien fait pour calmer cette colère, je l'ai laissé monter en moi, me gorger de sa force. Alors que j'étais fourbu et fracturé, elle me galvanisait, j'en avais besoin. J'étais prêt à repartir à l'attaque, à rentrer dans la course de vitesse qui était enclenchée.



Lexique : 

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) : 
Pour cet épisode : 2506
Total : 94743


Système d'écriture

Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mets à jour au fur et à mesure.


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

TERREUR NOIRE, TERREUR GRISE

Un théâtre inspiré de l’Attaque des Titans ! Une partie enregistrée par kF.

(temps d'écoute : 3h17)

Joué le 07/03/2021

Le jeu : Inflorenza, héroïsme, martyre et décadence dans l’enfer forestier de Millevaux

Voir/écouter sur Youtube

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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

CE N’ÉTAIT PAS LE PLUS MAUVAIS

Un solo par Damien Lagauzère qui tient place dans… Silent Hill ! Avec une invasion progressive par Millevaux et le vertige logique.

(temps de lecture : 1h37)

Joué le 19/04/2019

Ce solo a été joué avec l'aide de jeu Silent Hill écrite par Rémy Broknpxl et dispo ici

J'ai utilisé les règles de Lacuna et certains des Vertiges Logiques de Thomas Munier.
Il y aussi des "bouts" de Millevaux sous la forme de Cœlacanthes et de Bois-Saule (pour le final).
Certaines parties, enfin, ont été joué avec Strings.
Le MJ est joué par Muses & Oracles.

Avertissement sur le contenu : voir le détail après l’image

Image
Trent Van Doren, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : grossophobie.


L’histoire:
 Je prends un café à la terrasse de ce bar avec une vue sur le lac de Toluca. Je ne suis pas originaire de Silent Hill. J'ai atterri là par hasard. Ma moto est en rade. J'ai été obligé de m'arrêter. Le gars a jeté un œil et m'a dit qu'il pourrait s'en occuper dans la journée. Alors je suis bon pour une journée de tourisme forcé dans cette petite ville.
La serveuse s'approche. Elle est d'une laideur à faire tourner le lait.

« M. Singer, Paul Singer ? »

Elle m'informe qu'il y a un appel téléphonique pour moi au bar. C'est bizarre. Personne ne sait que je suis ici. Et mon portable ? Je fouille les poches de mon blouson. Rien ! J'ai dû le laisser dans une des sacoches de ma moto.

« Paul Singer, j'écoute !

Faucheur Zero... Les Horlacanthes ! »

Cette voix m'est familière mais je n'arrive pas à la resituer.

« Vous êtes ?
Je suis Contrôle. Je ne suis pas ton ennemi. Je ne suis pas ton ami non plus. Mais je peux t'aider. Appelles-moi quand tu en auras besoin.
Je ne comprends pas. Pouvez-vous être un peu plus... explicite ?
Pense à nos Chairs Disparues. »

OK. Ce doit être une blague. Peut-être un des gars du garage. Il aura su où me trouver, il connaît mon nom et aura voulu rigoler un bon coup. Je ne relève pas. Mon café m'attend. La serveuse n'est pas au bar. Elle n'est pas en terrasse non plus. Je m'installe et finis mon café. Je ne le remarque pas tout de suite mais... il n'y a personne. Personne n'est passé là depuis un bon moment et je n'ai pas revu la serveuse. Ce n'est pas très grave, ma consommation est déjà payée. Mais personne dans les rues, pas le moindre bruit de voiture, c'est déjà plus étrange. Je me lève et m'en vais sans laisser de pourboire.
Je prends le chemin du garage et je ne croise personne dans les rues. Par moment, j'ai envie de me mettre à crier « Il y a quelqu'un ? » mais je ne le fais pas. Ce serait ridicule, non ? Et tout d'un coup, je me sens mal, très mal. Ce n'est pas seulement de l'angoisse ou de la peur. Cette situation est stressante, c'est sûr, mais il y a autre chose et je ne sais pas quoi. Je suis seul mais... je ne le suis pas...
J'entends quelque chose derrière moi. Je me retourne. Qu'est-ce que c'est que ça ? Ça se tient debout et ça rampe en même temps. C'est rosâtre, grisâtre. C'est de la chair malade. Je reconnais des membres humains, des mains, des pieds. Et des têtes ! Et UNE tête ! On dirait la serveuse du café. La moche. Et là, c'est pire encore. Qu'est-ce que c'est que ça ? Si c'est un costume d'Halloween, c'est le plus atrocement réaliste que j'ai jamais vu. Avec prudence quand même, je m'approche. La chose, la serveuse ?, semble ne porter aucun vêtement. Elle avance vers moi, moitié marchant, moitié rampant. Je ne sais pas en quoi peut être fait ce costume. De la mousse de polystyrène, un truc expansé, du plastique, je ne sais pas mais c'est hyper réaliste en tous cas. Saisissant ! Le top du cosplay !
Ce truc doit être hyper lourd à porter. Elle (?) se redresse péniblement. De toute sa hauteur, elle est plus grande que moi. Et pourtant, je fais un bon mètre 85 ! Et, de plusieurs appendices ressemblant à des bras jaillissent plusieurs lames semblables à des faux !

Faucheur Zero ?

OK, on ne joue plus. Je me casse en courant ! Vu sa masse, semer ce truc n'est pas compliqué mais... je ne veux pas penser à celui ou celle qui va croiser sa route ! Je cours jusqu’au garage. Je veux récupérer ma moto. Et connaître le fin mot de cette sale blague. Il ne me faut pas longtemps pour me retrouver devant le garage. Il n'y a personne. J'appelle. Rien. Ma moto est là. Et, évidemment, elle ne démarre pas. Je cherche mon téléphone mais je ne le trouve dans aucune des deux sacoches.
Je vais au comptoir. Toujours personne à l'horizon mais un téléphone. J'appelle chez moi.

« Contrôle, j'écoute !
Qu'est-ce que c'est que cette blague ? Vous vous foutez de moi ou quoi ?
Non ! Ce ceci n'est pas un jeu.
Qu'est-ce qui se passe ici ? Où sont les gens ? Pourquoi il n'y a personne dans les rues ? Et c'est quoi ce truc, là ?
Ne le prends pas sur ce ton. Je ne suis pas ton ennemi, mais je ne suis pas ton ami, non plus. Tu vas devoir t'en sortir mais tu n'es pas seul. Tu peux compter sur moi, mais...
Mais quoi ?
Reviens sur tes pas... »

Et il a raccroché. Revenir sur mes pas ? Retourner dans la rue où j'ai vu ce truc ? Pas très motivant mais... pourquoi pas après tout. Ce n'est pas un jeu mais ai-je d'autres choix que de le jouer ?
Dehors, les rues sont toujours vides et un épais brouillard est tombé d'un coup. La température est tombée, elle aussi.

