[CR] L'Anneau Unique 2E

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Mildendo
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[CR] L'Anneau Unique 2E

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Les Havres gris, printemps de l’an 2965. Les mouettes survolent le fleuve Loune et zigzaguent entre les tours élancées et les mâts des navires. Un nombre important pousse des cris étonnés et tournoie au-dessus du chantier naval et des visiteurs qui foulent les quais ; de mémoire de Laridés, on n’a jamais vu en Mithlond un groupe aussi disparate : une elfe, une rôdeuse du nord, une hobbite et un nain !

Le nain (incarné par @Le moine errant) s’appelle Frör, fils de Floki. Il appartient au peuple de Durin mais il est originaire des Montagnes bleues où il a grandi, bercé par les souvenirs de la grandeur et des malheurs du peuple nain. Inspiré par les exploits de Thorin Lécudechesne, il a, dès que sa barbe a été assez fournie, entrepris un périple jusqu’à la Montagne solitaire où il s’est découvert une vocation de Messager. Depuis, il arpente la grande route de l’est en Ériador et c’est dans le village de Brie qu’il a rencontré Esgaliel la rôdeuse et Perle Chaumine la hobbite.

Esgaliel (incarnée par @Arnoul) a embrassé la vocation de Championne. Elle a tous les atours d’une rôdeuse du nord : de longues bottes qui lui remontent jusqu’aux genoux, une grande cape qui cache une épée démesurément large (et dévastatrice) ; elle se distingue toutefois par la tiare ornée d’une gemme qui rehausse son noble front.

Perle Chaumine (incarnée par @Munkki) est une hobbite Érudite originaire du Comté. Atavisme Touc ou simple trait de caractère, elle est curieuse et discute avec tous les gens de passage. Cette curiosité l’a poussé à se rendre à Brie où vit son frère ; elle y a rencontré Frör et Esgaliel avec qui elle s’est liée.

Tarandis (incarnée par @Landvaettr) est une elfe du Lindon, Capitaine de vocation. De nature joviale (pour une elfe), elle s’est toujours sentie en porte-à-faux au milieu des elfes contemplatifs des Hâvres gris. Jeune (90 ans), elle a le sentiment d’appartenir davantage aux Terres du Milieu qu’à Valinor et se sent l’obligation morale de lutter contre l’avancée de l’Ombre.

La rencontre entre les quatre aventuriers a été fortuite. Frör, Esgariel et Perle ont sauvé Tarandis d’une périlleuse situation dans laquelle elle s’était fourrés alors qu’elle enquêtait sur la rumeur d’un loup garou sévissant dans la région. Il manquait à Tarandis la Capitaine un groupe à mener ; il manquait au reste du groupe un but pour partir à l’aventure ; le groupe d’aventuriers ne demandait qu’à se constituer.

Pour l’heure, les PJ sont aux Havres gris, sur les quais du chantier naval où sont construits les navires qu’empruntent les elfes pour quitter définitivement les Terres du Milieu. Ils ont été conviés par Cirdan, le charpentier des nefs, qui avait déjà à l’œil la remuante Tarandis. Il veut tester les aventuriers avec lesquels elle s’est associée en leur confiant une tâche qui le préoccupe. Un navire en partance pour le Valinor est retenu à quai parce qu'une passagère manque à l’appel : Nalien. L’elfe s’était montrée de plus en plus troublée à l’approche du départ et faisait régulièrement référence à la bataille de Fornost (livrée il y a mille ans contre le Roi-Sorcier d’Angmar), au cours de laquelle elle avait perdu une amie très chère. Cirdan craint qu’elle n’erre dans les Champs du massacre (où ont eu lieu les combats) et, en tant que garant, y envoie les PJ.
Dernière modification par Mildendo le dim. sept. 27, 2026 1:54 pm, modifié 3 fois.
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Mildendo
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Mildendo »

Petite note d'intention avant de céder la place aux joueurs qui feront les CR de cette campagne.

Dans d'autres parties du forum, j'ai relaté la relative déconvenue de notre table après la partie-test de la 2ème boîte d'initiation (Aventure dans la montage). Si le scénario de cette boîte est représentatif de la proposition ludique de l'Anneau Unique 2E (contrairement à la boîte des hobbits), le système a été perçu comme très punitif. Selon moi, ces règles ne le sont que si l'on espère trouver dans le jeu des oppositions équilibrées et des combats forcément remportés par sait utiliser les rouages du système. Or, si on relit le premier volume du SdA, que voit-on ? Des hobbits sauvés in extremis des griffes du vieil homme saule puis des esprits des tertres par Tom Bombadil ; une première rencontre avec les Nazguls qui laisse le protagoniste aux portes de la mort ; un magicien occis par un Balrog et un Boromir tué par des orques.

Gemini m'a permis de faire une synthèse sur l'héroïsme chez Tolkien (cf ci-dessous). Je l'ai présentée aux joueurs lors de la session #0 pour éviter les discordances entre leurs attentes et les miennes.

Gemini a écrit :1. L'anti-héroïsme et le triomphe des petits
Puisque le mal moderne et totalitaire (incarné par Sauron ou Saroumane) repose sur la force, la technique et la tyrannie, il ne peut être vaincu sur son propre terrain. Tolkien rejette l'idéal du surhomme ou du guerrier invincible antique.
La réalité de la faiblesse : Les véritables héros sont les Hobbits (Frodon, Sam, Merry, Pippin), des êtres casaniers, ignorés des grands de ce monde, physiquement vulnérables et terrorisés par les épreuves.
Le renversement des valeurs : Le salut de la Terre du Milieu ne dépend pas des coups d'épée des rois (Aragorn ou Théoden, aussi nobles soient-ils), mais de l'endurance de créatures ordinaires portant un fardeau qui les broie.

