Gamin, allez, viens ! C'est pour rire, gamin !
En fin d’après-midi, sentant qu’elle ne pourra pas faire grand-chose de plus, et que cela presse, Isolde attrape Magdalena, et elles se dirigent vers le Quartier des fuseaux, pour y enlever un enfant. Isolde a pris soin de quitter ses habits trop remarquables, comme la cape de fourrure aux armes de sa famille. De plus, elles ont l’alibi du mariage pour elles.
À l’adresse indiquée, deux enfaytés montent la garde, concentrés sur leurs lances. Le temps presse. S’ils sont là, c’est que les arindeäls ne vont pas tarder. Mais nos deux comparses ne vont pas entrer en force. Elles n’ont pas envie de grimper sur le toit, et la maison est flanquée de deux autres façades. Cependant, en faisant le tour, elles font face à une grille. Au milieu de la cour intérieure, sur laquelle donne le passage voûté, deux enfants jouent avec des craies. Isolde leur enjoint de venir, contre des bonbons. Étrangement, ils restent à une distance respectable.
Magdalena fronce les sourcils, et après réflexion, la grille préfère s’ouvrir. Isolde intimide les gens. Chacun son truc. Magdalena amadoue les gosses, qui lui avouent qu’ils ne sont pas Ludwig. C’est leur voisin, et il est puni parce qu’il a fait voler sa sœur (ce qu’ils trouvent absurde). D’ailleurs, elles le voient à la fenêtre leur faire coucou. Magdalena, avec de grands gestes, le convainc d’ouvrir la lucarne. Ses explications ont beau être claires, il n’a pas envie de sauter.
Isolde décide de se cacher au fond de la cour. Une louable intention, mais capturer la proie des arindeäls sans plus de précaution, alors qu’elles peuvent lire dans le passé des objets, et interroger magiquement les parents, risque fort de s’avérer problématique pour Magdalena, tôt ou tard.
La mère apparaît à la fenêtre, et écoute patiemment l’ex lanternière, inquiète, avant de se retirer. De longues minutes plus tard, la porte de derrière s’ouvre, et le père en sort. Il ne demande qu’à être convaincu. Il tient à son fils, mais il ne peut se résoudre à condamner le reste de sa famille. En lui promettant de cacher Ludwig et de le protéger, tout en montant la Résistance en graine, Magdalena obtient du pauvre homme qu’il leur abandonne son fils. Il s’enquerra régulièrement de sa santé, mais préfère ignorer où ils vont le cacher pour le moment.
Problème qui reste entier. Ludwig est pris en charge par la femme de Lenhart, techniquement protégé par le garde qui va devoir enquêter sur sa disparition...
Quelque grief qu’on ait contre le mariage, on ne saurait lui refuser d’être une expérience
Enfin, les convives arrivent. D’abord par petits paquets. Puis, comme s’ils s’étaient donnés le mot, et qu’ils n’était rien arrivé de fâcheux aux éclaireurs, le gros de la foule survient en cortège. Klaus cesse de retenir son souffle. Tout le monde est là, finalement, peu d’absents sur le nombre d’invités prévus. Est-ce que leur communication a pu faire oublier les évènements récents à l’auberge ? Ou bien sont-ils là pour observer un naufrage annoncé, avec des toasts et des vins pétillants ?
En effet, même si tout le monde est venu, l’ambiance est retenue, entre le défilé militaire elfique et un enterrement. Tanorivel s’installe avec son groupe de musiciens, et, avec l’aide de Janelle, tisse une histoire assez comique pour encourager les spectateurs à le rejoindre sur scène, ou à chanter en cœur. À mélanger les gens d’horizons différents, Tano parvient à briser la glace. Ils n’en sont pas encore à la chenille qui redémarre, mais on a quitté la musique de chambre.
Schäffer encourage Thelma à se lancer dans son numéro. Profitant que les mariés trinquent, elle ouvre son panier, d’où s’échappent de nombreux oiseaux, portant des rubans et des fleurs. D’autres passent par les soupiraux, et chantent en même temps, dans un merveilleux concert passériforme. Les mariés sont couronnés de fleurs, l’assistance a le souffle coupé par le tour.
Les jeunes dansent, passionnés, oubliant un moment les elfes ; les enfants munis de bretzels et de steckerlfisch se pourchassent dans les couloirs, poursuivis par des chiens ; les vieux squattent les rares chaises en éclusant comme si leur vie en dépendait. Et tous ces gens ont faim. C’est pourquoi Magdalena, aux cuisines, mal adaptées pour un grand service, doit se multiplier, et cumuler un grand nombre de tâches à la fois. Le manque de personnel se fait cruellement sentir, et elle n’a pas son laboratoire pour la soutenir. Cependant, elle s’en sort avec les honneurs, nourrissant les convives sans discontinuer.
Des groupes se forment, notamment dans le petit salon, de gens s’estimant trop précieux pour danser. Ils alternent messes basses et mots couverts par des allusions fines. Deux en particulier se démarquent.
Le premier est une assemblée élitiste de nobles désargentés. Invités à cause de leurs titres, ils sont une clientèle captive de la bourgeoisie qui domine l’assistance. En effet, nombre de nobles, surtout dotés de petits fiefs, ont perdu leurs terres aux mains des elfes, depuis qu’ils ont édicté les lois de l’automne. En se glissant derrière eux, Schäffer apprend qu’un temple va ouvrir ses portes. Étrangement, il ne s’agit pas du temple de Prayos, le dieu le plus connu en ville, mais de Perex. La nouvelle s’explique pourtant facilement, quand ont connaît son domaine, Perex étant dieu du commerce et des financiers (= voleurs). Ils regrettent que le clergé de Perex soit constitué exclusivement de néryonides. Ces étrangers n’auront pas de scrupules à n’engager que de la main d’œuvre importée, moins chère. Tous ces pauvres, différents, en ville, quelle abomination ! Sans surprise, leur racisme est tourné aussi vers les elfes, qu’ils respectent avec soumission de face, mais dont ils se moquent entre eux par derrière, Tanorivel inclus.
L’autre groupe qui fait bande à part est plus petit, constitué des époux Wilmer et Gretella Van Koester, du haut prêtre de Prayos Finsternis, du directeur local des Lanterniers Franz, et bien sûr de Friedrick Müller, le père du marié. Gretella est membre du Conseil des 8. Ils discutent à voix basse, tandis qu’Isolde se sert du personnel de l’auberge pour se mêler à eux. Elle met beaucoup de temps à comprendre de quoi il retourne. Paranoïaques, ils évitent d’aborder ce genre de sujet quand des étrangers s’approchent. Mais grâce à ses talents d’enquêtrice, aux diversions du service, et à l’anneau de discrétion enchanté par Magdalena, elle saisit la globalité de leur discussion.