Ça me rappelle cette randonnée qu'on avait faite entre potes. C'était il y a longtemps. On était huit et il y avait des filles. Il s'agissait entre autres de les impressionner, de leur montrer qu'on savait se débrouiller dans la nature et tout. Mais nous avions marché moins vite que prévu et la nuit, et la température, étaient tombées avant que nous n'ayons atteint le gîte d'étape. Nous n'étions pas assez couverts. Tout le monde commençait à être fatigué. L'ambiance était devenue tendue. Le silence qui régnait était à couper au couteau. Je me souviens clairement avoir pensé que le premier d'entre nous qui l'ouvrirait dirait une énorme connerie qui non seulement plomberait l'ambiance mais risquait même de gâcher la suite du séjour. Et je ne voulais pas que ce soit moi. Alors, je ne disais rien alors même que j'en avais vraiment marre de marcher dans le noir et le froid et que j'en avais marre d'entendre les autres geindre.
Alors, pour me changer les idées, je pensais à autre chose. J'essayais en tout cas. En fait, je sais que j'avais clairement en tête que j'avais voté pour cette randonnée parce que j'ai peur de la mer. Je n'ai pas peur de l'eau. J'ai peur de la mer. Je ne sais pas si c'est le syndrome des Dents de la Mer et la peur d'être dévoré par un requin ou si c'est quelque chose de plus freudien mais je déteste la mer. Je me forçais à garder ça en tête. Ça m'aidait à mettre un pied devant l'autre.
Et mes pensées s'envolaient. Je n'étais plus vraiment là. J'étais, je suis, dans une caverne. Il fait sombre et humide. Je n'y vois quasiment rien. Pourtant, sur une paroi, je vois de quoi accrocher un flambeau. Je rêvasse. C'est bizarre comme rêverie. Ce doit être à cause de la fatigue. Mais ça me permet de mettre de la distance justement. Et soudain, on m'agrippe par l'épaule. Je me retourne et mon regard se fixe sur un œil trop maquillé. Marcy ! Qu'est-ce qu'elle me veut ? Elle sourit. Elle m'explique gentiment que j'étais en train de m'endormir et que j'ai failli tomber. Les autres ricanent et me traitent de somnambule. Je suis fatigué, énervé, je les envoie paître. Marcy tente de calmer le jeu. J'en remets une couche et fais allusion à la couche de maquillage dont elle s'est tartinée le visage et qui la fait ressembler à un œuf de Pâques.
Et voilà, je l'ai fait. J'ai ouvert ma gueule et j'ai plombé l'ambiance...


Pourquoi me souvenir de ça maintenant ? Marcy... Ce n'est pas qu'elle était moche mais... elle ne me plaisait pas. Cette randonnée avait été organisée, aussi, pour créer quelques couples si c'était possible. Mais celui-là ne pouvait pas fonctionner, c'est comme ça. Après, OK, j'ai peut-être été inutilement blessant mais j'étais crevé et c'était peut-être pas la peine de m'en vouloir comme ça au point de tirer la tronche à toutes les soirées entre potes où on se croisait.
Et maintenant, où suis-je ?
Toluca Cemetary, indique le panneau. Mes pas m'ont finalement ramené près du lac. Mais pas au café. C'est peut-être aussi bien. Mais un cimetière... Est-ce vraiment mieux ?
Un éclat, un reflet, attire mon attention un peu plus loin. Merde ! Il y a du monde dans le cimetière ! Un homme et une femme. Elle a un couteau de cuisine et s'apprête à poignarder l'homme qui lui fait face. Je crie ! Les deux se figent mais aucun ne se retourne vers moi. La femme ne veut pas perdre sa proie des yeux et lui... c'est un peu la même chose. Je cours vers eux, espérant que la femme ne commettra pas l'irréparable.
C'est un peu surréaliste mais j'ai l'impression qu'ils m'ont attendu. L'homme est on ne peut plus fébrile. Il tremble. La femme est d'un calme olympien, impassible. Je la regarde et la trouve sale... et grosse aussi. De près, on dirait une grosse baleine dégueulasse. Un amas de chair gluant et armé d'une lame... Faucheur Zero ?
Et là, j'ai peur que ça parte en sucette.
Et j'ai raison d'avoir peur.
Ça part en sucette !
La grosse se retourne vers moi. L'homme reste immobile, tremblant. Il se borne à tourner lentement la tête vers moi. Il se mord les lèvres. Et elle lève son couteau dans ma direction. Gênée par sa propre graisse, ses mouvements sont maladroits. Je pourrais m'enfuir mais...
Je lui enfonce mon poing dans la figure !
Et mon poing s'enfonce et s'enfonce et s'enfonce dans sa chair. Elle va m'avaler si je ne fais rien ! Je tente de retirer mon poing de sa face. Mais ça ne va pas tout seul. Elle mord et j'y laisse de la viande. Je regarde mon poing en sang et aperçoit la lame s'abattre.
Je hurle alors que le couteau s'enfonce dans mon épaule. Je tourne la tête vers l'homme, toujours immobile à se mordre les lèvres. Je donne un coup de pied à cette folle. L'effort fait saigner ma blessure mais elle me lâche. Je ne veux pas en savoir plus. Je m'enfuis en courant.
Mon cœur bat à tout rompre. Mon épaule me fait atrocement mal. J'ai besoin d'aide, de soin. Et cette putain de ville est toujours déserte. Sur qui puis-je compter ici ? Personne ! Si, lui. Contrôle. Il me faut un téléphone.

Blue Creek Apartments. Je ne m'attends pas à y trouver qui que ce soit. Cette ville est déserte et il n'y traîne plus que des psychopathes... et moi. Mais au moins je devrais y trouver un téléphone. Le hall d'entrée est mal entretenu. Il y a de la poussière. Les murs sont abîmés par l'humidité. Ça sent mauvais. Par acquis de conscience, je frappe à une porte. Évidemment, pas de réponse. Je tente d'ouvrir la porte et, à ma propre surprise, elle s'ouvre.

Je ne m'attends pas à trouver qui que ce soit mais j'appelle quand même. Et effectivement, personne ne me répond. Pour autant, j'ai l'impression qu'il y avait quelqu'un il y a peu. Il y a des vêtements un peu partout, de la vaisselle dans l'évier. Peut-être que si j'attendais...
Je trouve le téléphone.

