Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Publié : lun. juil. 27, 2026 12:19 pm
Gamin, allez, viens ! C'est pour rire, gamin !
En fin d’après-midi, sentant qu’elle ne pourra pas faire grand-chose de plus, et que cela presse, Isolde attrape Magdalena, et elles se dirigent vers le Quartier des fuseaux, pour y enlever un enfant. Isolde a pris soin de quitter ses habits trop remarquables, comme la cape de fourrure aux armes de sa famille. De plus, elles ont l’alibi du mariage pour elles.
À l’adresse indiquée, deux enfaytés montent la garde, concentrés sur leurs lances. Le temps presse. S’ils sont là, c’est que les arindeäls ne vont pas tarder. Mais nos deux comparses ne vont pas entrer en force. Elles n’ont pas envie de grimper sur le toit, et la maison est flanquée de deux autres façades. Cependant, en faisant le tour, elles font face à une grille. Au milieu de la cour intérieure, sur laquelle donne le passage voûté, deux enfants jouent avec des craies. Isolde leur enjoint de venir, contre des bonbons. Étrangement, ils restent à une distance respectable.
Magdalena fronce les sourcils, et après réflexion, la grille préfère s’ouvrir. Isolde intimide les gens. Chacun son truc. Magdalena amadoue les gosses, qui lui avouent qu’ils ne sont pas Ludwig. C’est leur voisin, et il est puni parce qu’il a fait voler sa sœur (ce qu’ils trouvent absurde). D’ailleurs, elles le voient à la fenêtre leur faire coucou. Magdalena, avec de grands gestes, le convainc d’ouvrir la lucarne. Ses explications ont beau être claires, il n’a pas envie de sauter.
Isolde décide de se cacher au fond de la cour. Une louable intention, mais capturer la proie des arindeäls sans plus de précaution, alors qu’elles peuvent lire dans le passé des objets, et interroger magiquement les parents, risque fort de s’avérer problématique pour Magdalena, tôt ou tard.
La mère apparaît à la fenêtre, et écoute patiemment l’ex lanternière, inquiète, avant de se retirer. De longues minutes plus tard, la porte de derrière s’ouvre, et le père en sort. Il ne demande qu’à être convaincu. Il tient à son fils, mais il ne peut se résoudre à condamner le reste de sa famille. En lui promettant de cacher Ludwig et de le protéger, tout en montant la Résistance en graine, Magdalena obtient du pauvre homme qu’il leur abandonne son fils. Il s’enquerra régulièrement de sa santé, mais préfère ignorer où ils vont le cacher pour le moment.
Problème qui reste entier. Ludwig est pris en charge par la femme de Lenhart, techniquement protégé par le garde qui va devoir enquêter sur sa disparition...
Quelque grief qu’on ait contre le mariage, on ne saurait lui refuser d’être une expérience
Enfin, les convives arrivent. D’abord par petits paquets. Puis, comme s’ils s’étaient donnés le mot, et qu’ils n’était rien arrivé de fâcheux aux éclaireurs, le gros de la foule survient en cortège. Klaus cesse de retenir son souffle. Tout le monde est là, finalement, peu d’absents sur le nombre d’invités prévus. Est-ce que leur communication a pu faire oublier les évènements récents à l’auberge ? Ou bien sont-ils là pour observer un naufrage annoncé, avec des toasts et des vins pétillants ?
En effet, même si tout le monde est venu, l’ambiance est retenue, entre le défilé militaire elfique et un enterrement. Tanorivel s’installe avec son groupe de musiciens, et, avec l’aide de Janelle, tisse une histoire assez comique pour encourager les spectateurs à le rejoindre sur scène, ou à chanter en cœur. À mélanger les gens d’horizons différents, Tano parvient à briser la glace. Ils n’en sont pas encore à la chenille qui redémarre, mais on a quitté la musique de chambre.