2. L'héroïsme de l'action sans garantie de succès (Estel)
L'action héroïque chez Tolkien se détache complètement du calcul utilitariste ou rationnel de la victoire.
Agir sans espoir mesuré : Devant la Porte Noire ou dans les sentiers du Mordor, il n'y a plus d'« hope » (d'optimisme fondé sur les probabilités de survie).
Le choix du bien pour lui-même : le héros tolkienien fait preuve d'estel : il choisit d'accomplir son devoir et de soutenir le bien simplement parce qu'il est juste, en acceptant l'échec potentiel et en s'en remettant à une Providence supérieure qui dépasse l'entendement.

3. L'héroïsme de la pitié et de la retenue
Face au mal qui est une corruption (une absence de bien), la réaction héroïque ne consiste pas à éliminer ou à dominer brutalement, mais à préserver et à pardonner.
Le refus de la souillure : le véritable héros refuse d'utiliser les armes de l'ennemi (refuser l'Anneau, que ce soit Gandalf, Galadriel ou Aragorn), car s'emparer du pouvoir du mal pour faire le bien mène inévitablement à la corruption intérieure.
La pitié salvatrice : l'acte le plus héroïque de Frodon et de Bilbon n'est pas un acte de violence, mais la pitié envers Gollum. C'est cette clémence, incompréhensible pour le monde cynique de Saroumane ou de Sauron, qui permet ultimement le salut, le mal s'autodétruisant par ses propres contradictions.

4. L'héroïsme de la charge portée (le fardeau)
Le héros de Tolkien n'est pas un conquérant auréolé de gloire, mais un porteur de fardeau. Frodon est brisé par sa quête ; il ne revient pas triomphant en vainqueur dominateur, mais mutilé, marqué à vie dans sa chair et dans son esprit par le mal qu'il a combattu. L'héroïsme tolkienien est donc profondément sacrificiel et christique : il accepte de descendre dans l'obscurité pour que d'autres puissent voir la lumière.
Dernière modification par Mildendo le jeu. sept. 24, 2026 9:32 pm, modifié 1 fois.
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gobo
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par gobo »

Super la synthèse. 👍
Si j'ai l'occasion, je te la vole.
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Cléanthe
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Cléanthe »

Cette synthèse a le mérite de remettre quelques pendules à l'heure, sinon merci pour ce CR introductif, que je suivrai avec plaisir.

As-tu utilisé la boîte d'initiation comme liant de départ ?
Ô vous qui avez l'entendement sain
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Mildendo
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Mildendo »

Cléanthe a écrit : ↑ven. sept. 25, 2026 8:34 am As-tu utilisé la boîte d'initiation comme liant de départ ?
La BI a l'avantage de faire commencer la campagne aux abords de Brie mais elle n'offre pas d'ennemis, pas de menace ni d'alliés très intéressants sur le long terme ; et puis tous les joueurs de la table n'avaient pas joué l'aventure. J'ai donc préféré recommencer depuis le départ.

On a créé le groupe en partant du choix du garant qui donne une certaine indication sur le type d'ambiance, le type d'aventures qu'on a envie de vivre. Du garant découle certaines vocations. À la fin seulement, on a choisi les peuples.
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Cléanthe
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Cléanthe »

Mildendo a écrit : ↑ven. sept. 25, 2026 9:38 am
Cléanthe a écrit : ↑ven. sept. 25, 2026 8:34 am As-tu utilisé la boîte d'initiation comme liant de départ ?
La BI a l'avantage de faire commencer la campagne aux abords de Brie mais elle n'offre pas d'ennemis, pas de menace ni d'alliés très intéressants sur le long terme ; et puis tous les joueurs de la table n'avaient pas joué l'aventure. J'ai donc préféré recommencer depuis le départ.

On a créé le groupe en partant du choix du garant qui donne une certaine indication sur le type d'ambiance, le type d'aventures qu'on a envie de vivre. Du garant découle certaines vocations. À la fin seulement, on a choisi les peuples.

En effet, j'ai trouvé la description du Lindon dans le supplément les 3 anneaux très intéressante, je ne pensais pas au départ pouvoir en faire quelque chose de pertinent. Cela m'a donné envie, notamment en lien avec une des intrigues développée en lien dans le même ouvrage de partir de ce royaume, raison pour laquelle je suivrai les pérégrinations de votre groupe avec plaisir. 

Concernant la BI, les dés m'intéressaient, mais si le scénario est à ce point indigent, je n'en vois pas trop l'intérêt, même avec le tarif proposé.
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Sammael99
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Sammael99 »

Hop, abonné.

Je n'aime pas (plus) la mécanique de l'AU, mais les suppléments de la première édition restent dans ma tête des choses à faire jouer un jour. Du coup, toujours curieux de tomber sur un CR de ce jeu.
Mozart n'a pas écrit que le Boléro de Ravel. Mais aussi plein d'autres trucs beaucoup moins connus (comme le canon de Pachelbel). - Le Grümph
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Landvaettr
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Landvaettr »

Session1, vendredi 18 septembre 2026

Étaient présents :  @Landvaettr; @Munkki ;@Le moine errant ; @Arnoul 

Salut les rôlistes. Je me suis proposé pour rédiger le premier CR, et j'ai évoqué à la table la possibilité de faire cela sous la forme du journal de voyage de Tarandis, mon personnage. L'idée à été appréciée et je me suis pris au jeu. C’est donc sensiblement plus verbeux qu'un CR classique; si j'ai réussi, c'est aussi plus immersif. Les prochains que je serai amené à rédiger seront certainement moins étoffés. 