« Allô, Contrôle ? J'ai besoin d'aide...
Ah bon ?
Oui, je ne comprends rien à ce qu'il se passe. Cette ville. Elle est déserte. Il n'y a que des monstres ou des grosses folles psychopathes.
Elle est déserte ou il y a des monstres ? Sois précis !
OK, euh oui pardon. Elle est quasiment déserte. Et les seules personnes que j'ai rencontrées sont soit des monstres soit des psychopathes qui ont essayé de me tuer. J'ai pris un coup de couteau à l'épaule et il faut qu'un médecin s'en occupe.
Vas à l'hôpital alors.
Oui, mais euh... est-ce qu'il y aura quelqu'un là-bas ?
Tu le sauras en y allant ! Que veux-tu de plus ?
Euh... je ne sais pas. Je voudrais comprendre. Ce n'est pas normal... cette situation... C'est insensé.
Si tu veux comprendre, commences par te poser les bonnes questions. Et non, ce n'est pas insensé ! Il y a du sens. Mais c'est à toi de le trouver ! Réfléchis, Paul. Et en parlant de réfléchir, t'es tu seulement regardé dans la glace ? »

Et je suis resté là, interdit, le combiné à la main alors que Contrôle venait de me raccrocher au nez.
Dans la salle de bain, je cherche de quoi nettoyer ma plaie. On dirait que ça ne saigne plus, c'est toujours ça de pris. Rien ! Pas d'alcool, pas de pansement. Au moins, il y a l'eau courante mais est-ce que je ne vais pas choper une infection ? L'eau est tout sauf transparente. On dirait de la rouille.
Et j'ai eu un nouveau choc quand je me suis regardé dans la glace. Je ne me suis pas reconnu. J'avais pris, combien ? 20 ? 30 kilos ? J'étais devenu une horrible baleine. Comme l'autre folle. Comment c'était possible alors que je n'avais rien avalé depuis... le café sur le bord de Toluca Lake. Ça n'a aucun sens !
Pourtant, Contrôle m'a dit de me regarder dans la glace et de réfléchir. Il a dit que tout ça avait du sens et que je devais me poser des questions. Mais quelles questions me poser ? Par où commencer ? Une question s'impose. Pourquoi moi ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? Rien ! J'ai rien fait pour mériter ça. Je regarde autour de moi. La déco a changé. Pas en bien. Les murs sont devenus rouges. Rouge sang ! Ils ont une drôle de texture, dégoûtante, molle, comme de la... graisse. Mes doigts s'enfoncent dedans quand je les touche. Je sors de la salle de bain mais j'ai du mal à me déplacer avec toute cette graisse. Comment c'est possible de grossir comme ça en un clin d’œil ? Cette chair m'encombre. J'étouffe. J'ai mal. Je ne me sens pas bien et... je me sens moche !
Je me dandine grotesquement jusqu'au salon. Quelqu'un se tient là, debout. Quelqu'un ou quelque chose. Encore un monstre. Ce truc fait plus de deux mètres de haut. Il a sur les épaules une sorte de cape faite d'un tissu moisi et troué. Son visage, sa tête... ce sont des plaques d'os. Au fond de ses orbites, ses yeux sont noirs. Ses bras - ses quatre bras ! - se terminent par des griffes acérées. Il me fixe et, avec une diction impeccable, il me dit :

« Il va falloir faire fondre cette chair. »

Et je me mets à courir aussi vite que je peux.
Je me précipite dans le couloir, je fonce vers la porte d'entrée de l'immeuble. Mon cœur bat à plus de 100 à l'heure. Il va exploser ! Une fois dehors, je suis de nouveau dans le brouillard. L'immeuble derrière moi a repris son apparence normale. Je regarde mes mains et ce ne sont plus ces horribles saucisses. Le trop plein de chair a disparu. J'ai repris mon apparence normale.
J'ai peur.
Je dois aller à l'hôpital.

Ma blessure ne saigne plus et ne me lance pas trop. Mais je dois quand même montrer ça à un médecin, ne serait-ce que pour éviter tout risque d'infection. Les rues sont toujours aussi désertes. Le brouillard est toujours aussi épais mais j'arrive à me repérer et trouve assez facilement l'Alchemilla Hospital. Mais vu sa façade, je me demande s'il est encore en activité.
À l'intérieur, je n'entends pas un bruit. Il n'y a personne. J'appelle. Rien ! L'endroit semble abandonné mais il y a du matériel qui traîne ça et là. Peut-être qu'en fouillant un peu je trouverais de quoi nettoyer ma plaie. À défaut de trouver un médecin compétent. À tout hasard, je jette un œil sur le comptoir de l'accueil. J'y cherche un téléphone qui me permettrait de contacter Contrôle mais... rien.
Je passe derrière le comptoir à la recherche d'un plan ou de quoique ce soit qui me permettra de trouver là où le personnel stockait son matériel. Et si j'en crois le document que je viens de trouver, je dois me rendre au 4è. Maintenant, reste à savoir si l'ascenseur fonctionne encore.
Merde ! Les portes se referment. La lumière s'éteint et la cage ne bouge pas. Je tente d'ouvrir les portes. Je parviens à les entrouvrir mais il m'en coûte. Je me faufile à travers l'étroite ouverture. Heureusement que j'ai retrouvé ma silhouette normale. Si j'étais resté aussi gros que tout à l'heure, j'aurais été piégé ici pour un bon moment.
Par contre, il s'est passé quelque chose. Je ne suis pas dans le couloir par lequel je suis entré. OK, je respire un grand coup. Je ne devrais plus me prendre la tête avec ce genre de « détails ». D'après Contrôle, tout ça a du sens. Je finirai bien par trouver lequel.
Ce long couloir a son mur gauche entièrement constitué d'un gigantesque miroir. Là, tout y est réfléchi à l'identique, sauf moi ! Ce n'est pas moi dans le reflet. C'est... Marcy ? Et elle est... grosse ! Non, elle n'était pas grosse comme ça dans mon souvenir. Je fais un pas en avant et elle avance aussi. Je fixe son regard. Elle détourne les yeux. Elle me regarde par en-dessous et je lis de la haine dans son regard. Elle me hait, pourquoi ? Parce que je l'ai repoussée ? Hey ! Je ne suis pas obligé d'aimer tout le monde, si ? C'est pas ma faute si elle ne me plaît pas !
Je ne formule pas ces pensées à haute voix mais pourtant elle se met à pleurer. Par réflexe, je tends le bras vers elle. Elle ne me plaît pas mais je ne la déteste pas. Ma main touche le miroir. Ma main est paume contre paume avec la sienne. Le miroir nous sépare. Sincèrement, je veux bien faire quelque chose pour qu'elle arrête de pleurer mais ce miroir m'en empêche. Je continue de la regarder et pense aux mots de Contrôle. Réfléchir, les Chairs Disparues... peut-être qu'elle était grosse avant que je la connaisse. Peut-être que refuser ses avances a fait remonter des choses et l'a rendue plus triste que je ne l'aurais imaginé ? Réfléchir, le miroir... Peut-être que je l'ai repoussée certes parce qu' elle ne me plaît pas mais aussi parce qu'elle me « renvoie » quelque chose de désagréable, qu'elle me force à réfléchir, à voir en face quelque chose de moche chez... moi ?
Je me sens alors cruel et superficiel. Je ne connais pas le passé de Marcy mais peut-être que dans le passé elle a été grosse et qu'elle en a souffert. Peut-être que ça lui a coûté de gros efforts pour perdre du poids – cette Chair Disparue – et moi... je me suis comporté comme un connard. Je n'ai pris aucun gant pour lui signifier que je n'étais pas intéressé, que je ne la trouvais pas à mon goût et que, finalement, tous ses efforts n'avaient servi à rien.
Je détache ma main du miroir. Je dois trouver un téléphone et demander à Contrôle si c'est bien ça. Si oui, je dois trouver Marcy et m'excuser. C'est ça, hein ? Ça me fera quitter cette ville pourrie, hein ? Ouais, c'est ça ! Je présente mes excuses et quitte Silent Hill pour aller faire la fête à Noisy Valley, hé !
Et Marcy lève les yeux vers moi. Son expression a changé. Elle a l'air réjouie, sûre d'elle. C'est ça ? J'ai trouvé la clé de cette putain d'énigme ? J'ai un doute. Son image change de l'autre côté du miroir. Elle devient floue. Elle grossit à toute vitesse. Elle tape du plat des mains contre le miroir qui se met à trembler. OK, je ne vais pas attendre là les bras ballants. Je me tire en courant !
Mais je n'ai pas le temps de retourner à l'ascenseur que le miroir vole en éclats. Et Marcy, qui ne cesse de grossir, court après moi. Elle pose une patte difforme sur mon épaule blessée et je pousse un cri. Elle serre fort. Je défaille. Je manque de tomber mais c'est elle qui me tient debout. Mais ma vue se brouille sous l'effet de la douleur. Tout devient noir.