Franz les a pris à partie, mécontent de son sort, alors qu’ils préféreraient en parler plus tard. Il estime trop payer pour le service reçu. Les époux Wilmer et Gretella van Koester sont à la tête d’un groupe d’entrepreneurs : le club des Cordeliers. Ces premiers de cordée, dont fait partie Friedrick, représentent l’Arland qui travaille, au lieu de se morfondre dans le dépit : la haute bourgeoisie. Ce seraient eux les principaux bénéficiaires de cette entente.
Leur plan implique d’abord le haut prêtre Finsternis. Celui-ci gère les interventions de son culte, là où les exorcismes sont nécessaires. Quand un prêtre de Prayos détecte une maison hantée, il le signale à sa hiérarchie. Finsternis ne donne la liste que des logements les plus pauvres.
Un membre important du Guet, dont le nom de code est « le Pêcheur », récupère les noms des habitants. Il va les voir, avec quelques hommes, et les expulse de chez eux, au prétexte que c’est dangereux. En attendant les prêtres, les désormais sans-abris sont forcés de compter sur sa générosité. Le Pêcheur les reloge dans des appartements privés, dans un autre quartier. Le confort minimal de ces locaux ne reflète pas du tout le tarif pratiqué par le pêcheur, qui exige une fortune en loyer. Et les exorcismes se font attendre. Rapidement, le Pêcheur propose aux démunis de travailler pour payer leurs loyers, souvent en double de leur travail normal, ou en embauchant leur famille. Ils servent de main d’œuvre forcée et presque gratuite pour le Club des cordeliers.
Dans ce schéma, Franz a deux rôles : au début, quand il utilise des substances alchimiques pour justifier les rumeurs de hantise, puis une fois que ces pauvres travaillent, pour les motiver ou les rendre plus efficaces, à l’aide de produits non testés ou dangereux. Le Pêcheur efface leurs traces.
Pour les 3 autres, Franz abuse. Les tarifs du Pêcheur sont raisonnables. En même temps, pour ce que Magdalena connaît du personnage, cela n’a rien d’étonnant. En tant que directeur des Lanterniers, Franz est connu pour son avidité bien plus que pour ses connaissances alchimiques. C’est lui qui maintient le prix du charbon des Steineheisse aussi haut.
Isolde ronge son frein, tout en cachant l’appareil eidolonique, qui a saisi assez de preuves pour les incriminer. Un indice de grande valeur, s’il devait être monnayé.
Encouragée par l’ambiance, la fête s’endiable un peu. Les convives chahutent, et crient. Les tentes sont prises d’assaut, et le couvre-feu est très modérément respecté. Voyant cela, Tanorivel laisse sa place, et emporte un plateau de bretzels, qu’il distribue aux voisins. Il tombe sur une petite vieille, madame Irma, qui vilipende les fêtards, auprès de son interlocuteur courtois, Belandir. Le sergent elfe s’occupe normalement des portes, mais elles sont fermées, à cette heure. Le bruit est infernal ! La rue est envahie par les carrosses ! Il faut consulter leurs burgerbriefs ! Tano est si patelin, et le gâteau tellement bon, qu’il retourne la vieille comme un gant, désormais toute miel. Si seulement ses petits enfants étaient aussi aimables que les elfes ! Elle en profite pour expliquer sa recette de petits fours à Belandir, que Tano abandonne, poliment fusillé par son regard.
Droit de cuistrerie
Fier comme un paon, et légèrement éméché, Friedrick prononce un trop long discours exalté sur la « bonne société de Brenhaven » à laquelle il lie sa famille aujourd’hui. Tout à l’évocation de sa richesse et à la promotion de sa minoterie, il en oublie presque de faire l’éloge de son fils. Il finit par être tiraillé par sa femme, et comprenant où elle voulait en venir, il saisit Tobias, qu’il arbore devant l’assemblée, vantant sa gauloiserie et sa virilité. Il annonce même ne pas douter d’un prochain enfant.
Tano voit, bien sûr, que Tobias n’en mène pas large. Pour Birgit, qui a déjà vécu un mariage, et qui n’a plus grand-chose à faire de sa réputation de femme, les paillardises du public la laissent froide. Pour Tobias, le stress déjà grand le fait plonger dans la cruche. Il se ressert hardiment du vin, alors qu’il en a eu sa dose. Il adopte un teint gris pâle.
Mais c’est alors que Tobias aperçoit quelque chose de bien pire ! La décoration en pierre représentant un blason des Müller, attachée au mur du manoir, est en train de se détacher. Et alors que les regards sont concentrés sur ce groupe, Friedrick risque de périr aplati par la propre marque de ses privilèges. Sachant que les Müller ne sont que des bourgeois, et donc que leur blason reste scandaleux pour une partie de la noblesse, la blessure causée par la chute ne serait qu’une égratignure, comparée aux moqueries. Avec diligence et talent, Magdalena solidifie le mur d’une altération magique, sans que qui que ce soit ne le remarque.
Tano se rapproche de Tobias pour lui remonter le moral discrètement, quand les portes du manoir s’ouvrent avec fracas. Ceux que l’on n’attendait pas entrent dans le grand salon. Une escorte d’une dizaine d’archers elfes reste dehors. Un cortège de nobles flagorneurs accompagne Alasaril, le doyen des elfes naria. En majesté, il porte une splendide cape de plumes, qui, avec son maquillage émeraude, et son diadème étoilé, ne parviennent pas à le rendre ridicule. Son ton de voix, doux comme un félin, et aimable comme un serpent, y sont sans doute pour quelque chose. Comme si soudainement, l’assemblée se rappelait de quelque chose d’urgent, nombreux sont ceux qui changent de salle, ou fuient vers le jardin. Isolde en profite pour embarquer Janelle discrètement.
Alasaril reproche à Friedrick de ne pas l’avoir invité. Il est impatient d’en apprendre plus sur les coutumes des mortels, car il n’a jamais assisté à l’un de leurs mariages. Friedrick, terrifié, tiraille sa fraise, et s’avisant d’un fauteuil, en chasse l’un de ses aïeuls, pour le confort du doyen. Tano essaie tant bien que mal de ménager une ambiance qui puisse plaire à ses messieurs dames aux oreilles pointues, mais il s’aperçoit qu’ils sont abominablement difficiles.
D’ailleurs, Alasaril réclame du nectar féerique, ou, au pire, de l’hydromel d’acacia. Tout le monde a cela sur une étagère. Magdalena improvise un cocktail avec les moyens du bord, et surtout sa substance alchimique qui donne bon goût à n’importe quoi. Elle se surpasse, en y ajoutant ses meilleurs ingrédients, et Alasaril lui-même doit admettre que certains breuvages des mortels ont un goût pas complètement désagréable. Par contre, il requiert ensuite du rôti de bête éclipsante, ou, au pire, une brochette de striges, et le pauvre paysan qui s’est retrouvé à ne pas pouvoir le servir a gagné des cours de cuisine chez les elfes. Dont la durée n’est pas spécifiée.
