Session du 9 octobre
Voici la suite du CR des aventures de notre groupe. Cette fois-ci du point de vue de Frör, fils de Floki, émissaire du Peuple de Durin.
Pour information et mémoire, avant son journal, (car Frör n’en a probablement pas connaissance personnellement de manière aussi exacte), voici une information de contexte glanée lors de notre retour aux Havres Gris.
« Cirdan s’est probablement efforcé d’éloigner Tarandis d’Ost Breniellin, craignant qu’elle ne succombe à l’influence de la princesse Noredhel, fille de Dame Naedind. En effet, depuis plus de mille ans, les Elfes du Lindon vivent en paix, mais certains jeunes supportent mal de demeurer dans l’ombre de leurs glorieux ancêtres. Il y a vingt ans, Noredhel et son amant Arblaud entraînèrent quelques compagnons vers les terres désolées d’Angmar, en quête d’aventures et de gloire. De toute la troupe, seule la princesse revint vivante. »
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Début de l’été, année 2965 TA — Brie
Ce soir, fumant quelque tabac du Quartier Sud offert par le brave Fleurdebeurre, je regardais Mouche se régaler de pommes flétries rapportées des cuisines du Poney Fringant. Je me suis alors demandé comment nos compagnons à quatre pattes pouvaient vivre si facilement dans l’instant présent. Etait-ce une affliction, comme nous, êtres censément doués de pensée, le supposons généralement, ou une bénédiction cachée ? Ne valait-il pas mieux, finalement, avancer comme ce brave poney, tranquillement, au travers d’une éternelle brume duveteuse, sans former en son cœur ni grands projets ni grandes espérances, mais en ignorant du même pas les tourments et les hantises du passé ?
Certes, le repas de ce soir fut savoureux et joyeux, partagé avec mes camarades Perle, Esgaliel et Tarandis. Pourtant, alors que nous nous préparons à reprendre la route demain en direction de l’ancienne capitale de l’Arnor, me revient à l’esprit ce que nous avons vécu lors de notre périple vers les Champs du Massacre. Cette nuit sinistre passée au sommet de la colline qui surplombait le lieu de ce bain de sang vieux de plus de mille ans me hante de nouveau, aussi vive que si c’était hier. Je redoute alors que certaines horreurs anciennes ne disparaissent jamais vraiment et que leur noirceur n’obscurcisse pour toujours une petite part de nos âmes.
Et pourtant, avoir observé cette nuit-là cette petite hobbitte, que rien ne semblait destiner à sortir d’une bibliothèque poussiéreuse, faire face à cette adversité cauchemardesque sans ciller est à la fois une source d’humilité pour moi et une source d’espoir. Si les ténèbres peuvent obscurcir notre âme, mon cœur me dit qu’elles ne pourront jamais faire totalement disparaître l’espoir, qui peut surgir sous bien des formes inattendues.
Mon oncle Ari aimait à dire : « La vie est un voyage dont nous ignorons les étapes et la destination précise. » Et, effectivement, bien naïf est celui qui croit savoir ce qui l’attend derrière le prochain tournant du chemin. Les surprises sont toujours devant nous.
Et surprenante, cette rencontre avec Tarandis l’est certainement ! Jamais, enfant au sein de ma communauté isolée des Montagnes Bleues, n’aurais-je imaginé croiser dix Elfes au cours de ma vie, et encore moins échanger plus de dix mots avec l’un d’entre eux.
Pourtant, depuis les choses ont bien changé. Smaug a été vaincu. Le Royaume sous la Montagne restauré et j’ai rejoint Erebor, nouveau phare pour ceux de mon peuple. Là-bas, sur les bords du Long Lac, à Dale et en faisant le tour de la Forêt Noire, j’ai croisé bon nombre de représentants du « Beau Peuple ». Mais de là à avoir une elfe pour camarade de route et, disons-le, à trouver sa compagnie plaisante, il y avait un monde — ou un Âge. Mais Tarandis est bien celle-là. Je ne cacherai pas qu’elle a souvent de bien curieuses manières, mais il émane d’elle une joie discrète et intense, ainsi qu’un enthousiasme profond qui semblent devoir tout emporter sur leur passage. Je pourrais évoquer la pureté d’une joie enfantine, mais ces mots rendent imparfaitement ce que je ressens lorsqu’elle nous fait part de ses projets et de ses aspirations pour ces terres et les peuples de l’Eriador.
Il est temps de poser ma plume et de trouver le sommeil, car nous partirons demain au point du jour.
En effet, Esgaliel, notre troisième comparse, nous a convaincus de reprendre la route pour essayer de découvrir ce qu’il est advenu de la communauté de Coureurs qui était établie sur les bords du grand lac connu soit comme Nenuial, Evendim ou lac du Crépuscule.
L’absence de toute trace de vie, constatée alors que nous faisions route depuis les Havres Gris vers les Champs du Massacre, n’a pas manqué d’inquiéter la Coureuse. J’ai mis à profit notre séjour à Brie pour étudier les cartes, et nous partirons tôt demain vers l’endroit où se dressait jadis Annúminas, la capitale du royaume d’Elendil. Nous traverserons d’abord la Comté avant de remonter droit au nord, en direction des collines du Crépuscule et de la cité ruinée. J’espère que nous marcherons sous de bonnes étoiles.