Je ne suis pas un mec parfait. Mais je ne suis pas non plus le plus mauvais. Il y a pire, nettement pire. J'ai quand même fait des trucs bien dans ma vie. Je ne suis pas un connard égoïste et superficiel. Pas tout le temps. Des fois, oui. Mais pas tout le temps. Je suis aussi un mec bien des fois.
Ce cauchemar semble me reprocher d'être superficiel parce que j'accorde de l'importance à l'apparence des gens mais je suis aussi sensible à la beauté des choses, de la nature en général. Et ça, c'est vrai, c'est sincère. C'est pour ça aussi que j'avais voté pour cette randonnée en montagne. Parce que j'aime cette beauté, cette perfection de la nature. C'est rassérénant, rassurant. C'est beau. C'est dans des endroits comme ça qu'on peut vivre des moments parfaits. Et c'est ce genre de moments que je voulais partager avec mes amis. Est-ce que ça fait de moi un salopard ?
Mais il a fallu que tout soit gâché par ces traînards qui nous ont fait arriver en retard au gîte ! Que tout soit gâché par Marcy qui me demande plus que je n'étais disposé à lui donner ! Merde ! Ce moment aurait pu, aurait dû être parfait et ces cons ont tout gâché ! Et moi... j'ai tout gâché en perdant mon calme. Je n'aurais pas dû m'énerver comme ça. Je n'aurais pas dû envoyer paître tout le monde, je n'aurais pas dû tirer la gueule et j'aurais dû être plus cool avec Marcy.
Je ne suis pas un mec parfait. Mais je ne suis pas non plus le plus mauvais. Il y a pire, nettement pire. Mais des fois, je peux être un connard...

Et maintenant ?

Je me réveille... à l'hôpital. Je suis dans une chambre, allongé sur un lit. Je suis toujours à Silent Hill. Les murs sont dégoûtants et suintants. Je vois le brouillard à travers la fenêtre. On dirait que mon mea culpa n'a pas suffi. Mais bordel ! Qu'est-ce que cette ville veut de plus ?
Je me lève et regarde ma blessure. Elle ne s'est pas nettoyée toute seule mais la douleur s’atténue. Je vais pour sortir de la chambre. Elle s'entr'ouvre mais quelque chose bloque derrière. Je pousse, je force. Les vibrations remontent jusqu'à mon épaule et me causent une douleur difficilement soutenable. L'espace d'un instant, ma vue se brouille. Je glisse par terre, m'adosse au mur et reprends lentement ma respiration. Je sens mon cœur ralentir, la douleur pulser un peu moins. Mais, je le sais bien, ça ne suffira pas. L'espace d'un instant, j'ai peur d'être coincé dans cette chambre jusqu’à la fin de mes jours.
Je repense à Contrôle. Il n'est ni mon ami ni mon ennemi. Je ne sais pas d'où il sort celui-là. Il m'a dit de réfléchir. Il m'a mis en garde contre le Faucheur Zero et les Horlacanthes. Il a parlé des Chairs Disparues. Ces mots et ces idées tournent en boucle dans ma tête. Je les laisse faire. Je n'ai plus que ça à faire de toute façon.
Ces mots et ces idées, je tente malgré moi de les attraper, de les assembler, d'en faire quelque chose qui a du sens. Je pense à la montagne, à cette beauté que j'espère revoir un jour. J'ai peur. J'ai peur de ne pas y arriver. Pas seulement arriver à sortir de cette chambre et de cette ville pourrie. J'ai peur de ne pas y arriver... tout court. De ne pas arriver à faire face. De perdre le contrôle. Est-ce cela que m'ont renvoyé Marcy et les autres ? Tout ne s'est pas passé comme prévu et moi... j'ai pété un plomb. J'avais envie que tout soit parfait, que tout se passe comme prévu parce que... je gère. La situation est sous contrôle, son MON contrôle. Il ne peut rien m'arriver. Je gère. Je contrôle. Contrôle ? Lâcher prise. C'est ça ma difficulté ? Lâcher prise ? Accepter de ne pas tout contrôler, jusqu'à mon propre corps et mon propre esprit que je contrôle. Je contrôle mon esprit, je lui rends son calme et sa tranquillité quand je suis en montagne, là où tout est majestueux et... figé. Pas comme la mer, toujours animée, en mouvement, déchaînée et... incontrôlable. Le corps, c'est son absence de contrôle qui a fait de Marcy une grosse. Et c'est d'avoir récupéré le contrôle qui lui a fait perdre du poids. Mais ai-je raison de voir les choses ainsi ? Contrôle m'a dit de réfléchir. Le miroir. Le miroir me renvoie une image. Il projette. Mais là, c'est moi qui projette des choses. Je ne sais rien du passé, des pensées profondes et intimes des uns et des autres. C'est moi qui projette sur eux ma perception de cette notion de contrôle parce que... j'ai envie d'y voir confirmer que moi je contrôle.
Je dois en finir avec ça. Je dois apprendre à lâcher prise, accepter de ne pas tout contrôler, que tout ne soit pas parfait et... que ce n'est pas grave.
Et je dois trouver un moyen de sortir d'ici.