Schäffer encourage Thelma à se lancer dans son numéro. Profitant que les mariés trinquent, elle ouvre son panier, d’où s’échappent de nombreux oiseaux, portant des rubans et des fleurs. D’autres passent par les soupiraux, et chantent en même temps, dans un merveilleux concert passériforme. Les mariés sont couronnés de fleurs, l’assistance a le souffle coupé par le tour.
Les jeunes dansent, passionnés, oubliant un moment les elfes ; les enfants munis de bretzels et de steckerlfisch se pourchassent dans les couloirs, poursuivis par des chiens ; les vieux squattent les rares chaises en éclusant comme si leur vie en dépendait. Et tous ces gens ont faim. C’est pourquoi Magdalena, aux cuisines, mal adaptées pour un grand service, doit se multiplier, et cumuler un grand nombre de tâches à la fois. Le manque de personnel se fait cruellement sentir, et elle n’a pas son laboratoire pour la soutenir. Cependant, elle s’en sort avec les honneurs, nourrissant les convives sans discontinuer.
Des groupes se forment, notamment dans le petit salon, de gens s’estimant trop précieux pour danser. Ils alternent messes basses et mots couverts par des allusions fines. Deux en particulier se démarquent.
Le premier est une assemblée élitiste de nobles désargentés. Invités à cause de leurs titres, ils sont une clientèle captive de la bourgeoisie qui domine l’assistance. En effet, nombre de nobles, surtout dotés de petits fiefs, ont perdu leurs terres aux mains des elfes, depuis qu’ils ont édicté les lois de l’automne. En se glissant derrière eux, Schäffer apprend qu’un temple va ouvrir ses portes. Étrangement, il ne s’agit pas du temple de Prayos, le dieu le plus connu en ville, mais de Perex. La nouvelle s’explique pourtant facilement, quand ont connaît son domaine, Perex étant dieu du commerce et des financiers (= voleurs). Ils regrettent que le clergé de Perex soit constitué exclusivement de néryonides. Ces étrangers n’auront pas de scrupules à n’engager que de la main d’œuvre importée, moins chère. Tous ces pauvres, différents, en ville, quelle abomination ! Sans surprise, leur racisme est tourné aussi vers les elfes, qu’ils respectent avec soumission de face, mais dont ils se moquent entre eux par derrière, Tanorivel inclus.
L’autre groupe qui fait bande à part est plus petit, constitué des époux Wilmer et Gretella Van Koester, du haut prêtre de Prayos Finsternis, du directeur local des Lanterniers Franz, et bien sûr de Friedrick Müller, le père du marié. Gretella est membre du Conseil des 8. Ils discutent à voix basse, tandis qu’Isolde se sert du personnel de l’auberge pour se mêler à eux. Elle met beaucoup de temps à comprendre de quoi il retourne. Paranoïaques, ils évitent d’aborder ce genre de sujet quand des étrangers s’approchent. Mais grâce à ses talents d’enquêtrice, aux diversions du service, et à l’anneau de discrétion enchanté par Magdalena, elle saisit la globalité de leur discussion.
Franz les a pris à partie, mécontent de son sort, alors qu’ils préféreraient en parler plus tard. Il estime trop payer pour le service reçu. Les époux Wilmer et Gretella van Koester sont à la tête d’un groupe d’entrepreneurs : le club des Cordeliers. Ces premiers de cordée, dont fait partie Friedrick, représentent l’Arland qui travaille, au lieu de se morfondre dans le dépit : la haute bourgeoisie. Ce seraient eux les principaux bénéficiaires de cette entente.
Leur plan implique d’abord le haut prêtre Finsternis. Celui-ci gère les interventions de son culte, là où les exorcismes sont nécessaires. Quand un prêtre de Prayos détecte une maison hantée, il le signale à sa hiérarchie. Finsternis ne donne la liste que des logements les plus pauvres.