Troisième jour de voyage - Sur la Grande Route de l'Est, non loin de la Vieille Forêt
C’est notre troisième jour de route depuis notre départ de Brie. Nous y avons laissé l’auberge du Poney Fringant, qui est un peu devenue notre refuge, mais surtout des amitiés. Nous avons mis à profit les quelques semaines qui ont suivi notre retour des Havres Gris, où nous avions raccompagné Naelien, enfin rassérénée et désormais partie vers l’Ouest, pour sympathiser avec les habitants de Brie et les voyageurs qui font étape au Poney.
Pour ma part, j’ai prêté attention aux nombreuses rumeurs
Installé dans un recoin, je me livrais à quelques menus travaux d’orfèvrerie ou de sculpture sur bois que les locaux me commandaient, tout en écoutant les conversations et fumant ma pipe. Ce furent de bonnes journées. Tarandis n’était jamais bien loin, affairée à rencontrer les habitants du cru et à sympathiser avec eux.
Au cours de l’une de ces journées, Esgaliel a rencontré l’un de ses compagnons Coureurs, Cirion, qui lui a rapporté de sombres échos venus de Tharbad, une ancienne ville en ruine située à plusieurs jours de marche de Brie, le long de la route du Sud. Gurnar, un chef brigand, aurait pris le contrôle de la ville avec sa troupe de malandrins, s’en serait proclamé le roi et tiendrait une bonne partie de la population sous sa coupe, notamment des réfugiés venus du Sud.
Durant cette période, en plus de fréquenter son frère et l’épouse de celui-ci, établis à Brie, Perle a consulté cartes et grimoires antiques, puis sollicité une entrevue auprès de Bilbo. Oui, celui-là même ! Et c’est vers sa demeure de Cul-de-Sac que nous faisons route.
Ces journées de voyage ont été un peu mornes : nous avons traversé sous une pluie constante les paysages austères de cette contrée qui sépare Brie de la Comté. Heureusement, une rencontre insolite a égayé notre voyage. Je devrais plus exactement évoquer « l’évitement d’une rencontre » : voir notre Perle prise d’une soudaine panique en apercevant sa mère qui venait de la Comté, puis nous supplier de quitter la route en hâte pour nous dissimuler, nous a offert quelques francs éclats de rire. Si courageuse sur une colline hantée de spectres, et si terrifiée quand s’en vient maman ! Curieux Hobbits.
Huitième jour de voyage - Au septentrion de la Comté
Ce soir, nous campons à la lisière septentrionale de la Comté. Demain, nous devrions être à Annúminas. Le voyage à travers la Comté a été charmant, comme chacun est en droit de l’espérer. Dès que nous avons franchi le Pont aux Arbalètes, sur le Brandevin, le soleil est venu nous saluer et nous a accompagnés jusqu’à Cul-de-Sac. Maître Bilbo nous a accueillis avec entrain et générosité, et s’est montré fort intéressé par le récit de nos aventures. Sans que je sache bien pourquoi, et à mon regret désormais, une forme de timidité m’a empêché de le questionner sur ses exploits accomplis avec Thorin et ses compagnons. Une prochaine fois, je l’espère !
Matin du dixième jour - Aux abords d'Annúminas
Hier, en début d’après-midi, nous sommes arrivés aux ruines d’Annúminas. Toute la matinée, nous avions suivi une mauvaise route qui longeait le flanc des collines du Crépuscule, toujours couvertes de nuages brumeux.
Les ruines de la cité sont impressionnantes : majestueuses, elles sont en partie englouties par les flots de l’immense lac Nenuial. Annúminas respire une réelle tristesse, ainsi qu’une paix profonde et auguste.
Alors que nous approchions de ces pierres usées par le temps, j’observai avec mélancolie les restes de vieux autels, des statues brisées et d’autres reliques d’une civilisation grandiose, désormais disparue. Je me demandai quelles pensées habitaient Esgaliel, dont les ancêtres régnaient sur ces lieux. Mais le visage impassible de la Coureuse n’en laissait rien paraître. Me tirant soudain de mes pensées, celle-ci nous désigna au ciel des charognards qui tournaient en cercle à quelque distance de nous.
Après une avancée prudente, menée par la discrète Perle, nous approchâmes des rives du lac, bordées de roseaux, et remarquâmes une barque abandonnée. Il ne fallut pas longtemps pour apercevoir le corps d’un homme gisant à deux pas de deux orques, eux aussi morts. Esgaliel identifia bien vite l’homme comme un Coureur, tombé au combat plusieurs jours auparavant. Elle nous montra également les traces laissées par 6 orques venus des ruines de la cité avant de repartir dans leur direction.
Alors que la brise fraîche s’en venait du lac, nous prîmes conscience que le temps avait filé et que nous étions bien trop en vue d’éventuels guetteurs postés dans les ruines. Il était grand temps de trouver un abri pour la nuit. Tarandis repéra heureusement une petite presqu’île sur le lac, qui nous offrirait un refuge à l’écart pour la nuit.
Notre choix se révéla judicieux lorsqu’une troupe d’éclaireurs orques s’avança vers nous au crépuscule. Nous nous préparions à une longue nuit de combat, mais il n’en fut rien. Esgaliel, féroce et vaillante, parvint à mettre les orques en déroute en abattant de ses flèches leur chef et l’un de ses comparses. Le reste de la nuit fut ensuite plus tranquille.