La douleur, l'ennui, le temps qui passe... J'avais fini par somnoler, puis m'endormir quand je fus réveillé par une sirène, comme celle qui annonce la fin du boulot à l'usine ou un bombardement imminent. Je sursautais et me rendis compte que je n'étais plus à l'hôpital. Je n'étais plus dans une chambre. Je ne sais pas comment mais je m'étais retrouvé dehors, dans la forêt.
Le brouillard est toujours là, omniprésent. Il fait presque nuit et je n'y vois quasiment rien. Je me sens mal, fiévreux. Ça pulse douloureusement dans mon épaule. À force de ne pas être soigné, ça a dû s'infecter. Maintenant, chaque pas est difficile. Je transpire. Je respire mal. Mes pas me guident tant bien que mal vers un bâtiment en ruine. Ce qui reste de la structure est en acier. Il y a aussi des éclats de verre. Mais tout est envahi par la végétation. Il y a des tubes qui pendent de ce qui a été le plafond. À l'intérieur, il y a des traces de fluides séchés. Certaines sont marrons, d'autres jaunâtres. Je ne reconnais rien. Je suis littéralement dans le brouillard. Non loin, j'entends un hibou hululer. Je me retourne dans la direction et voit l'oiseau se poser sur l'épaule de cette chose que j'ai vu dans l'appartement, à Silent Hill. Cette tête en plaque d'os et ces quatre bras.
Nous nous regardons sans bouger. J'ai peur que si j'esquisse le moindre geste il ne jette sur moi et me tue. Si je ne fais rien, il me tuera aussi certainement. Je me sens à bout, au bout du chemin. J'ai fait ce que m'a dit Contrôle, j'ai réfléchi et j'ai fait mon mea culpa. Mais ça ne suffit pas, hein ? Ça ne TE suffit pas ? Toi, tu es là pour autre chose. Pourquoi ?

« Mais qu'est-ce que tu me veux, bordel ?!! »

Sur son épaule, le hibou déploie ses ailes, pousse un long hululement et s'envole. La chose me fixe de ses yeux noirs et me dit d'une voix claire et douce :

« Je suis le futur. »

Et une faux apparaît entre ses mains. Je cours, malgré la douleur.
Je n'ai que le temps de faire que quelques pas que je sens la lame s'enfoncer dans mon dos. Je la vois nettement ressortir par ma poitrine. La douleur fulgurante me fait prendre conscience de l'exacte position de mon poumon droit. Je sens la lame qui le transperce. Je vois le sang sur la lame.
Je vais mourir. En vérité, je suis déjà mort. Je suis mort depuis que j'ai mis les pieds à Silent Hill. Je suis même peut-être mort avant d'arriver. En vérité, je ne sais pas quand ni de quoi je suis mort. Je suis mort, c'est tout.
Que dira-t-on de moi ? Il n'était pas un mec parfait. Mais il n'était pas non plus le plus mauvais. Il y a pire, nettement pire. Il a quand même fait des trucs bien dans sa vie. C'était pas un connard égoïste et superficiel. Pas tout le temps. Des fois, oui. Mais pas tout le temps. C'était aussi un mec bien des fois.


GAME OVER



Réponse de Thomas :

A. "Ce n'est pas un jeu mais ai-je d'autres choix que de le jouer ?" Dur d'être un PJ...

B. Intéressant le chassé-croisé temporel. Je suppose qu'on aurait pu affiner en faisant littéralement passer le personnage d'une époque à une autre en emprunter certains passages (il y a avait un truc à faire avec le miroir).

C. Je me dis qu'à partir de cette expérience d'horreur urbain, tu pourrais avoir envie de tester S'échapper des Faubourgs... Mais je ne sais pas trop comment retranscrire le jeu en solo... 

D. Le final joué avec Bois-Saule permet réellement une invasion de Silent Hill par Millevaux...

E. J'ai l'impression que c'est le plus littéraire de tes solos... C'est vraiment écrit comme une nouvelle !


Réponse de Damien :

A, c'est le pti clin d'oeil. le jdr est un jeu, Silent Hill est un jeu mais pour le PJ c'est du sérieux ^^ 

B, oui c'est parfois ce qui est un peu frustrant dans le jdr justement. il y a plein de pistes qui se dégagent mais une qui s'impose et si ce n'est pas une fausse piste... et bien on finit le scenar sans avoir pu creuser les autres. si cela avait une nouvelle ou un roman, là, c'est clair que certains éléments auraient soit disparus soit été approfondis justement. 

C-oui, celui-là aussi je l'ai vu mais, j'avoues, pas eu le temps de mettre le nez dedans ? un étage de plus à la pile à lire ^^ vivement le chômage XD 

D-Bois Saule est quand même vachement pratique pour ce genre de situation. il permet d'introduire des éléments typiquement millevaliens grâce à toutes ses entrées concernant lieux et créatures etc et avec un système de règles ultra light qui ne contredit pas celui que je peux avoir utilisé pour le début du scénar. et j'aime définitivement cette idée de Millevaux comme une maladie qui se répand de monde en monde pour les corrompre. là, j'aimerais alterner des scénars dans des mondes menacés par Millevaux avec des scénars qui se situeraient dans Millevaux ou un monde déjà bien contaminé. je verrais bien comment ça se passe ^^ 

E-je ne sais pas si c'est le CR le plus littéraire (surtout que ce sont toujours des 1er jets non retouchés) mais c'est vrai que celui-là a été particulièrement "bizarre " à jouer. je joue à Silent Hill dans la perspective du 2, donc très introspectif. Silent Hill dans ses différentes versions sont des produits et des versions du "problème" du PJ et là ça a vraiment une tournure non seulement pas prévue à l'origine mais finalement réellement introspective. Peut-être le plus introspectif de tous mes CR pour le coup.
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LA CHOUETTE CLOUÉE
 
Commando en solo, trafic de baraka et test instructif des achats de réussite  !
 