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Journal de Voyage de Tarandis, Capitaine du Lindon

 
Envoyés par Seigneur Círdan, nous sommes partis en quête de Nalien, portée disparue à l’aube de son départ pour Valinor.
Ce journal de voyage relatera le périple de notre groupe.

Notre communauté, pour le moins bigarrée, est composée d’une Rôdeuse Dúnedain du nom d’Esgaliel, d’un Nain voyageur répondant au nom de Frör, fils de Floki, d’une érudite Hobbit nommée Perle Chaumière, et de moi même, Tarandis. Nos montures, deux poneys appartenant au Nain et à la Hobbit, se nomment Mouche et Marguerite.

Ce sont des compagnons que je connais depuis peu, mais qui ont déjà prouvé leur valeur. Je ne m’étendrai pas sur les circonstances de notre rencontre car ce n’est pas l’objet de ce récit, mais je leur dois la vie. Je m’engage à les guider au mieux dans cette entreprise et, à ces fins, ne manquerai pas de m’appuyer sur leurs expertises respectives.
  

Veille du départ.

Nous logeons à la Demeure des Nains, en bordure des Havres Gris. Nos préparatifs sont faits et j’ai hâte de partir.

Aujourd’hui un pécheur humain du nom d’Eagre est venu nous parler, il semblait fasciné par Esgaliel.
L’homme se disait de Lond Daer, une cité humaine se trouvant à l’embouchure du Flot Gris, là où s’élevait jadis Vinyalondë. Il prétendit qu’un Astrologue du nom d’Aglaën y aurait récemment annoncé la venue d’une héroïne, dont le nom et la description correspondaient en tout points à Esgaliel.

Je ne sais pas grand-chose de cette communauté d’Hommes et j’ignore quel crédit peut être accordé aux paroles de cet individu. J’ai, pour ma part, accueilli ses dires avec une respectueuse réserve. Esgaliel l’a remercié pour la nouvelle, et lui a dit qu’elle s’évertuerait à être digne de cette augure, et des espoirs qu’on plaçait en elle.

J’ignore si Esgaliel est promise à un destin hors du commun, mais j’ai pu constater ses compétences de rôdeuse. De constitution très robuste, elle manie également une impressionnante épée avec une redoutable efficacité. Sans doute y a-t-il davantage à découvrir chez elle. La pierre qui orne son front m’intrigue également ; c’est une coiffe peu commune parmi les Dúnedain.
  
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 Crépuscule du 1er jour

Nous avons quitté les Havres Gris ce matin. Notre départ s’est fait dans la fraîcheur printanière des praires de Lindon, à travers les champs de ficaires, de boutons d'or et de pâquerettes.
Le moral de l’équipe est optimal, le vent emportant nos chants de marche. L’enthousiasme de notre Hobbit particulièrement communicatif; elle a posé les yeux sur les merveilles du Lindon avec un émerveillement sincère.
  
Frör a pris de notes et compulsé ses cartes ; nous avons convenu d’un itinéraire. Une fois les frontières du Lindon franchies, notre route traversera les plaines de l'Arthedain pour border les marches de la Comté. Nous suivrons le flanc sud des Collines du Crépuscule avant de piquer vers le nord, en direction des sinistres étendues du Champ du Massacre.
Les plaines fleuries cèdent déjà le pas à un terrain plus vallonné. Derrière nous, le cours du Lhûn et les blanches tours de Mithlond s'effacent progressivement par delà l'horizon.

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Crépuscule du 2ème jour

Alors que le crépuscule s'installe, nous achevons notre repas. Les prairies ne manquent pas de petit gibier et Esgaliel a trouvé, sans trop de difficultés, de quoi agrémenter l’ordinaire de nos rations. Nous avons ce jour marché de bon pas, et dormirons une dernière nuit sous les cieux protecteurs du Lindon.

Le regard tourné vers le sud, j’admire les hautes silhouettes qui se dressent à l'horizon. Perchées sur leurs collines, les Tours Blanches miroitent sous les derniers rayons d’Anar. Sur la lande dégagée, elles ont été nos compagnes tout au long de la journée.

Je repense au secret qu’abrite l'une d'elles. Au cœur de cet ancien sanctuaire repose un Palantír.

Il est dit de cette pierre de vision, de grand pouvoir, qu’elle permet de poser son regard sur des lieux forts éloignés. Si mes aînés s'y tournaient jadis pour apaiser leur nostalgie de Valinor, je ne peux m'empêcher de songer aux rumeurs : un esprit d'une force singulière, tel celui d'un mage, pourrait-il utiliser la pierre pour révéler d'autres secrets?

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 Crépuscule du 5ème jour

 Aujourd’hui, lorsque nous marchions sur les lisières de la Comté, un habitant des plus singuliers a croisé notre route. Cet énergumène nous a interpellés avec une joyeuse bonhommie, nous répétant de façon incongrue que la saison des champignons n'était pas encore venue, avant de nous inviter à partager une tarte à la crème et à la confiture sur le bas-côté.

Shériff de son état, l'officier de la Comté témoigna une vive gratitude envers Esgaliel pour un service passé dont il a tu la nature. Je dois admettre que cet éloge mystérieux a piqué ma curiosité ; je réalise que le passé de mes alliés porte sa part de secrets.
En tant que capitaine, j'aime connaître ceux qui marchent à mes côtés, mais j'ai préféré taire mes interrogations pour le moment.
  