Petit à petit, la fête reprend, mais elle ne sera plus la même. Comme si le dégrisement causé par l’irruption aurait semblé trop ambitieux à combler par l’alcool disponible. Les gens désertent lentement les lieux, et c’est tout naturellement que Tobias et Birgit vont saluer la salle. Mais Alasaril, prestement, les devance. Avant qu’ils puissent parler, le doyen elfe annonce vouloir expérimenter une coutume mortelle : le droit de cuissage. Il souhaite ardemment profiter de la première nuit. Friedrick lui tend la main de Birgit, mais cela semble le dégoûter. Il préfère plutôt celle de Tobias. Isolde s’approche, et lui révèle que c’est une loi tombée en désuétude depuis longtemps. Alasaril est vaguement gêné. Peut-être qu’on contrarie ses plans, ou même simplement vexé d’être pris en défaut sur un sujet qui lui tient à cœur. Schäffer renchérit : les mortels ont souvent des maladies, qui peuvent être fatales aux elfes.
Tano imagine Alasaril au lit avec Tobias, surprenant son tatouage lié à la Thanatocratie. Il se dépêche de chuchoter à l’oreille de son amant les phrases les plus dégoûtantes qui lui viendraient à l’esprit. Tobias, déjà complètement barbouillé, ne tarde pas à dégobiller tripes et boyaux. Malgré une envie difficile à réprimer, Tano oriente Tobias vers les rideaux plutôt que vers le doyen verdoyant. Dégoûté, Alasaril remercie Schäffer de l’avoir averti, et couvre son nez d’un mouchoir parfumé. Suivi de sa cour, il quitte les lieux séance tenante, d’une retraite ordonnée, mais frustrée, embaumant la violette soufrée.
Alors qu’Isolde pense à la facture de nettoyage de sa baraque, Friedrick, bien que cela lui coûte terriblement, se doit de les remercier. Klaus en profite pour valider le devis, que le meunier règle rubis sur l’ongle, dès le lendemain matin. Nos résistants sont riches, et ils profitent de leur notoriété pour lancer des chantiers aménageant l’auberge, et engager du personnel spécialisé. La restauration de la brasserie est leur premier choix, suivi de la rénovation des chambres inutilisées. Ils y adjoignent une armurerie dans l’ancien atelier, pour améliorer la pugnacité de leur groupe, et un potager pouvant fournir des épices rares.
[CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
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Hubeuh
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Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.
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Hubeuh
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Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Onzième séance : où l’on mesure le fossé entre générations
Who wants to live forever ?
La fête est terminée, il faut maintenant ranger, mais nos héros sont tellement épuisés qu’ils laissent le reste du personnel de l’auberge s’en occuper pendant la journée. Quelques heures de sommeil plus tard, ils émergent difficilement. Frère Amaury les rejoint, après avoir passé la veille à entretenir son groupe de fidèles de la Nouvelle flamme. Isolde propose qu’ils commencent par recruter Rosa dans leur réseau. Ils doivent payer la golem, de toutes manières.
Son atelier est encombré de commandes prêtes à être vendues. Rosa les fait asseoir sur un banc de jardin orné de têtes de cygnes. Schäffer présente la situation actuelle sans fard, et demande à Rosa si de son temps, c’était mieux avant. La golem essaie de remettre les choses dans son contexte. Le passé est toujours idéalisé. Avant la Révolution, les services indispensables avaient un coût : les prêtres ne soignaient que contre rétribution, l’octessence pour les objets magiques était de plus en plus rare, et les oubliés de la prospérité n’avaient plus de possibilité de travailler, sans sort pour s’améliorer, remplacés par des créatures artificielles ou invoquées. Certes, ils avaient droit à des spectacles illusoires permanents, et assistaient régulièrement à des résurrections et des souhaits majeurs, mais réservés aux figures médiatiques, aux nobles, aux riches. Nonobstant, ces services indispensables sont actuellement inexistants, quelle que soit la prospérité. Donc dire que c’était mieux avant est sans doute un peu vrai.
Schäffer veut lui faire dire que c’est la conséquence de choix politiques et éthiques, mais Rosa hésite. Elle prend beaucoup de précautions pour aborder les problèmes moraux, parce qu’elle se sait artificielle. Sa propre conscience n’est qu’une programmation. Elle n’est pas capable de déterminer si le Bien existe préalablement à toute considération, et donc s’il nécessite tous les sacrifices. Tanorivel la contre, en la recentrant. Il se fiche de savoir comment fonctionne le grand tout. Il veut savoir ce qu’elle ressent, au fond d’elle. Est-ce que le régime des Lois de l’automne rend les gens heureux ? Est-ce qu’améliorer la vie des gens pour qu’ils échappent à ses mauvais côtés ne serait pas une bonne action ? S’il lui proposait, par exemple, de creuser un tunnel avec ses pouvoirs, pour permettre aux réfugiés de s’affranchir de papiers d’identité, est-ce que cela l’intéresserait ? Rosa abonde dans son sens.
Frère Amaury demande innocemment si les Lois de l’automne ne dérangent pas Rosa, dans l’exercice de ses pouvoirs et de sa nature. Elle convient que de devoir travailler dans le même cadre que les mortels est complexe, elle doit pratiquer des tarifs onéreux pour ne pas être trop compétitive. Mais que l’interdiction des pouvoirs magiques lui pèse. Les elfes la considèrent comme un objet magique avec un libre arbitre, pouvant être piraté n’importe quand par cryptomancie, et donc suspect, ce qu’elle regrette.
Elle accepte leur proposition, tant qu’ils lui présentent des buts concrets. En échange, elle aimerait en savoir plus sur son véritable géniteur. Tano la touche, mais son véritable nom, Rosa Maggiere, ne lui apprend rien de plus, si ce n’est qu’elle a bien été élaborée avant la Révolution. En effet, elle leur explique qu’à cette époque, les illusions étaient devenues moins chères que les vrais matériaux, et qu’une bonne illusion ne disparaissait pas si elle était dévoilée, uniquement si son efficacité était remise en question. Mais sans octessence, ou après une dissipation de la magie, un bâtiment ne tardait pas à s’effondrer. Comme celui qui l’a aplatie pendant presque toute la Thanatocratie. Depuis qu’elle a été libérée, elle essaie de s’adapter aux changements.