Le jeu : Little Hô-Chi-Minh-Ville, du panasiatique-dystopique-biopunk par Thomas Munier
 
Joué le 05/08/2017 dans les Vosges en cercle privé
 
Personnage  : Ishan l'Organo
 
(temps de lecture : 11 minutes)
 
Image
margie & james, pulpolux, cc-by-nc, sur flickr
 
 
L'histoire  :
 
Man l'androïde à apparence humaine va chercher Ishan dans sa cellule familiale. On passe une porte blindée et on atterrit dans une cellule de 10 m². A gauche, le coin cuisine (qui sert aussi de salle de bains) où Ki Suk, le petit frère attardé d'Ishan fait frire des beignets pour les vendre à la sauvette. Le vieux Nyoc, le grand-père qui fait semblant d'être sénile, se met dans les pattes de Ki Suk pour préparer un café dégueulasse. A droite, trois couchettes superposées. Suffisant en temps normal, mais depuis quelques temps, Sacha, une cousine qui vit d'expédients, squatte la cellule et une couchette quand il y en a une de libre. Dans le fond, le labo génétique d'Ishan, maintenu sous clé, et son aquarium de limaces de mer, créatures grasses et multicolores aux branchies en forme de buissons en fleur (elle fait commerce de tacos de limaces). Ishan est en train de se battre avec son petit frère pour qu'il s'abstienne de faire frire une limace pour son beignet. Man presse Ishan de se joindre à lui pour se rendre à leur rendez-vous du jour. Man et Ishan font équipe alors que Man déteste les humains. Mais quand Ishan a recueilli Gauss, un chien droïde qui perd tout le temps de l'huile, elle est allé trouver Man pour lui demander comment le réparer. Man a été touché qu'une humaine se préoccupe d'un droïde, alors ils ont échangé sur leur vie et depuis ils font équipe.
 
Ils traversent quatre ou cinq immeubles par des corridors et des passerelles bondées. Odeurs de graillons, végétation, poulets en liberté. Un ascenseur surchargé. Sueur. Un ponton où ils croisent une vingtaine de moines et de nonnes tibétaines, saris oranges et moulins à prières.
 
Le lieu du rendez-vous est un casino, plutôt grand puisqu'il occupe quatre cellules à lui tout seul. Toutes les coulisses sont apparentes, des cuisines aux enfants des employés qui rôdent sous les tables de craps pour ramasser les jetons que les clients laissent tomber. Toute une faune cosmopolite se presse enfiévrée autour des tables de roulettes et des bandits manchots, on voit aussi un drôle d'enfant en costume plumer ses partenaires de poker. Ils se retrouvent à une table de black jack avec Madame Cheng, une mandchoue qu'on dit cheffe d'une mafia. Elle se présente comme étant une joueuse émérite, et en effet elle gagne à tous les coups. Elle les embauche pour retrouver un artefact porteur de chance  : une chouette clouée à une porte. Il faut récupérer la chouette et le clou. Ils devraient être en possession des Gnomes, une faction de mutants dépositaires de la mémoire, et qui amassent tous les objets chargés en souvenir, comme cette chouette.
Madame Cheng leur demande ce qu'ils veulent en échange. Man exige tout un assortiment de pièces d'androïde d'une marque prestigieuse  : Métal Pensant. Ishan demande une cellule plus grande pour sa famille.
Madame Cheng leur donne 6 h pour la mission. Pour leur communiquer le lieu du rendez-vous, elle leur confie une visionneuse rouge. Quand on regarde à l'intérieur, il n'y a qu'une pellicule  : on voit une salle de classe avec une vieille carte de l'Allemagne et un tableau d'écriture en gothique surmonté de roseaux accrochés au mur   : c'est l’École du Roseau.
 
Ishan joue et gagne au black jack un masque de chair vivante. Puis ils se faufilent à l'extérieur. Sur la route, Ishan réalise qu'ils sont pris en filature par Diode, un cyborg avec un œil automate et un bras-pince qui bosse pour la Triade de la Main Verte, comme Ishan,  qui leur sert souvent d'infirmière. Ishan et Man arrivent à lui fausser compagnie mais Man craint qu'il s'agisse d'une diversion pour les distraire d'une menace plus importante. Il leur faut une façon efficace de masquer leur identité. Man repart dans sa cellule pour télécharger un programme de métamorphose et Ishan va dans la sienne pour concocter une potion changeforme. Sacha, la cousine squatteuse fait alors irruption dans la cellule. Elle boulotte nonchalamment un beignet de Ki Suk avant d'ingurgiter le café du vieux Nyoc. Elle fait la moue et s'arrête de boire à la deuxième gorgée. Ishan trouve son comportement étrange  : Sacha est censée savoir que le café du vieux est dégueulasse, d'ordinaire elle s'abstient toujours d'y goûter. Sacha s'affale sur la couchette d'Ishan et sort sa boîte à outils crasseuse pour rafistoler Gauss le chien droïde.
 
Man retrouve Ishan à sa cellule. Ils vont dans la cellule d'un vieil ancêtre trop gâteux pour remarquer leur présence, et Ishan avale sa potion. Il se transforme alors en Gnome massif et hideux. Man active son logiciel de métamorphose et prend l'apparence de Kyoko, une lycéenne japonaise. Quand ils ressortent de cette cellule, une vieille avec un pousse-pousse garni de deux marmites fumantes les alpague. Elle travaille pour Nouilles Bien Cuites, l'entreprise de vendeurs ambulants de nourriture, et veut leur acheter leur décoction de changeforme. Ishan demande à Man/Kyoko de l'intimider, et la vieille abandonne alors ses velléités de transaction pour devenir leur alliée.
 
Les deux commandos se rendent au quartier des Gnomes, qu'Ishan connaît bien pour y avoir déjà œuvré. L'entrée du quartier est scellée par une porte de bronze qu'on peut activer en réussissant un jeu de memento enchâssé dans le mur, tache dont s'acquitte Kyoko.
 
Les commandos s'enfoncent dans l'étrange quartier des Gnomes, couloirs étroits avec leur cortège d'enseignes de boutiques d'antiquaires et de vendeurs aux tapis posés à même le sol. Algues envahissant tout. Dans la foule, Ishan se fait voler son masque de chair vivante  ! Elle interroge les gens et une vieille Gnome avec un œil en cristal contenant une araignée vivante lui décrit le voleur sous les mêmes traits que Diode, l'homme de main de la Triade de la Main Verte qui les suivait au sortir du casino. Ishan apprend aussi d'autres choses sur la chouette clouée. D'aucuns disent que cet objet porte en fait la malchance et que Madame Cheng veut juste que ses concurrents de la Triade de la Main Verte s'en emparent par jalousie, d'autres disent que si on mange la chouette clouée, on obtient une faveur des dieux. C'est sûr qu'au moins une de ces informations est fausse.
 