Esgaliel a habilement éludé ses questions quant au but de notre voyage. Le Shériff nous souhaité bonne fortune en ces terres frontalières, mais nous a conseillé d’éviter d’aller trop au nord, car il y aurait aperçu des traces de trolls. Nous nous sommes gardés de lui dire que c’était là notre route.

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Crépuscule du 6ème jour

Nous campons ce soir non loin du hameau Hobbit de Gamwich. L’avertissement du Shériff s’est avéré cruellement juste : Esgaliel a identifié les empreintes de deux Trolls. Une telle incursion est inhabituelle si près des frontières de la Comté et représente une menace sérieuse pour les paisibles communautés de Hobbits qui vivent aux alentours. Les voyageurs isolés ne sont pas davantage à l’abri. Il nous faudra désormais redoubler de vigilance.

 À mesure que nous progressons dans les terres, je vois les essences d’arbres changer. Les douces prairies cèdent peu à peu la place à des bois de hêtres plus denses, tandis que le terrain devient plus boueux et plus marécageux.
  
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Crépuscule du 7ème jour

Nous avons passé aujourd’hui le cours d’eau que les locaux nomment simplement « L’eau » et approchons des Collines du Crépuscule, hérissées de pins et de bouleaux. Le paysage s'est fait plus minéral ; de grands affleurements de roche ocre se dressent désormais autour de nous. La boue, de plus en plus lourde, ralentit nos pas et rend notre avancée plus fastidieuse.
  
Sous la lumière terne et chargée d'ombres qui drape les collines, une sourde mélancolie s'empare du groupe. Nos pas foulent de vieilles fondations Numénoréennes, vestiges érodés que deux millénaires d'oubli ont lentement rendus à la terre.
Nos chants de marche se sont éteints. Le silence n'est plus rompu que par le cliquetis métallique de nos armes, le froissement de nos capes trempées, et les renâclements las de Mouche et de Marguerite.
  
Je pense à Nalien. Seigneur Círdan m’avait raconté qu’avant de disparaître, elle paraissait tourmentée et parlait sans cesse de partir pour rejoindre et délivrer une elfe du nom de Drameth avant de partir pour Valinor. Elles étaient amies et toutes deux présentes lors de la bataille, bien que fort éloignées l'une de l'autre. Nalien en était revenue. Drameth aurait, elle, péri non loin de Fornost lors des dernières charges de cavalerie elfiques.
  
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Crépuscule du 10ème jour

Cette journée a été éprouvante ; la nuit qui l’a précédée nous a laissés sans repos. C’est avec lassitude que je couche finalement sur le papier les événements de ces deux derniers jours de voyage.

Après une journée de marche dans les contreforts boueux des Collines du Crépuscule, nous avions dressé le camp au pied des hauteurs.
Bien que l'atmosphère fût lourde, la nuit tomba paisiblement sur notre campement et j’enjoignis mes camarades au repos, sachant mon sommeil d’elfe plus léger et plus vigilant que le leur.
  
Adossée à un arbre, mastiquant doucement les feuilles de vigilance que m’avait confiées mon ami Finlilë. je sommeillais paisiblement du doux repos des miens : mes pieds ancrés dans le sol des landes du nord, mais l’esprit vagabondant par-delà les montagnes bleues, en terres Ñoldor.

Des bruits sourds et dissonants m'ont brutalement arrachée à mes songes. À travers le voile de mes yeux ouverts, j'ai cru deviner de larges formes contrefaites courir parmi les rochers en surplomb. Craignant une embuscade nocturne, j’ai réveillé mes compagnons à la hâte. Nous avons fébrilement inspecté les alentours, puis marché à un rythme soutenu une bonne partie de la nuit avant que je ne sois certaine que nous n’étions pas suivis, et de trouver un refuge qui nous semblât sûr pour terminer cette nuit agitée.

J’ignore si mes craintes étaient justifiées ou si la sève des feuilles de Finlilë m’est montée à la tête. Une chose est certaine : je préfère les avoir fait courir une bonne partie de la nuit pour rien plutôt que de risquer de voir mes compagnons finir dans le ventre de telles monstruosités.
  
Notre avancée a été plus fastidieuse aujourd’hui. Nous nous sommes égarés un temps. Notre éclaireuse Hobbit, croyant dénicher un raccourci, s’est montrée un peu trop téméraire dans son exploration. Heureusement, elle parvint finalement à retrouver la bonne voie. Du haut d’une crête, nous avons aperçu les eaux maussades du Lac Evendim, bordée par les ruines de la cité d’Annúminas.
  
Préoccupée, Esgaliel nous a confia qu’elle n’avait entrevu aucune trace des Dúnedain qui, bien que discrets par nature, devraient être présents dans les environs.
  
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Crépuscule du 12ème jour
  
Nous sommes aujourd’hui arrivés à destination : les Champs du Massacre.
C'est une steppe infinie d’herbes jaunâtres, un paysage désolé écrasé sous des cieux ombrageux. Aucun chant d’oiseau ne rompt le silence ; la vie semble avoir déserté ces lieux et il a été impossible à Esgaliel de dénicher le moindre gibier. Au loin, l’ombre portée des montagnes s'allonge sur nous. Les ruines spectrales de Fornost et de sombres bois de pins se devinent un peu plus au nord.

Après une inspection minutieuse de la colline où nous faisons halte, Esgaliel y a repéré des traces de cerfs, ce qui semble pour l'instant exclure la présence de grands prédateurs. Nous campons à l'abri, dans une anfractuosité de la roche.

Pour chasser la pénombre, Perle nous a raconté l’intervention salutaire des siens durant la grande guerre. Jadis, des archers hobbits campés sur cette même colline lors de la Bataille de Fornost décochèrent maintes flèches sur les forces d'Angmar. Si leur courage contribua à repousser le mal, le fardeau fut lourd : le royaume d’Arnor était irrémédiablement perdu.
  