Aryen à déclarer
Ceci fait, ils vont chercher les deux enfants prodiges auprès de la femme de Lenhart. Bizarrement, point d’arindeäls en train de fouiller chaque maison, pour retrouver Ludwig, contrairement au kidnapping de Sigrid. Cela ne les inquiète pas tant que ça. Pour eux, le bon endroit où les cacher pour qu’ils puissent avoir une vie à peu près normale, c’est à la campagne. Le village de Glück, où ils ne sont jamais allé, leur semble une bonne destination. Ils empilent différents meubles appartenant à Isolde sur une charrette, enferment Sigrid et Ludwig dedans, et se préparent à partir. Les adieux des enfants avec Magda et Minki sont déchirants.
Isolde compte sur la validité de son permis de voyager (geleitsbrief) pour ne pas être fouillée, ni sa charrette. Hélas, ils tombent sur Belandir. Le blond officier elfe, consciencieusement passionné par la bureaucratie, n’est pas impressionné par les protestations d’Isolde. Elle dit que ce sont ses affaires qui repartent chez elle, mais ce n’est pas la bonne sortie. De plus, il a reçu une circulaire avec comme entête « par ordre de l’Aîné Alasaril » et même si Tano n’a pas pu lire la suite, il a pu voir qu’ils étaient l’objet de la consigne. Tout porte à croire que le doyen a la rancune tenace, et qu’il les considère responsables de sa frustration (ce qui est certainement injuste).
Ils réalisent que leurs préparations sommaires ne suffiront pas à protéger les enfants d’une fouille en règle. Ils doivent tout faire pour convaincre Belandir que ses efforts ne sont pas nécessaires. Amaury leur livre ses défauts et ses atouts, grâce à sa divination, et Schäffer refroidit son enthousiasme. Isolde passe aux menaces. Schäffer essaie de lui faire croire que ce sont des médicaments qui ne doivent pas être placés à la lumière. Amaury projette une étincelle sur le derrière de Bouffe-tout, le mulet, qui cavale avec leur chargement. Tanorivel enfonce le clou en se livrant à une scène hystérique dépressive, où la fatigue n’est pas étrangère, pour lui tirer des larmes. Afin d’échapper à cela, Belandir endosse sa virilité, et va arrêter le mulet, les accusant de ne pas tenir leur bête. Ils sont menacés d’une amende, mais la queue derrière eux pousse l’elfe à clôturer le sujet. Encore une fois, ils ont eu chaud.
Il ne s’agit pas de consanguinité
Le trajet en direction de Glück, sur la berge nord de la Waldine, est paisible. Ils partent vers Gritaben, avec les collines des Steineheisse, au nord, qui crachent leur fumée noire. Il fait assez beau, mais frais. La vallée est émaillée de ruines impériales, plutôt industrielles, ou de la Thanatocratie, plutôt militaires. Parfois, au milieu d’un champ de débris, une tourelle ou un pan de mur se dresse au centre d’une zone vide, trahissant l’usage d’illusions. La Waldine est encore encombrée de troncs à cette époque de l’année, mais quelques bateaux osent s’y aventurer. Ils finissent par arriver à un bourg réduit en cendres, dont les maisons et les palais sont ornés de crânes et de pointes gothiques. Un panneau indique la direction de Glück, vers le coteau. Les habitants ont sans doute migré en haut à la Libération. La route serpente vers la crête, au milieu de champs bien tenus, aux cultures et aux troupeaux de moutons en bonne santé.
Le village est entouré d’un mur, constitué comme ses maisons de pierres ajustées, mal dégrossies, presque sans mortier. Les rues, en pente, sont minuscules, labyrinthiques, les demeures entassées les unes sur les autres, comme pour se rassurer. Les gens sont pauvres, tristes, et maigres, mais curieux et enthousiastes à leur arrivée. Une proportion étonnante d’entre eux est demi-orque. Des panneaux de pierre sont ornés de symboles anciens, et donnent des directions de lieux perdus, ou de points de vue. Au centre du village, un imposant palais fortifié, dont les entrées ont été murées et barricadées. Amaury détecte qu’il est aussi sinistre dedans que dehors : c’est vide, et pourtant plein de pièges et de sentinelles invisibles.
Leur guide les entraîne jusqu’au temple, au milieu d’une place pavée d’éclats de mica.
Amaury a du mal à identifier le dieu auquel le temple est dédié. Prayos, sans doute, à l’origine, mais maintenant plutôt les esprits de la nature. Un homme rondelet, doté d’une calvitie précoce, les attend sur un banc. Höbiger hésite beaucoup, pas très à l’aise avec son rôle de maire. En effet, la révélation pourrait leur coûter cher. Contrairement à ce que leur a dit Thelma, ils ne sont pas vraiment aux prises avec des bandits. Ni la Malescarpe, de vilains brigands sanguinaires, ni les Ifriers, des résistants qui reversent un peu de leurs prises autour d’eux, ne forment de réel danger. Ils sont régulièrement éliminés par des orques, qui veillent sur Glück depuis Ombreterre. En échange, les orques reçoivent de la nourriture. Mais ces derniers temps, ils en exigent beaucoup trop. D’autant plus que les elfes repassent derrière, pour exiger les taxes dues au margrave. Ils ont du mal à communiquer avec les orques. Si nos résistants peuvent les ramener à plus de raison, tant mieux, mais ils représentent un danger à eux seuls. Considérés comme la piétaille du Nécromant (et la nourriture des morts vivants quand ils n’avaient rien d’autre), les gobelinoïdes sont repartis vers l’est ou les Monts du Har-volk, pourchassés par les elfes. S’associer avec des orques est puni d’enfaytement, ou pire. Höbiger les absout de leurs morts, s’ils ne peuvent faire autrement, et en échange, il accepte d’accueillir et de nourrir les deux enfants prodiges.
Who wants to live forever ?
La fête est terminée, il faut maintenant ranger, mais nos héros sont tellement épuisés qu’ils laissent le reste du personnel de l’auberge s’en occuper pendant la journée. Quelques heures de sommeil plus tard, ils émergent difficilement. Frère Amaury les rejoint, après avoir passé la veille à entretenir son groupe de fidèles de la Nouvelle flamme. Isolde propose qu’ils commencent par recruter Rosa dans leur réseau. Ils doivent payer la golem, de toutes manières.
Son atelier est encombré de commandes prêtes à être vendues. Rosa les fait asseoir sur un banc de jardin orné de têtes de cygnes. Schäffer présente la situation actuelle sans fard, et demande à Rosa si de son temps, c’était mieux avant. La golem essaie de remettre les choses dans son contexte. Le passé est toujours idéalisé. Avant la Révolution, les services indispensables avaient un coût : les prêtres ne soignaient que contre rétribution, l’octessence pour les objets magiques était de plus en plus rare, et les oubliés de la prospérité n’avaient plus de possibilité de travailler, sans sort pour s’améliorer, remplacés par des créatures artificielles ou invoquées. Certes, ils avaient droit à des spectacles illusoires permanents, et assistaient régulièrement à des résurrections et des souhaits majeurs, mais réservés aux figures médiatiques, aux nobles, aux riches. Nonobstant, ces services indispensables sont actuellement inexistants, quelle que soit la prospérité. Donc dire que c’était mieux avant est sans doute un peu vrai.