Les deux commandos se rendent à l'endroit où Ishan pense qu'on peut trouver la chouette clouée  : le magasin d'antiquités occultes qui répond au nom de La poule aux œufs d'or. Ils rentrent dans la boutique et surprennent la cousine Sacha en pleine tentative d'assassinat à coups de boîte à outils sur la personne du boutiquier, un vieux Gnome croulant. Ishan a en même temps une vision du passé  : il voit Madame Cheng entrer dans le magasin pour venir vendre la chouette clouée au boutiquier, et celui-ci lui offre rien moins que toute sa chance en échange.
 
Ishan utilise les arts martiaux pour désarmer Sacha et lui voler son self. Sacha demande alors, désemparée  : «  Je suis qui  ? Je suis qui  ?  » Les commandos comprennent qu'ils ont affaire à un doppelganger. Tout à l'heure dans la cellule, c'était aussi à cette fausse Sacha à qui ils ont eu affaire. Ils décident alors de la tuer. Le boutiquier leur confirme que la chouette clouée n'est pas un artefact porte-bonheur, mais porte-malheur. D'ailleurs il s'est empressé de la revendre, à un homme d'affaires qui la destinait à son futur gendre en cadeau de mariage…
 
Les deux commandos ressortent. Kyoko part étudier des grimoires pour en savoir plus sur la chouette. Ishan met ce temps à profit pour interroger les Gnomes sur Madame Cheng. Elle apprend que Madame Cheng était jadis la cheffe de la Triade de la Main Verte. Et quelqu'un a pris son apparence pour commettre des actions déshonorantes en son nom  : Madame Cheng s'est alors vu chassée de sa propre Triade. On dit qu'elle rumine des idées de vengeance depuis… Peut-être veut-elle pousser la Triade de la Main Verte à sa chute. A moins qu'elle n'ambitionne de l'absorber. Il paraît qu'elle débauche régulièrement des employés de la Main Verte. Qu'elle ait fait appel à Ishan, infirmière pour la Main Verte (elle a déjà soigné leur chef, qui souffre d'une maladie qui transforme ses organes), n'a rien d'innocent…
 
Kyoko revient changée de sa consultation des grimoires occultes. Son visage est plus fixe, son phrasé plus monocorde. Et elle est armée d'un katana, soi-disant en prévision de l'infiltration chez le gendre maudit. Alors qu'Ishan remet en question la pertinence d'accomplir sa mission, Kyoko insiste pour qu'on la mène à bien  : elle a besoin de ces pièces d'androïde pour créer un androïde parfait. Qu'Ishan ne s'avise pas de lui mettre des bâtons dans les roues.
 
Ishan réalise que cet androïde a oublié une grande partie de son passé, et notamment ses fêlures qui faisaient paradoxalement de lui quelqu'un d'humain  : Man a été formé par son créateur humain pour créer à son tour un androïde parfait, et Man lui a fait la promesse de mener ce projet à bien  ; mais Man a aussi tué son créateur. Et ceci, alors qu'en consultant les grimoires sur la chouette clouée, son cerveau positronique a été affecté par de graves révélations, Man l'a oublié, tout comme il a oublié son ancienne peau pour n'être plus que Kyoko  ; l'androïde-lycéenne et démiurge sans cœur. Ishan prend le temps de discuter avec Kyoko pour lui rappeler tous ses souvenirs, et l'androïde s'en trouve bouleversé, pour finalement devenir plus humain qu'avant. Il présente ses excuses à Ishan pour s'être égaré sur une pente dangereuse.
 
Pour se préparer à affronter la chouette clouée qui s'avère être une sérieuse menace métaphysique, les commandos se rendent au Temple du Bouddha Maléfique où on avait promis à Ishan une initiation mentale. Dans ce temple, tout est inversé, le Bouddha comme les moines sont vissés au plafond. Émanant des fumées d'encens, le lama lévite au milieu. A l'issue de cette cérémonie, le lama a désormais connaissance de la position d'Ishan en toute circonstance, par le biais de son aura.
 
Les commandos s'infiltrent dans le palais du gendre maudit par les conduits d'aération, ils se séparent et ensuite Ishan débouche par hasard sur une cellule dont même le personnel du gendre maudit devait ignorer l'existence  : une chambre du vide aux parois ornées d'étranges sculptures de bois, où règne le noir, l'apesanteur et le silence absolu. C'est un nœud énergétique de la ville et Ishan pense qu'il peut s'en servir comme d'un téléporteur.
 
Ishan poursuit sa reptation dans les conduits d'aération et arrive au-dessus d'une chambre qui s'avère être sa destination. Le gendre maudit est assis en position de méditation, vêtu d'un kimono. La pièce est entièrement vide, à l'exception d'une table à thé ornée d'un bonsaï. D'un côté, une porte de fer qui doit conduire au reste du palais, de l'autre une simple porte de bois vermoulue, d'un style complètement opposé à la sophistication du lieu, et sur laquelle est clouée une chouette. Mais ce n'est pas tout  ! Il y a aussi un homme de main du gendre maudit, et Kyoko, qu'ils ont capturée  ! Elle est à genoux, la tête et les mains enfermées dans un pilori, et l'homme de main est en train de lui couper l'oreille pour lui faire avouer la raison de son intrusion. Ishan saute dans la pièce, d'une prise il libère Kyoko et d'une autre, il s'empare de la chouette clouée, puis ils repartent dans les conduits et se téléportent par la chambre du vide.
 
Ils arrivent dans la salle de classe de l'école du Roseau. La maîtresse et les enfants, tous des indo-pakistanais, sont figés dans le temps. La maîtresse est en train de parler mais ses lèvres bougent à peine. Madame Cheng les attend. C'est alors que font irruption Diode et deux femmes momies au visage maigre et vert, vêtues de bandelettes et armées de pistolets mitrailleurs  ! Les commandos se ruent sur eux avant qu'ils ne fassent un carnage dans les écoliers. Kyoko découpe les momies au katana et Ishan arrache la colonne vertébrale et le cœur mécanique de Diode.
 
Madame Cheng les félicite même si la mission ne se conclut pas tout à fait comme prévu. En effet, elle avait prévu de disparaître au moment de l'arrivée de Diode et de ses acolytes de la Triade de la Main Verte, et les laisser s'emparer de la chouette clouée. Mais finalement, les commandos l'ont encore mieux servi qu'elle l'espérait en tuant le doppelganger, Diode et les momies. La Triade est suffisamment diminuée pour que Madame Cheng l'absorbe sans souci. Les deux commandos se plaignent d'avoir été manipulés, mais Madame Cheng calme le jeu en leur offrant de suite leur récompense  : elle leur communique l'adresse d'une nouvelle cellule pour la famille d'Ishan, où ils trouveront des pièces d'androïde à l'intention d'Ishan. Ils veulent lui confier la chouette clouée, mais Madame Cheng refuse  : elle ne veut même pas la toucher.
 