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Nuit du 12ème jour
  
Quel lieu terrible. Quelle horrible nuit. Tandis que mes compagnons dorment d’un sommeil agité, je ravive doucement les braises fumantes du feu et je frissonne encore au souvenir du cauchemar venu souiller mon repos. Le feu repousse à grand peine les ténèbres. Même éveillée, je perçois le poids du passé qui pèse sur ces terres ; le Champ du Massacre porte encore en lui les stigmates de son horrible bataille. L’esprit de cette lande serait-il encore sous l’emprise du Roi-Sorcier d’Angmar, à jamais corrompu ?

Je savais ma nature de Sindar particulièrement perméable aux lieux de mon repos, mais je ne pensais pas revivre les affres de cette guerre de manière aussi vivace. La nuit m’a jetée au plus laid des combats. Perdue dans une mêlée confuse, je tranchais en vain les innombrables ombres difformes des suppôts d'Angmar, empêtrée et embourbée dans un enchevêtrement de corps.
  
J’ai entendu et lu les récits. Je sais que cette bataille fut une victoire décisive pour les miens grâce à l’arrivée salvatrice du seigneur Glorfindel ; mais dans mon songe, je n’ai pu attendre sa venue. Effarouchée par la noirceur et l’étendue du mal que mes aînés ont affronté. Je n’ai réussi à m’extraire de cette vision qu'à grand-peine.
  
La nuit me laisse sans repos et habitée d'un profond sentiment de dégoût. La venue d’Anar ne saurait tarder. Je l’appelle de mes vœux, mais je doute hélas que ses rayons parviennent à percer la lourde couverture nuageuse de ce lieu maudit.
Lorsque mes compagnons seront éveillés, je gravirai la colline et chanterai pour Nalien une complainte. Si elle est bien perdue en ces lieux désolés, j’ai l’espoir qu’elle l’entende. Je comprends désormais sa douleur et sa détresse, et j'entends bien la retrouver.
  
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 Crépuscule du 13 ème jour

Nous campons en plein Champ du Massacre. Je retarde l’heure du sommeil, redoutant de succomber aux mêmes rêves que la veille.
Nous n’avons pas osé faire un feu trop grand, et les ombres des spectres nous entourent. Je regarde dormir mes compagnons de voyage, ainsi que l’Elfe à la chevelure grise qui sommeille péniblement à mes côtés.

La journée a porté son lot d’événements. À leur réveil, mes compagnons avaient eux aussi rêvé de la bataille et s’en étaient trouvés éreintés. Seule Perle semblait avoir été épargnée, protégée par l’esprit de ceux de son peuple qui, ayant fait de cette colline le bastion de leur victoire, avaient peut-être également veillé sur son esprit.

Gravissant la colline jusqu’à son faîte, j’ai chanté en Quenya ma complainte à Nalien. Pleurant les morts de Fornost, louant l’intervention des nôtres, j’appelai Nalien en notre nom et en celui de Drameth, son amie défunte qu’elle était venue chercher.

C’est alors que nous l’avons aperçue : une silhouette esseulée, errant erratiquement dans la plaine. À l’entente de mon chant, elle s’arrêta, se tourna et avança lentement dans notre direction. Nous nous portâmes à sa rencontre.

Je vis devant moi Nalien, en armure, qui, lame au clair, tranchait l’air autour d’elle avec désespoir. Je compris que son esprit n’était pas sorti des brumes spectrales desquelles j’avais moi-même peiné à m’extraire. Ses cheveux, qui étaient il y a peu d’un blond resplendissant, avaient terni ; ils étaient à présent grisonnants et filasses, battus par le vent devant un visage tourmenté. Depuis combien de jours errait-elle ainsi ?

M’approchant paisiblement, je lui expliquai que Círdan nous avait envoyés à sa recherche, et la suppliai de nous suivre afin de quitter ce lieu maudit.

 « Elle m’appelle, elle me cherche... » gémit-elle. « Drameth. Je dois la retrouver. »

Je la conjurai de nous suivre. Je lui expliquai que le Champ du Massacre avait obscurci son jugement, que Drameth n’était plus en ces lieux et qu’elle l’attendait à Valinor, dans les Halls de Mandos, là où vont les esprits des morts.

 « Tu es trop jeune », rétorqua-t-elle. « Tu n’étais pas là il y a mille ans et ne sais pas de quoi tu parles. »

 Et elle éclata en sanglots.

 « Drameth n’est pas dans le séjour de Mandos ! Elle est prisonnière ici et a besoin de moi ! »

Je la suppliai de m’écouter et de nous suivre. Je lui promis que nous irions voir Drameth au travers de la pierre de vision des Tours Blanches.
 Mais l’attitude de Nalien se raffermit et sa voix gronda :

 « Vous voulez m’éloigner d’elle ! Partez ! Vous ne m’empêcherez pas de la retrouver ! »

Je parvins à l’apaiser et lui assurai que nous souhaitions avant tout les réunir. Je lui dis que, si Drameth était effectivement encore prisonnière en ce lieu, elle se trouverait plus au nord, dans la forêt de pins adjacente à Fornost, là où de nombreux cavaliers avaient péri.

Je proposai que nous l’escortions jusqu’au bois pour l’aider à retrouver Drameth. Elle se radoucit à cette proposition et concéda de nous suivre, à condition que nous l’aidions à retrouver son amie. Si Drameth ne s’y trouvait pas, elle accepterait de revenir avec nous.
Pleine d’espoir, je me tournai alors vers mes compagnons, qui, méfiants, étaient restés en retrait. Croisant mon regard, Esgaliel et Perle hochèrent la tête. Frör acquiesça de concert.