Un membre important du Guet, dont le nom de code est « le Pêcheur », récupère les noms des habitants. Il va les voir, avec quelques hommes, et les expulse de chez eux, au prétexte que c’est dangereux. En attendant les prêtres, les désormais sans-abris sont forcés de compter sur sa générosité. Le Pêcheur les reloge dans des appartements privés, dans un autre quartier. Le confort minimal de ces locaux ne reflète pas du tout le tarif pratiqué par le pêcheur, qui exige une fortune en loyer. Et les exorcismes se font attendre. Rapidement, le Pêcheur propose aux démunis de travailler pour payer leurs loyers, souvent en double de leur travail normal, ou en embauchant leur famille. Ils servent de main d’œuvre forcée et presque gratuite pour le Club des cordeliers.
Dans ce schéma, Franz a deux rôles : au début, quand il utilise des substances alchimiques pour justifier les rumeurs de hantise, puis une fois que ces pauvres travaillent, pour les motiver ou les rendre plus efficaces, à l’aide de produits non testés ou dangereux. Le Pêcheur efface leurs traces.
Pour les 3 autres, Franz abuse. Les tarifs du Pêcheur sont raisonnables. En même temps, pour ce que Magdalena connaît du personnage, cela n’a rien d’étonnant. En tant que directeur des Lanterniers, Franz est connu pour son avidité bien plus que pour ses connaissances alchimiques. C’est lui qui maintient le prix du charbon des Steineheisse aussi haut.
Isolde ronge son frein, tout en cachant l’appareil eidolonique, qui a saisi assez de preuves pour les incriminer. Un indice de grande valeur, s’il devait être monnayé.
Encouragée par l’ambiance, la fête s’endiable un peu. Les convives chahutent, et crient. Les tentes sont prises d’assaut, et le couvre-feu est très modérément respecté. Voyant cela, Tanorivel laisse sa place, et emporte un plateau de bretzels, qu’il distribue aux voisins. Il tombe sur une petite vieille, madame Irma, qui vilipende les fêtards, auprès de son interlocuteur courtois, Belandir. Le sergent elfe s’occupe normalement des portes, mais elles sont fermées, à cette heure. Le bruit est infernal ! La rue est envahie par les carrosses ! Il faut consulter leurs burgerbriefs ! Tano est si patelin, et le gâteau tellement bon, qu’il retourne la vieille comme un gant, désormais toute miel. Si seulement ses petits enfants étaient aussi aimables que les elfes ! Elle en profite pour expliquer sa recette de petits fours à Belandir, que Tano abandonne, poliment fusillé par son regard.
Droit de cuistrerie
Fier comme un paon, et légèrement éméché, Friedrick prononce un trop long discours exalté sur la « bonne société de Brenhaven » à laquelle il lie sa famille aujourd’hui. Tout à l’évocation de sa richesse et à la promotion de sa minoterie, il en oublie presque de faire l’éloge de son fils. Il finit par être tiraillé par sa femme, et comprenant où elle voulait en venir, il saisit Tobias, qu’il arbore devant l’assemblée, vantant sa gauloiserie et sa virilité. Il annonce même ne pas douter d’un prochain enfant.
Tano voit, bien sûr, que Tobias n’en mène pas large. Pour Birgit, qui a déjà vécu un mariage, et qui n’a plus grand-chose à faire de sa réputation de femme, les paillardises du public la laissent froide. Pour Tobias, le stress déjà grand le fait plonger dans la cruche. Il se ressert hardiment du vin, alors qu’il en a eu sa dose. Il adopte un teint gris pâle.
Mais c’est alors que Tobias aperçoit quelque chose de bien pire ! La décoration en pierre représentant un blason des Müller, attachée au mur du manoir, est en train de se détacher. Et alors que les regards sont concentrés sur ce groupe, Friedrick risque de périr aplati par la propre marque de ses privilèges. Sachant que les Müller ne sont que des bourgeois, et donc que leur blason reste scandaleux pour une partie de la noblesse, la blessure causée par la chute ne serait qu’une égratignure, comparée aux moqueries. Avec diligence et talent, Magdalena solidifie le mur d’une altération magique, sans que qui que ce soit ne le remarque.