Schäffer veut lui faire dire que c’est la conséquence de choix politiques et éthiques, mais Rosa hésite. Elle prend beaucoup de précautions pour aborder les problèmes moraux, parce qu’elle se sait artificielle. Sa propre conscience n’est qu’une programmation. Elle n’est pas capable de déterminer si le Bien existe préalablement à toute considération, et donc s’il nécessite tous les sacrifices. Tanorivel la contre, en la recentrant. Il se fiche de savoir comment fonctionne le grand tout. Il veut savoir ce qu’elle ressent, au fond d’elle. Est-ce que le régime des Lois de l’automne rend les gens heureux ? Est-ce qu’améliorer la vie des gens pour qu’ils échappent à ses mauvais côtés ne serait pas une bonne action ? S’il lui proposait, par exemple, de creuser un tunnel avec ses pouvoirs, pour permettre aux réfugiés de s’affranchir de papiers d’identité, est-ce que cela l’intéresserait ? Rosa abonde dans son sens.
Frère Amaury demande innocemment si les Lois de l’automne ne dérangent pas Rosa, dans l’exercice de ses pouvoirs et de sa nature. Elle convient que de devoir travailler dans le même cadre que les mortels est complexe, elle doit pratiquer des tarifs onéreux pour ne pas être trop compétitive. Mais que l’interdiction des pouvoirs magiques lui pèse. Les elfes la considèrent comme un objet magique avec un libre arbitre, pouvant être piraté n’importe quand par cryptomancie, et donc suspect, ce qu’elle regrette.
Elle accepte leur proposition, tant qu’ils lui présentent des buts concrets. En échange, elle aimerait en savoir plus sur son véritable géniteur. Tano la touche, mais son véritable nom, Rosa Maggiere, ne lui apprend rien de plus, si ce n’est qu’elle a bien été élaborée avant la Révolution. En effet, elle leur explique qu’à cette époque, les illusions étaient devenues moins chères que les vrais matériaux, et qu’une bonne illusion ne disparaissait pas si elle était dévoilée, uniquement si son efficacité était remise en question. Mais sans octessence, ou après une dissipation de la magie, un bâtiment ne tardait pas à s’effondrer. Comme celui qui l’a aplatie pendant presque toute la Thanatocratie. Depuis qu’elle a été libérée, elle essaie de s’adapter aux changements.
Aryen à déclarer
Ceci fait, ils vont chercher les deux enfants prodiges auprès de la femme de Lenhart. Bizarrement, point d’arindeäls en train de fouiller chaque maison, pour retrouver Ludwig, contrairement au kidnapping de Sigrid. Cela ne les inquiète pas tant que ça. Pour eux, le bon endroit où les cacher pour qu’ils puissent avoir une vie à peu près normale, c’est à la campagne. Le village de Glück, où ils ne sont jamais allé, leur semble une bonne destination. Ils empilent différents meubles appartenant à Isolde sur une charrette, enferment Sigrid et Ludwig dedans, et se préparent à partir. Les adieux des enfants avec Magda et Minki sont déchirants.
Isolde compte sur la validité de son permis de voyager (geleitsbrief) pour ne pas être fouillée, ni sa charrette. Hélas, ils tombent sur Belandir. Le blond officier elfe, consciencieusement passionné par la bureaucratie, n’est pas impressionné par les protestations d’Isolde. Elle dit que ce sont ses affaires qui repartent chez elle, mais ce n’est pas la bonne sortie. De plus, il a reçu une circulaire avec comme entête « par ordre de l’Aîné Alasaril » et même si Tano n’a pas pu lire la suite, il a pu voir qu’ils étaient l’objet de la consigne. Tout porte à croire que le doyen a la rancune tenace, et qu’il les considère responsables de sa frustration (ce qui est certainement injuste).
Ils réalisent que leurs préparations sommaires ne suffiront pas à protéger les enfants d’une fouille en règle. Ils doivent tout faire pour convaincre Belandir que ses efforts ne sont pas nécessaires. Amaury leur livre ses défauts et ses atouts, grâce à sa divination, et Schäffer refroidit son enthousiasme. Isolde passe aux menaces. Schäffer essaie de lui faire croire que ce sont des médicaments qui ne doivent pas être placés à la lumière. Amaury projette une étincelle sur le derrière de Bouffe-tout, le mulet, qui cavale avec leur chargement. Tanorivel enfonce le clou en se livrant à une scène hystérique dépressive, où la fatigue n’est pas étrangère, pour lui tirer des larmes. Afin d’échapper à cela, Belandir endosse sa virilité, et va arrêter le mulet, les accusant de ne pas tenir leur bête. Ils sont menacés d’une amende, mais la queue derrière eux pousse l’elfe à clôturer le sujet. Encore une fois, ils ont eu chaud.
Il ne s’agit pas de consanguinité
Le trajet en direction de Glück, sur la berge nord de la Waldine, est paisible. Ils partent vers Gritaben, avec les collines des Steineheisse, au nord, qui crachent leur fumée noire. Il fait assez beau, mais frais. La vallée est émaillée de ruines impériales, plutôt industrielles, ou de la Thanatocratie, plutôt militaires. Parfois, au milieu d’un champ de débris, une tourelle ou un pan de mur se dresse au centre d’une zone vide, trahissant l’usage d’illusions. La Waldine est encore encombrée de troncs à cette époque de l’année, mais quelques bateaux osent s’y aventurer. Ils finissent par arriver à un bourg réduit en cendres, dont les maisons et les palais sont ornés de crânes et de pointes gothiques. Un panneau indique la direction de Glück, vers le coteau. Les habitants ont sans doute migré en haut à la Libération. La route serpente vers la crête, au milieu de champs bien tenus, aux cultures et aux troupeaux de moutons en bonne santé.
Le village est entouré d’un mur, constitué comme ses maisons de pierres ajustées, mal dégrossies, presque sans mortier. Les rues, en pente, sont minuscules, labyrinthiques, les demeures entassées les unes sur les autres, comme pour se rassurer. Les gens sont pauvres, tristes, et maigres, mais curieux et enthousiastes à leur arrivée. Une proportion étonnante d’entre eux est demi-orque. Des panneaux de pierre sont ornés de symboles anciens, et donnent des directions de lieux perdus, ou de points de vue. Au centre du village, un imposant palais fortifié, dont les entrées ont été murées et barricadées. Amaury détecte qu’il est aussi sinistre dedans que dehors : c’est vide, et pourtant plein de pièges et de sentinelles invisibles.