Si mon visage a pu trahir mon soulagement, je doute que mes compagnons aient pris la mesure de la gratitude qui m’envahit soudain à leur égard. La pudeur et les circonstances ne me permirent pas de leur témoigner ma reconnaissance en paroles. Mais en ce jour, sur cette plaine froide et désolée, mon cœur s’échauffa de manière inattendue.
Et alors que nous prenions la route vers Fornost, je me jurai de me tenir à leurs côtés lorsque leur cœur en aurait le plus besoin.
  
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 Crépuscule du 14 ème jour

Tandis que nous progressions dans le bois en suivant Nalien, qui appelait Drameth, j’entrevis déambuler entre les sombres pins du taillis les restes des Hommes des Montagnes, ceux-là mêmes que le Roi-Sorcier avait jadis lancés contre les hommes et les Elfes d’Eriador.
À mesure que nous avancions, nous constatâmes que ces derniers se resserraient lentement tout autour de nous, comme un étau. Tels de sinistres pantins, leurs formes tangibles, claudicantes et grotesques, semblaient mues par une volonté extérieure.
Je compris alors que la magie noire du Roi-Sorcier d’Angmar avait durablement teinté ces bois de son mal.

C’est alors que nous la vîmes : cette silhouette altière parmi les ombres difformes.

Drameth.

Parée comme à son dernier jour de son armure et armée de sa lance.

Lorsqu’elle entendit la voix de Nalien, son visage se tourna vers nous et je crus apercevoir une lueur dans son regard. Mais dès qu’elle vit le reste de notre troupe, son visage impassible se tordit en un rictus. Un voile obscur tomba sur son regard et elle se jeta sur nous en vociférant :

« Vous périrez tous ! »

Flanquée de trois spectres de Montagnards surgis de derrière elle, elle se jeta sur notre groupe. Une flèche siffla à mon oreille et atteignit l’un des spectres : Perle avait décoché son premier trait avant même que nous nous retrouvions au corps à corps.
Adoptant une posture défensive, je décidai de faire face à Drameth, tandis que Frör engageait de sa hache l’un des esprits corrompus et qu’Esgaliel se retrouvait aux prises avec les deux autres.

Utilisant ma targe et la hampe de ma lance, je parvins à dévier les assauts de Drameth. Dans le fracas des armes et les gémissements des spectres, je l’interpellai. Je lui dis que l’Ombre avait jeté sur ses yeux un voile mauvais. Je lui demandai de constater qu’elle se battait maintenant aux côtés des esprits mauvais qui lui avaient volé la vie.

Frör frappait sans relâche de sa hache son adversaire qui, bien qu’harassé de coups, ne semblait pas vouloir tomber. Les flèches de Perle continuaient de trouver leur cible, tandis qu’Esgaliel fendait avec fureur l’air et les armures de ses ennemis de sa terrible épée.

À mesure que je tentais d’apaiser sa colère, de rappeler à nous son esprit, je sentis ses assauts moins convaincus, ses cris moins véhéments. Drameth, confuse et frustrée, finit par s’immobiliser, hébétée.

Aux prises avec les ennemis qui la submergeaient, Esgaliel la sortit alors de sa stupeur :

« Ouvrez vos yeux et venez rejoindre les vôtres ! »

Le voile de ses yeux se leva.

Elle projeta sa lance, perforant impitoyablement les spectres. Leurs pièces d’armure inanimées tombèrent au sol avec fracas. Son regard clair se leva sur notre groupe et étincela. Sa voix s’éleva dans un écho cristallin :

 « Nalien ! »

 Nalien se précipita entre ses bras.

Et dans leur étreinte naquit une douce lumière, irradiant de l’enveloppe de Drameth. Grandissante, illuminant les lieux, son éclat enveloppa complètement Nalien, avant de paisiblement diminuer et de disparaître dans le creux de ses bras.
Drameth avait enfin pu partir.

 J’avançai doucement et posai ma main sur l’épaule de Nalien. Fatiguée mais apaisée, elle esquissa un sourire mélancolique et murmura :

 « Je crois qu’un bateau m’attend. Je suis prête à présent. »

 Nous reprîmes la route du retour.

 Quittant ces lieux maudits, je remerciai Círdan, mes compagnons, Nalien et l’ensemble des Valar en mon for intérieur.

 Nous étions venus trouver le salut d’une seule Elfe du Lindon.

 Nous en avions sauvé deux.

  
  
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Cléanthe
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Cléanthe »

Merci @Landvaettr pour ce CR. Je retracerai votre périple sur une carte dès que possible.
Ô vous qui avez l'entendement sain
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Mildendo »

Image
Pas de roleplay, ça ralentit les combats.
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Cléanthe
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Cléanthe »

Merci bien.
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Carfax
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Carfax »

Très beau CR. Bravo !
Attention, on se prête vite au jeu rédactionnel  :D ... 
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Landvaettr »

@Cléanthe @Carfax Merci pour vos retours!

On se prête certes au jeu rédactionnel mais je n'aurais probablement pas le temps de rédiger autant la fois prochaine. Et puis cela risque de devenir lassant à la lecture, à force. 😅  

Je compte néanmoins continuer sur le même ton, avec des entrées du journal de Tarandis. Je trouve que ça permet d'étoffer un peu la psychologie du personnage, j'aime bien.