Tano se rapproche de Tobias pour lui remonter le moral discrètement, quand les portes du manoir s’ouvrent avec fracas. Ceux que l’on n’attendait pas entrent dans le grand salon. Une escorte d’une dizaine d’archers elfes reste dehors. Un cortège de nobles flagorneurs accompagne Alasaril, le doyen des elfes naria. En majesté, il porte une splendide cape de plumes, qui, avec son maquillage émeraude, et son diadème étoilé, ne parviennent pas à le rendre ridicule. Son ton de voix, doux comme un félin, et aimable comme un serpent, y sont sans doute pour quelque chose. Comme si soudainement, l’assemblée se rappelait de quelque chose d’urgent, nombreux sont ceux qui changent de salle, ou fuient vers le jardin. Isolde en profite pour embarquer Janelle discrètement.
Alasaril reproche à Friedrick de ne pas l’avoir invité. Il est impatient d’en apprendre plus sur les coutumes des mortels, car il n’a jamais assisté à l’un de leurs mariages. Friedrick, terrifié, tiraille sa fraise, et s’avisant d’un fauteuil, en chasse l’un de ses aïeuls, pour le confort du doyen. Tano essaie tant bien que mal de ménager une ambiance qui puisse plaire à ses messieurs dames aux oreilles pointues, mais il s’aperçoit qu’ils sont abominablement difficiles.
D’ailleurs, Alasaril réclame du nectar féerique, ou, au pire, de l’hydromel d’acacia. Tout le monde a cela sur une étagère. Magdalena improvise un cocktail avec les moyens du bord, et surtout sa substance alchimique qui donne bon goût à n’importe quoi. Elle se surpasse, en y ajoutant ses meilleurs ingrédients, et Alasaril lui-même doit admettre que certains breuvages des mortels ont un goût pas complètement désagréable. Par contre, il requiert ensuite du rôti de bête éclipsante, ou, au pire, une brochette de striges, et le pauvre paysan qui s’est retrouvé à ne pas pouvoir le servir a gagné des cours de cuisine chez les elfes. Dont la durée n’est pas spécifiée.
Petit à petit, la fête reprend, mais elle ne sera plus la même. Comme si le dégrisement causé par l’irruption aurait semblé trop ambitieux à combler par l’alcool disponible. Les gens désertent lentement les lieux, et c’est tout naturellement que Tobias et Birgit vont saluer la salle. Mais Alasaril, prestement, les devance. Avant qu’ils puissent parler, le doyen elfe annonce vouloir expérimenter une coutume mortelle : le droit de cuissage. Il souhaite ardemment profiter de la première nuit. Friedrick lui tend la main de Birgit, mais cela semble le dégoûter. Il préfère plutôt celle de Tobias. Isolde s’approche, et lui révèle que c’est une loi tombée en désuétude depuis longtemps. Alasaril est vaguement gêné. Peut-être qu’on contrarie ses plans, ou même simplement vexé d’être pris en défaut sur un sujet qui lui tient à cœur. Schäffer renchérit : les mortels ont souvent des maladies, qui peuvent être fatales aux elfes.
Tano imagine Alasaril au lit avec Tobias, surprenant son tatouage lié à la Thanatocratie. Il se dépêche de chuchoter à l’oreille de son amant les phrases les plus dégoûtantes qui lui viendraient à l’esprit. Tobias, déjà complètement barbouillé, ne tarde pas à dégobiller tripes et boyaux. Malgré une envie difficile à réprimer, Tano oriente Tobias vers les rideaux plutôt que vers le doyen verdoyant. Dégoûté, Alasaril remercie Schäffer de l’avoir averti, et couvre son nez d’un mouchoir parfumé. Suivi de sa cour, il quitte les lieux séance tenante, d’une retraite ordonnée, mais frustrée, embaumant la violette soufrée.