Leur guide les entraîne jusqu’au temple, au milieu d’une place pavée d’éclats de mica.
Amaury a du mal à identifier le dieu auquel le temple est dédié. Prayos, sans doute, à l’origine, mais maintenant plutôt les esprits de la nature. Un homme rondelet, doté d’une calvitie précoce, les attend sur un banc. Höbiger hésite beaucoup, pas très à l’aise avec son rôle de maire. En effet, la révélation pourrait leur coûter cher. Contrairement à ce que leur a dit Thelma, ils ne sont pas vraiment aux prises avec des bandits. Ni la Malescarpe, de vilains brigands sanguinaires, ni les Ifriers, des résistants qui reversent un peu de leurs prises autour d’eux, ne forment de réel danger. Ils sont régulièrement éliminés par des orques, qui veillent sur Glück depuis Ombreterre. En échange, les orques reçoivent de la nourriture. Mais ces derniers temps, ils en exigent beaucoup trop. D’autant plus que les elfes repassent derrière, pour exiger les taxes dues au margrave. Ils ont du mal à communiquer avec les orques. Si nos résistants peuvent les ramener à plus de raison, tant mieux, mais ils représentent un danger à eux seuls. Considérés comme la piétaille du Nécromant (et la nourriture des morts vivants quand ils n’avaient rien d’autre), les gobelinoïdes sont repartis vers l’est ou les Monts du Har-volk, pourchassés par les elfes. S’associer avec des orques est puni d’enfaytement, ou pire. Höbiger les absout de leurs morts, s’ils ne peuvent faire autrement, et en échange, il accepte d’accueillir et de nourrir les deux enfants prodiges.
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.
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Hubeuh
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Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Grand mère sait faire un bon gabalouk
Höbiger appelle un chasseur, nommé Heth, pour les guider jusqu’à l’entrée des grottes. Le temps qu’ils leur fournissent des torches, des cordes, et des provisions, Heth et Höbiger se contredisent sur plusieurs informations, comme la durée du trajet. Amaury exige quelqu’un pour leur permettre de parler aux orques. Heth se propose, et Höbiger ne l’écarte pas, mais le chasseur bourru reconnaît que son savoir ne recouvre que les mots essentiels. Comme Amaury insiste lourdement, Heth n’a pas d’autre choix que de se munir d’une vieille. Angna n’est plus très grande, courbée par les ans, un front proéminent cachant des yeux sombres, un petit nez et une seule dent qui sort de sa bouche. Son teint vert indique que c’est une demi-orque de première génération. Höbiger est surpris que Heth veuille s’encombrer de la pauvre mamie. Elle n’est pas franchement taillée pour la route.
Ils la mettent pourtant sur le mulet, qu’ils détachent, et partent à l’aventure. Ils suivent Heth sous les châtaigniers, les hêtres et les chênes qui commencent à mettre leurs feuilles. Jonquilles et primevères sont boulottées par les lapins qui se refont la cerise après l’hiver. Les rares champs sont en friches, entourés de panneaux en elfe, ou bien couverts d’ossements humains datant de la Thanatocratie. Ils s’enfoncent dans un bois clairsemé, quand mémé Angna s’agite sur le mulet. Elle babille quelques borborygmes, qui inquiètent nos valeureux aventuriers. Est-ce que par hasard, elle saurait très bien parler l’orque, mais qu’elle serait totalement sénile ? En tous cas, qu’elle sache le parler est fort possible. Mais eux, ils ne panent rien à ce qu’elle bave. Elle gesticule derrière eux, devant eux, et dans une direction approximative. Heth n’en n’a cure (ni le mulet). En fait, elle indique la position du soleil, qui a changé, à mesure que Heth les baladait.
Isolde flaire une entourloupe, et l’accuse de traîtrise. Ils l’entourent, menaçants, et, voyant que fuir n’est pas une option, le chasseur avoue. Si leur périple est aussi long, c’est que Heth les mène droit vers une embuscade. Il a pour habitude de céder une partie des vivres aux Ifriers, plutôt que de tout donner aux orques. Ils convainquent Heth que cela ne peut plus durer. Glück est ponctionné 3 fois : les Ifriers, les orques, les elfes. Il y vivent en sécurité, mais ils vont périr de faim. Heth les quitte pour avertir les Ifriers que leur guet-apens a capoté.
La rencontre, au sommet d’une colline dégagée, est d’abord rugueuse. Puis, comprenant qu’il est dans leur intérêt de poser les armes, ils discutent. Ce ne sont des résistants que par défaut : d’anciens bûcherons pourchassés par les elfes, les morts vivants et même parfois les orques, privés de travail, qui peinent à faire vivre leur famille. Ils sont perpétuellement sur la route. Schäffer les persuade que ce n’est pas un avenir soutenable pour eux. Isolde leur propose de se rendre dans sa baronnie d’origine, le Vertstein. Même si elle a été presque complètement privée de ses terres, elle sait que d’anciens serviteurs ont trouvé refuge autour, et qu’ils ont besoin de bras, pour défricher d’autres champs, puisque les elfes ont mis la main sur les leurs. Ces Ifriers de fortune acceptent, même si le Vertstein est loin, et que pour échapper aux elfes, il leur faudra traverser l’Eibenwald. Quand Amaury leur demande ce qu’il y craignent, les brigands expliquent que c’est une forêt dangereuse. Pourtant, c’est bien le lieu de villégiature des Ifriers, normalement.
Un fin Gühr, mais...
Reste à raisonner les orques. Heth les mène à l’entrée des grottes. Il n’est jamais allé plus loin, et va garder le mulet. Grâce à Angna, qui retrouve une seconde jeunesse, ils évitent monstres et pièges. Elle renifle les couloirs, les uns après les autres. Ils déambulent entre les champignons géants et les pendeloques de stalactites, dans un silence marmoréen, uniquement troublé, parfois, par une source glacée. Tanorivel, grâce à sa nyctalopie, leur indique un crâne humain fiché sur une stalagmite. Angna s’avance, criant quelque chose. Le groupe la suit, mains en l’air, priant pour ne pas servir d’aimant à javelot.
Ils sont accueillis par des orques, dont l’un d’entre eux reconnaît la vieille. Très méfiants, ils les entraînent dans un dédale de tunnels étroits, munis de meurtrières ou de trous laissant passer la fumée. Ils débouchent dans une succession de grottes habitées par les orques, ne sentant pas la rose. Dans chaque salle, chaque tunnel, leur lampe n’éclaire que les premiers regards, reflétant la lumière comme les yeux de prédateurs embusqués, mais en laissant deviner beaucoup d’autres.