Il me tarde d'ailleurs de lire celles des autres joueurs de la table (puisque l'idée est d'alterner, à priori).
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Solaris
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Solaris »

Mildendo a écrit : ↑mer. oct. 07, 2026 8:39 am Image
J'aime beaucoup cette fiche avec carte. Ca fait carnet d'aventure et ça rend très bien  :wub:
 
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Re: [CR] L'Anneau Unique 2E

Message par Le moine errant »

Session du 9 octobre

Voici la suite du CR des aventures de notre groupe. Cette fois-ci du point de vue de Frör, fils de Floki, émissaire du Peuple de Durin.
 
 
Pour information et mémoire, avant son journal, (car Frör n’en a probablement pas connaissance personnellement de manière aussi exacte), voici une information de contexte glanée lors de notre retour aux Havres Gris.
 
« Cirdan s’est probablement efforcé d’éloigner Tarandis d’Ost Breniellin, craignant qu’elle ne succombe à l’influence de la princesse Noredhel, fille de Dame Naedind. En effet, depuis plus de mille ans, les Elfes du Lindon vivent en paix, mais certains jeunes supportent mal de demeurer dans l’ombre de leurs glorieux ancêtres. Il y a vingt ans, Noredhel et son amant Arblaud entraînèrent quelques compagnons vers les terres désolées d’Angmar, en quête d’aventures et de gloire. De toute la troupe, seule la princesse revint vivante. »
 
*****
Début de l’été, année 2965 TA — Brie
 
Ce soir, fumant quelque tabac du Quartier Sud offert par le brave Fleurdebeurre, je regardais Mouche se régaler de pommes flétries rapportées des cuisines du Poney Fringant. Je me suis alors demandé comment nos compagnons à quatre pattes pouvaient vivre si facilement dans l’instant présent. Etait-ce une affliction, comme nous, êtres censément doués de pensée, le supposons généralement, ou une bénédiction cachée ? Ne valait-il pas mieux, finalement, avancer comme ce brave poney, tranquillement, au travers d’une éternelle brume duveteuse, sans former en son cœur ni grands projets ni grandes espérances, mais en ignorant du même pas les tourments et les hantises du passé ?
 
Certes, le repas de ce soir fut savoureux et joyeux, partagé avec mes camarades Perle, Esgaliel et Tarandis. Pourtant, alors que nous nous préparons à reprendre la route demain en direction de l’ancienne capitale de l’Arnor, me revient à l’esprit ce que nous avons vécu lors de notre périple vers les Champs du Massacre. Cette nuit sinistre passée au sommet de la colline qui surplombait le lieu de ce bain de sang vieux de plus de mille ans me hante de nouveau, aussi vive que si c’était hier. Je redoute alors que certaines horreurs anciennes ne disparaissent jamais vraiment et que leur noirceur n’obscurcisse pour toujours une petite part de nos âmes.
 
Et pourtant, avoir observé cette nuit-là cette petite hobbitte, que rien ne semblait destiner à sortir d’une bibliothèque poussiéreuse, faire face à cette adversité cauchemardesque sans ciller est à la fois une source d’humilité pour moi et une source d’espoir. Si les ténèbres peuvent obscurcir notre âme, mon cœur me dit qu’elles ne pourront jamais faire totalement disparaître l’espoir, qui peut surgir sous bien des formes inattendues.
 
Mon oncle Ari aimait à dire : « La vie est un voyage dont nous ignorons les étapes et la destination précise. » Et, effectivement, bien naïf est celui qui croit savoir ce qui l’attend derrière le prochain tournant du chemin. Les surprises sont toujours devant nous.
 
Et surprenante, cette rencontre avec Tarandis l’est certainement ! Jamais, enfant au sein de ma communauté isolée des Montagnes Bleues, n’aurais-je imaginé croiser dix Elfes au cours de ma vie, et encore moins échanger plus de dix mots avec l’un d’entre eux.
Pourtant, depuis les choses ont bien changé. Smaug a été vaincu. Le Royaume sous la Montagne restauré et j’ai rejoint Erebor, nouveau phare pour ceux de mon peuple. Là-bas, sur les bords du Long Lac, à Dale et en faisant le tour de la Forêt Noire, j’ai croisé bon nombre de représentants du « Beau Peuple ». Mais de là à avoir une elfe pour camarade de route et, disons-le, à trouver sa compagnie plaisante, il y avait un monde — ou un Âge. Mais Tarandis est bien celle-là. Je ne cacherai pas qu’elle a souvent de bien curieuses manières, mais il émane d’elle une joie discrète et intense, ainsi qu’un enthousiasme profond qui semblent devoir tout emporter sur leur passage. Je pourrais évoquer la pureté d’une joie enfantine, mais ces mots rendent imparfaitement ce que je ressens lorsqu’elle nous fait part de ses projets et de ses aspirations pour ces terres et les peuples de l’Eriador.
 
Il est temps de poser ma plume et de trouver le sommeil, car nous partirons demain au point du jour.
 
En effet, Esgaliel, notre troisième comparse, nous a convaincus de reprendre la route pour essayer de découvrir ce qu’il est advenu de la communauté de Coureurs qui était établie sur les bords du grand lac connu soit comme Nenuial, Evendim ou lac du Crépuscule.


L’absence de toute trace de vie, constatée alors que nous faisions route depuis les Havres Gris vers les Champs du Massacre, n’a pas manqué d’inquiéter la Coureuse. J’ai mis à profit notre séjour à Brie pour étudier les cartes, et nous partirons tôt demain vers l’endroit où se dressait jadis Annúminas, la capitale du royaume d’Elendil. Nous traverserons d’abord la Comté avant de remonter droit au nord, en direction des collines du Crépuscule et de la cité ruinée. J’espère que nous marcherons sous de bonnes étoiles.
 