Alors qu’Isolde pense à la facture de nettoyage de sa baraque, Friedrick, bien que cela lui coûte terriblement, se doit de les remercier. Klaus en profite pour valider le devis, que le meunier règle rubis sur l’ongle, dès le lendemain matin. Nos résistants sont riches, et ils profitent de leur notoriété pour lancer des chantiers aménageant l’auberge, et engager du personnel spécialisé. La restauration de la brasserie est leur premier choix, suivi de la rénovation des chambres inutilisées. Ils y adjoignent une armurerie dans l’ancien atelier, pour améliorer la pugnacité de leur groupe, et un potager pouvant fournir des épices rares.
En fin d’après-midi, sentant qu’elle ne pourra pas faire grand-chose de plus, et que cela presse, Isolde attrape Magdalena, et elles se dirigent vers le Quartier des fuseaux, pour y enlever un enfant. Isolde a pris soin de quitter ses habits trop remarquables, comme la cape de fourrure aux armes de sa famille. De plus, elles ont l’alibi du mariage pour elles.
À l’adresse indiquée, deux enfaytés montent la garde, concentrés sur leurs lances. Le temps presse. S’ils sont là, c’est que les arindeäls ne vont pas tarder. Mais nos deux comparses ne vont pas entrer en force. Elles n’ont pas envie de grimper sur le toit, et la maison est flanquée de deux autres façades. Cependant, en faisant le tour, elles font face à une grille. Au milieu de la cour intérieure, sur laquelle donne le passage voûté, deux enfants jouent avec des craies. Isolde leur enjoint de venir, contre des bonbons. Étrangement, ils restent à une distance respectable.
Magdalena fronce les sourcils, et après réflexion, la grille préfère s’ouvrir. Isolde intimide les gens. Chacun son truc. Magdalena amadoue les gosses, qui lui avouent qu’ils ne sont pas Ludwig. C’est leur voisin, et il est puni parce qu’il a fait voler sa sœur (ce qu’ils trouvent absurde). D’ailleurs, elles le voient à la fenêtre leur faire coucou. Magdalena, avec de grands gestes, le convainc d’ouvrir la lucarne. Ses explications ont beau être claires, il n’a pas envie de sauter.
Isolde décide de se cacher au fond de la cour. Une louable intention, mais capturer la proie des arindeäls sans plus de précaution, alors qu’elles peuvent lire dans le passé des objets, et interroger magiquement les parents, risque fort de s’avérer problématique pour Magdalena, tôt ou tard.
La mère apparaît à la fenêtre, et écoute patiemment l’ex lanternière, inquiète, avant de se retirer. De longues minutes plus tard, la porte de derrière s’ouvre, et le père en sort. Il ne demande qu’à être convaincu. Il tient à son fils, mais il ne peut se résoudre à condamner le reste de sa famille. En lui promettant de cacher Ludwig et de le protéger, tout en montant la Résistance en graine, Magdalena obtient du pauvre homme qu’il leur abandonne son fils. Il s’enquerra régulièrement de sa santé, mais préfère ignorer où ils vont le cacher pour le moment.
Problème qui reste entier. Ludwig est pris en charge par la femme de Lenhart, techniquement protégé par le garde qui va devoir enquêter sur sa disparition...
Quelque grief qu’on ait contre le mariage, on ne saurait lui refuser d’être une expérience
Enfin, les convives arrivent. D’abord par petits paquets. Puis, comme s’ils s’étaient donnés le mot, et qu’ils n’était rien arrivé de fâcheux aux éclaireurs, le gros de la foule survient en cortège. Klaus cesse de retenir son souffle. Tout le monde est là, finalement, peu d’absents sur le nombre d’invités prévus. Est-ce que leur communication a pu faire oublier les évènements récents à l’auberge ? Ou bien sont-ils là pour observer un naufrage annoncé, avec des toasts et des vins pétillants ?
En effet, même si tout le monde est venu, l’ambiance est retenue, entre le défilé militaire elfique et un enterrement. Tanorivel s’installe avec son groupe de musiciens, et, avec l’aide de Janelle, tisse une histoire assez comique pour encourager les spectateurs à le rejoindre sur scène, ou à chanter en cœur. À mélanger les gens d’horizons différents, Tano parvient à briser la glace. Ils n’en sont pas encore à la chenille qui redémarre, mais on a quitté la musique de chambre.