Ils sont apostrophés par une prêtresse orque. Daga, c’est son nom, discute avec Angna, jusqu’à ce que les orques soient satisfaits, et avec l’aide de la mamie, la négociation s’engage. Ils saisissent vite que si les orques exigent autant de nourriture, c’est parce que leur chef Mogark a été tué par un monstre, surgi d’Ombreterre. Cet ancien cadre de l’armée du Nécromant, un ogre nécrophage nommé Gühr, a pris leur contrôle de leur clan. Il mange en permanence, et s’il n’a rien d’autre, il dévore leurs enfants.
Nos glorieux résistants promettent de mettre fin à sa tyrannie. Les orques sont impressionnés par Amaury, qui porte le symbole de la Flamme, et le désignent du sobriquet « Uhluk ». Mais Daga leur apprend que Gühr est accompagné de goules. Ils scellent leur pacte avec quelque nourriture dégoûtante, puis, elle les mène dans une vaste champignonnière, dont ils ne voient pas les bords. L’attente n’est pas agréable, d’autant plus que la fatigue leur pèse. Ils doivent rester là, dans le noir presque complet, silencieux, à attendre que les orques se passent le mot, et se cachent avec eux, puis, que Gühr veuille bien se montrer.
Quand c’est le cas, leurs alliés se jettent sur l’avant-garde de goules. Amaury discerne à peine leur cible, qui avance en contrebas, et fait appel à la Flamme. Il apprend que Gühr craint la lumière du soleil et les grands feux, ce qu’il s’empresse de lui fournir. Gühr, ingrat, s’avance vers eux, jetant sur le champ de bataille une lumière empuantie et enfumée. L’ogre nécrophage et ses goules sont surpris par cette embuscade. Et comme nos résistants concentrent leurs coups et leurs tirs sur Gühr, à force de coups d’épée, de griffes féeriques, et d’éclats de glace, il décède une seconde fois. Restent les goules, qui s’avèrent des adversaires redoutables, une fois la surprise passée. Blessés, mais rapidement soignés par Schäffer, nos héros peuvent célébrer la victoire.
Lors d’un banquet sauvage et chthonien, les orques miment le passé de leur peuple. Déguisés avec leurs maigres moyens, ils font néanmoins comprendre qu’Uhluk est un de leurs héros. Il aurait affronté un immense géant de feu, avec une lance terminée par du feuillage. L’entité brûlante l’a tué, mais se faisant, l’orque lui aurait offert une partie de sa flamme intérieure, éclairant le monstre d’un nouvel altruisme. Malheureusement, après sa mort, c’est sa sœur Uhlak qui prend sa suite, et fonde le culte des dieux orques contemporains, devant lesquels ils montrent du respect et de la crainte, mais qui ne les ont pas beaucoup aidés à s’en sortir depuis.
Pour les remercier, les orques leur offrent le produit de leurs rapines : une combinaison d’assassin drow augmentant la rapidité, une fiole curative de sang de troll, et un bâton de marche fleuri (vous ne voulez pas savoir à quoi ils s’en servaient). Achevés par l’alcool orque, ils commencent à s’endormir, quand Heth, qui n’en mène pas large, vient les chercher. Ils repartent vers Glück, où ils terminent leur nuit.
Au petit déjeuner, ils sont nourris par un demi-orque nommé Gord. Celui-ci arbore une toque et un tablier immaculés, ainsi que des moustaches huilées, et un accent néryonide trop forcé pour être autre chose qu’une mauvaise imitation. Les plats sont exquis, presque meilleurs que l’alchimie de Magdalena, mais naturels. En fait, Gord a appris la cuisine grâce à une pierre ionique impériale, dont la seule fonction est de délivrer des cours culinaires illusoires. Depuis tout petit, il rêve d’exercer ses talents auprès de vrais gourmets, dans une grande cité. Isolde ne se le fait pas dire deux fois, et il est embauché sur le champ.
Höbiger leur paye une cinquantaine de pièces d’argent pour leur peine, et négocie un contrat d’exclusivité de vente de nourriture à l’auberge de l’épée. Il leur offre aussi une sorte de plat à tajine elfe, dont la fonction s’avère floue. Probablement que Magdalena y trouvera une utilité.
En milieu de matinée, ils repartent à Brenhaven, dormant à tour de rôle dans le chariot.
Bouffe-tout trouve cela un peu lourd…
Höbiger appelle un chasseur, nommé Heth, pour les guider jusqu’à l’entrée des grottes. Le temps qu’ils leur fournissent des torches, des cordes, et des provisions, Heth et Höbiger se contredisent sur plusieurs informations, comme la durée du trajet. Amaury exige quelqu’un pour leur permettre de parler aux orques. Heth se propose, et Höbiger ne l’écarte pas, mais le chasseur bourru reconnaît que son savoir ne recouvre que les mots essentiels. Comme Amaury insiste lourdement, Heth n’a pas d’autre choix que de se munir d’une vieille. Angna n’est plus très grande, courbée par les ans, un front proéminent cachant des yeux sombres, un petit nez et une seule dent qui sort de sa bouche. Son teint vert indique que c’est une demi-orque de première génération. Höbiger est surpris que Heth veuille s’encombrer de la pauvre mamie. Elle n’est pas franchement taillée pour la route.
Ils la mettent pourtant sur le mulet, qu’ils détachent, et partent à l’aventure. Ils suivent Heth sous les châtaigniers, les hêtres et les chênes qui commencent à mettre leurs feuilles. Jonquilles et primevères sont boulottées par les lapins qui se refont la cerise après l’hiver. Les rares champs sont en friches, entourés de panneaux en elfe, ou bien couverts d’ossements humains datant de la Thanatocratie. Ils s’enfoncent dans un bois clairsemé, quand mémé Angna s’agite sur le mulet. Elle babille quelques borborygmes, qui inquiètent nos valeureux aventuriers. Est-ce que par hasard, elle saurait très bien parler l’orque, mais qu’elle serait totalement sénile ? En tous cas, qu’elle sache le parler est fort possible. Mais eux, ils ne panent rien à ce qu’elle bave. Elle gesticule derrière eux, devant eux, et dans une direction approximative. Heth n’en n’a cure (ni le mulet). En fait, elle indique la position du soleil, qui a changé, à mesure que Heth les baladait.
Isolde flaire une entourloupe, et l’accuse de traîtrise. Ils l’entourent, menaçants, et, voyant que fuir n’est pas une option, le chasseur avoue. Si leur périple est aussi long, c’est que Heth les mène droit vers une embuscade. Il a pour habitude de céder une partie des vivres aux Ifriers, plutôt que de tout donner aux orques. Ils convainquent Heth que cela ne peut plus durer. Glück est ponctionné 3 fois : les Ifriers, les orques, les elfes. Il y vivent en sécurité, mais ils vont périr de faim. Heth les quitte pour avertir les Ifriers que leur guet-apens a capoté.