 
Troisième jour de voyage - Sur la Grande Route de l'Est, non loin de la Vieille Forêt
 
C’est notre troisième jour de route depuis notre départ de Brie. Nous y avons laissé l’auberge du Poney Fringant, qui est un peu devenue notre refuge, mais surtout des amitiés. Nous avons mis à profit les quelques semaines qui ont suivi notre retour des Havres Gris, où nous avions raccompagné Naelien, enfin rassérénée et désormais partie vers l’Ouest, pour sympathiser avec les habitants de Brie et les voyageurs qui font étape au Poney.
 
Pour ma part, j’ai prêté attention aux nombreuses rumeurs
Installé dans un recoin, je me livrais à quelques menus travaux d’orfèvrerie ou de sculpture sur bois que les locaux me commandaient, tout en écoutant les conversations et fumant ma pipe. Ce furent de bonnes journées. Tarandis n’était jamais bien loin, affairée à rencontrer les habitants du cru et à sympathiser avec eux.
Au cours de l’une de ces journées, Esgaliel a rencontré l’un de ses compagnons Coureurs, Cirion, qui lui a rapporté de sombres échos venus de Tharbad, une ancienne ville en ruine située à plusieurs jours de marche de Brie, le long de la route du Sud. Gurnar, un chef brigand, aurait pris le contrôle de la ville avec sa troupe de malandrins, s’en serait proclamé le roi et tiendrait une bonne partie de la population sous sa coupe, notamment des réfugiés venus du Sud.
 
Durant cette période, en plus de fréquenter son frère et l’épouse de celui-ci, établis à Brie, Perle a consulté cartes et grimoires antiques, puis sollicité une entrevue auprès de Bilbo. Oui, celui-là même ! Et c’est vers sa demeure de Cul-de-Sac que nous faisons route.
 
Ces journées de voyage ont été un peu mornes : nous avons traversé sous une pluie constante les paysages austères de cette contrée qui sépare Brie de la Comté. Heureusement, une rencontre insolite a égayé notre voyage. Je devrais plus exactement évoquer « l’évitement d’une rencontre » : voir notre Perle prise d’une soudaine panique en apercevant sa mère qui venait de la Comté, puis nous supplier de quitter la route en hâte pour nous dissimuler, nous a offert quelques francs éclats de rire. Si courageuse sur une colline hantée de spectres, et si terrifiée quand s’en vient maman ! Curieux Hobbits.
 
 
Huitième jour de voyage - Au septentrion de la Comté
 
Ce soir, nous campons à la lisière septentrionale de la Comté. Demain, nous devrions être à Annúminas. Le voyage à travers la Comté a été charmant, comme chacun est en droit de l’espérer. Dès que nous avons franchi le Pont aux Arbalètes, sur le Brandevin, le soleil est venu nous saluer et nous a accompagnés jusqu’à Cul-de-Sac. Maître Bilbo nous a accueillis avec entrain et générosité, et s’est montré fort intéressé par le récit de nos aventures. Sans que je sache bien pourquoi, et à mon regret désormais, une forme de timidité m’a empêché de le questionner sur ses exploits accomplis avec Thorin et ses compagnons. Une prochaine fois, je l’espère !
 
 
Matin du dixième jour - Aux abords d'Annúminas
 
Hier, en début d’après-midi, nous sommes arrivés aux ruines d’Annúminas. Toute la matinée, nous avions suivi une mauvaise route qui longeait le flanc des collines du Crépuscule, toujours couvertes de nuages brumeux.
 
Les ruines de la cité sont impressionnantes : majestueuses, elles sont en partie englouties par les flots de l’immense lac Nenuial. Annúminas respire une réelle tristesse, ainsi qu’une paix profonde et auguste.
 
Alors que nous approchions de ces pierres usées par le temps, j’observai avec mélancolie les restes de vieux autels, des statues brisées et d’autres reliques d’une civilisation grandiose, désormais disparue. Je me demandai quelles pensées habitaient Esgaliel, dont les ancêtres régnaient sur ces lieux. Mais le visage impassible de la Coureuse n’en laissait rien paraître. Me tirant soudain de mes pensées, celle-ci nous désigna au ciel des charognards qui tournaient en cercle à quelque distance de nous.
Après une avancée prudente, menée par la discrète Perle, nous approchâmes des rives du lac, bordées de roseaux, et remarquâmes une barque abandonnée. Il ne fallut pas longtemps pour apercevoir le corps d’un homme gisant à deux pas de deux orques, eux aussi morts. Esgaliel identifia bien vite l’homme comme un Coureur, tombé au combat plusieurs jours auparavant. Elle nous montra également les traces laissées par 6 orques venus des ruines de la cité avant de repartir dans leur direction.
 
Alors que la brise fraîche s’en venait du lac, nous prîmes conscience que le temps avait filé et que nous étions bien trop en vue d’éventuels guetteurs postés dans les ruines. Il était grand temps de trouver un abri pour la nuit. Tarandis repéra heureusement une petite presqu’île sur le lac, qui nous offrirait un refuge à l’écart pour la nuit.
 
Notre choix se révéla judicieux lorsqu’une troupe d’éclaireurs orques s’avança vers nous au crépuscule. Nous nous préparions à une longue nuit de combat, mais il n’en fut rien. Esgaliel, féroce et vaillante, parvint à mettre les orques en déroute en abattant de ses flèches leur chef et l’un de ses comparses. Le reste de la nuit fut ensuite plus tranquille.
 
Dernière modification par Le moine errant le mar. nov. 03, 2026 11:10 am, modifié 6 fois.
Le Moine Errant
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