Les commandos décident alors de céder la chouette clouée au Temple du Bouddha Maléfique.
Quand ils arrivent là-bas, le lama se frotte les mains  :
«  Je n'aurai même pas à vous faire du mal pour m'en emparer… La fortune sourit à notre Temple...  »
 
 
Playlist  :
 
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Lunatico, par Gotan Project, de l’électro-tango pour instants feutrés au milieu de la folie électrique.
 
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Mù Chè Shan Chu, par Howie Lee, la synergie complète entre électro et musique traditionnelle chinoise, qui dessine le Pékin du futur.
 
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Demo IX.MMXVI par Heimatlos, entre drone orientalisant, black metal spectral et noise étouffé, un décor pour rituels fantômes.
 
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195, par Ogre. Le pinacle de la synthwave action movie des années 80 pour une ambiance SF, cuir et dystopique entre Blade Runner, L’Incal, Judge Dredd et Assaut sur le central 13 !
 
 
Feuilles de personnage  :
 
Man, artifice
Ethnie  Maori, visage lisse, physique modifié, look hi-tech.
Réplicant  : i.e. androïde à apparence humaine
Programmé à tuer
Va apprendre à voler (à cause d'un bug)
S'est échappé
Self 2, Ruche 2 (descendu à 0), Bio 1 Tech 4 Intime 4
Secret 1  : J'ai tué mon créateur
Secret 2  : Je n'ai jamais aimé les humains
Commerce  : vente de prothèses cyber
Job  : Chirurgien cyber
Actions  : Passer le test de Turing, transcender la condition humaine
Dette  envers son mentor : réussir à créer un androïde plus évolué qui ne tuera pas son créateur.
 
Ishan, organo
Actions  : fabriquer une drogue, une hormone ou une décoction, interagir avec les horlas
Self 0 Bio 3 (descendu à 2) Tech 1 (descendu à 0) Ruche 2 (descendu à 0)
Intime (Man) 4 (descendu à 2)
Famille à charge  : Ki Suk, Nyoc, Sacha, Gauss
Commerce  : cuisine des tacos à la limace de mer
Job  : infirmière pour la mafia
Actions modifiées  : Infiltrer & exfiltrer 2d6+bio  : grâce à combinaison-méduse. Tu as promis de vendre un membre de ta famille à celui qui te l'a faite.
Action à modifier  : Affronter une menace métaphysique 2d6+ruche à condition d'aller voir le Temple du Bouddha Maléfique. Cela coûtera un sacrifice de sang  : le Temple saura toujours où te trouver
Secret 1  : Tu es recherchée par un monstre qui veut te dévorer.
Secret 2  : Tu as volé l'identité d'Ishan pour sauver ta peau.
Points d'expérience  : 3
 
 
Commentaires  :
 
Profil de la joueuse  : expérimentée.
 
Défis  :
Deux règles à tester  :
+ la possibilité d'augmenter ses réussites d'un cran en dépensant un point de carac
+ J'ai créé le personnage d'Ishan et la joueuse a créé le figurant Man comme si c'était un personnage. C'était pour re-tester la création croisée de personnage, mais aussi pour tester la pertinence d'avoir un «  PJ du MJ  » dans l'équipe de commandos, qui me servirait à donner des pistes de jeu sans avoir à passer en méta.
 
Joueuse d'Ishan  :
+ Mon regret  : Le deuxième perso, il y avait des moments où il n'était pas très utile. [Réponse de Thomas  : C'était surtout pour tenter la création croisée. Je l'ai mis volontairement en retrait.]
+ Jouer le perso d'un autre, au début c'est perturbant car il faut se l'approprier, mais c'est le principe du jeu de rôle. Cela permet de sortir de ses habitudes de rôliste.
+ J'ai pas utilisé toutes les carac. [Thomas  : le défaut de cette version de test, c'est qu'il manque les détails des moves sur la feuille de perso]
+ C'était différent de d'habitude car il faut donner des points de carac pour réussir des jets de dés. Cela rendait la décision difficile, c'est l'intérêt du jeu.
+ Le fait qu'on sache pas qui est qui, c'est intéressant, ça oblige à faire des recherches, à s'approprier le perso et l'univers.
+ A la fin, le fait qu'on savait pas quoi faire de la chouette, c'était embêtant pour le personnage  : ai-je fait une erreur  ? Ou alors ça donne lieu à une autre histoire.
+ Le côté SF, c'est pas mal, mais on pourrait développer un peu plus. Mais là ça fait plus penser à du cyberpunk. C'est plus un monde magique que de SF  : frustrant pour les passionnés de SF. Plus développer les mondes différents ou les pouvoirs augmentés par la science ou la tech.
+ Le cœur de l'histoire (la chouette maléfique, le temple de Bouddha), ça reste de la magie.
 
Retour personnel  :
 
+ Je valide la création croisée de personnage, bien que par la suite je la rendrai facultative  : si des joueuses préfèrent créer leurs personnages elles-mêmes, libre à elles.
+ Le «  PJ du MJ  » était intéressant dans cette configuration de jeu à deux. Cependant, je pense qu'avec plus de joueuses, j'aurais du mal à gérer ce «  PJ du MJ  » en plus de tout le reste, ce qui en fera un figurant effacé et peu crédible. Cela ne vaut pas vraiment le coup de l'évoquer dans le livre de règles.
+ La dépense de carac pour acheter des réussites diminue beaucoup le personnage en un rien de temps, surtout dans cette configuration de partie  : la joueuse devait compenser le sous-effectif de l'équipe en faisant beaucoup de jets de dés et elle a quasi-systématiquement racheté ses échecs en réussite. Dans ce cas précis, la transformation de réussites en échecs pour regagner des points de carac est insuffisante. Faut-il augmenter les gains de point d'expérience  ? Les deux tests prochains («  Des choses insignifiantes  » et «  L'empire végétal  ») échoueront à me donner une réponse à cette question. Je crois aujourd'hui qu'il faudrait, à la création, tenir un compte des points de carac totaux, et à la fin de séance, remettre à niveau les carac pour retrouver ce total (plus les points de carac supplémentaires achetés avec des points d'expérience). C'est cependant une usine à gaz, j'aimerais trouver mieux.
 
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.
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