La rencontre, au sommet d’une colline dégagée, est d’abord rugueuse. Puis, comprenant qu’il est dans leur intérêt de poser les armes, ils discutent. Ce ne sont des résistants que par défaut : d’anciens bûcherons pourchassés par les elfes, les morts vivants et même parfois les orques, privés de travail, qui peinent à faire vivre leur famille. Ils sont perpétuellement sur la route. Schäffer les persuade que ce n’est pas un avenir soutenable pour eux. Isolde leur propose de se rendre dans sa baronnie d’origine, le Vertstein. Même si elle a été presque complètement privée de ses terres, elle sait que d’anciens serviteurs ont trouvé refuge autour, et qu’ils ont besoin de bras, pour défricher d’autres champs, puisque les elfes ont mis la main sur les leurs. Ces Ifriers de fortune acceptent, même si le Vertstein est loin, et que pour échapper aux elfes, il leur faudra traverser l’Eibenwald. Quand Amaury leur demande ce qu’il y craignent, les brigands expliquent que c’est une forêt dangereuse. Pourtant, c’est bien le lieu de villégiature des Ifriers, normalement.
Un fin Gühr, mais...
Reste à raisonner les orques. Heth les mène à l’entrée des grottes. Il n’est jamais allé plus loin, et va garder le mulet. Grâce à Angna, qui retrouve une seconde jeunesse, ils évitent monstres et pièges. Elle renifle les couloirs, les uns après les autres. Ils déambulent entre les champignons géants et les pendeloques de stalactites, dans un silence marmoréen, uniquement troublé, parfois, par une source glacée. Tanorivel, grâce à sa nyctalopie, leur indique un crâne humain fiché sur une stalagmite. Angna s’avance, criant quelque chose. Le groupe la suit, mains en l’air, priant pour ne pas servir d’aimant à javelot.
Ils sont accueillis par des orques, dont l’un d’entre eux reconnaît la vieille. Très méfiants, ils les entraînent dans un dédale de tunnels étroits, munis de meurtrières ou de trous laissant passer la fumée. Ils débouchent dans une succession de grottes habitées par les orques, ne sentant pas la rose. Dans chaque salle, chaque tunnel, leur lampe n’éclaire que les premiers regards, reflétant la lumière comme les yeux de prédateurs embusqués, mais en laissant deviner beaucoup d’autres.
Ils sont apostrophés par une prêtresse orque. Daga, c’est son nom, discute avec Angna, jusqu’à ce que les orques soient satisfaits, et avec l’aide de la mamie, la négociation s’engage. Ils saisissent vite que si les orques exigent autant de nourriture, c’est parce que leur chef Mogark a été tué par un monstre, surgi d’Ombreterre. Cet ancien cadre de l’armée du Nécromant, un ogre nécrophage nommé Gühr, a pris leur contrôle de leur clan. Il mange en permanence, et s’il n’a rien d’autre, il dévore leurs enfants.
Nos glorieux résistants promettent de mettre fin à sa tyrannie. Les orques sont impressionnés par Amaury, qui porte le symbole de la Flamme, et le désignent du sobriquet « Uhluk ». Mais Daga leur apprend que Gühr est accompagné de goules. Ils scellent leur pacte avec quelque nourriture dégoûtante, puis, elle les mène dans une vaste champignonnière, dont ils ne voient pas les bords. L’attente n’est pas agréable, d’autant plus que la fatigue leur pèse. Ils doivent rester là, dans le noir presque complet, silencieux, à attendre que les orques se passent le mot, et se cachent avec eux, puis, que Gühr veuille bien se montrer.
Quand c’est le cas, leurs alliés se jettent sur l’avant-garde de goules. Amaury discerne à peine leur cible, qui avance en contrebas, et fait appel à la Flamme. Il apprend que Gühr craint la lumière du soleil et les grands feux, ce qu’il s’empresse de lui fournir. Gühr, ingrat, s’avance vers eux, jetant sur le champ de bataille une lumière empuantie et enfumée. L’ogre nécrophage et ses goules sont surpris par cette embuscade. Et comme nos résistants concentrent leurs coups et leurs tirs sur Gühr, à force de coups d’épée, de griffes féeriques, et d’éclats de glace, il décède une seconde fois. Restent les goules, qui s’avèrent des adversaires redoutables, une fois la surprise passée. Blessés, mais rapidement soignés par Schäffer, nos héros peuvent célébrer la victoire.
Lors d’un banquet sauvage et chthonien, les orques miment le passé de leur peuple. Déguisés avec leurs maigres moyens, ils font néanmoins comprendre qu’Uhluk est un de leurs héros. Il aurait affronté un immense géant de feu, avec une lance terminée par du feuillage. L’entité brûlante l’a tué, mais se faisant, l’orque lui aurait offert une partie de sa flamme intérieure, éclairant le monstre d’un nouvel altruisme. Malheureusement, après sa mort, c’est sa sœur Uhlak qui prend sa suite, et fonde le culte des dieux orques contemporains, devant lesquels ils montrent du respect et de la crainte, mais qui ne les ont pas beaucoup aidés à s’en sortir depuis.
Pour les remercier, les orques leur offrent le produit de leurs rapines : une combinaison d’assassin drow augmentant la rapidité, une fiole curative de sang de troll, et un bâton de marche fleuri (vous ne voulez pas savoir à quoi ils s’en servaient). Achevés par l’alcool orque, ils commencent à s’endormir, quand Heth, qui n’en mène pas large, vient les chercher. Ils repartent vers Glück, où ils terminent leur nuit.
Au petit déjeuner, ils sont nourris par un demi-orque nommé Gord. Celui-ci arbore une toque et un tablier immaculés, ainsi que des moustaches huilées, et un accent néryonide trop forcé pour être autre chose qu’une mauvaise imitation. Les plats sont exquis, presque meilleurs que l’alchimie de Magdalena, mais naturels. En fait, Gord a appris la cuisine grâce à une pierre ionique impériale, dont la seule fonction est de délivrer des cours culinaires illusoires. Depuis tout petit, il rêve d’exercer ses talents auprès de vrais gourmets, dans une grande cité. Isolde ne se le fait pas dire deux fois, et il est embauché sur le champ.
Höbiger leur paye une cinquantaine de pièces d’argent pour leur peine, et négocie un contrat d’exclusivité de vente de nourriture à l’auberge de l’épée. Il leur offre aussi une sorte de plat à tajine elfe, dont la fonction s’avère floue. Probablement que Magdalena y trouvera une utilité.
En milieu de matinée, ils repartent à Brenhaven, dormant à tour de rôle dans le chariot.
Bouffe-tout trouve cela un peu lourd…
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.