Schäffer encourage Thelma à se lancer dans son numéro. Profitant que les mariés trinquent, elle ouvre son panier, d’où s’échappent de nombreux oiseaux, portant des rubans et des fleurs. D’autres passent par les soupiraux, et chantent en même temps, dans un merveilleux concert passériforme. Les mariés sont couronnés de fleurs, l’assistance a le souffle coupé par le tour.
Les jeunes dansent, passionnés, oubliant un moment les elfes ; les enfants munis de bretzels et de steckerlfisch se pourchassent dans les couloirs, poursuivis par des chiens ; les vieux squattent les rares chaises en éclusant comme si leur vie en dépendait. Et tous ces gens ont faim. C’est pourquoi Magdalena, aux cuisines, mal adaptées pour un grand service, doit se multiplier, et cumuler un grand nombre de tâches à la fois. Le manque de personnel se fait cruellement sentir, et elle n’a pas son laboratoire pour la soutenir. Cependant, elle s’en sort avec les honneurs, nourrissant les convives sans discontinuer.
Des groupes se forment, notamment dans le petit salon, de gens s’estimant trop précieux pour danser. Ils alternent messes basses et mots couverts par des allusions fines. Deux en particulier se démarquent.
Le premier est une assemblée élitiste de nobles désargentés. Invités à cause de leurs titres, ils sont une clientèle captive de la bourgeoisie qui domine l’assistance. En effet, nombre de nobles, surtout dotés de petits fiefs, ont perdu leurs terres aux mains des elfes, depuis qu’ils ont édicté les lois de l’automne. En se glissant derrière eux, Schäffer apprend qu’un temple va ouvrir ses portes. Étrangement, il ne s’agit pas du temple de Prayos, le dieu le plus connu en ville, mais de Perex. La nouvelle s’explique pourtant facilement, quand ont connaît son domaine, Perex étant dieu du commerce et des financiers (= voleurs). Ils regrettent que le clergé de Perex soit constitué exclusivement de néryonides. Ces étrangers n’auront pas de scrupules à n’engager que de la main d’œuvre importée, moins chère. Tous ces pauvres, différents, en ville, quelle abomination ! Sans surprise, leur racisme est tourné aussi vers les elfes, qu’ils respectent avec soumission de face, mais dont ils se moquent entre eux par derrière, Tanorivel inclus.
L’autre groupe qui fait bande à part est plus petit, constitué des époux Wilmer et Gretella Van Koester, du haut prêtre de Prayos Finsternis, du directeur local des Lanterniers Franz, et bien sûr de Friedrick Müller, le père du marié. Gretella est membre du Conseil des 8. Ils discutent à voix basse, tandis qu’Isolde se sert du personnel de l’auberge pour se mêler à eux. Elle met beaucoup de temps à comprendre de quoi il retourne. Paranoïaques, ils évitent d’aborder ce genre de sujet quand des étrangers s’approchent. Mais grâce à ses talents d’enquêtrice, aux diversions du service, et à l’anneau de discrétion enchanté par Magdalena, elle saisit la globalité de leur discussion.
Franz les a pris à partie, mécontent de son sort, alors qu’ils préféreraient en parler plus tard. Il estime trop payer pour le service reçu. Les époux Wilmer et Gretella van Koester sont à la tête d’un groupe d’entrepreneurs : le club des Cordeliers. Ces premiers de cordée, dont fait partie Friedrick, représentent l’Arland qui travaille, au lieu de se morfondre dans le dépit : la haute bourgeoisie. Ce seraient eux les principaux bénéficiaires de cette entente.
Leur plan implique d’abord le haut prêtre Finsternis. Celui-ci gère les interventions de son culte, là où les exorcismes sont nécessaires. Quand un prêtre de Prayos détecte une maison hantée, il le signale à sa hiérarchie. Finsternis ne donne la liste que des logements les plus pauvres.
Un membre important du Guet, dont le nom de code est « le Pêcheur », récupère les noms des habitants. Il va les voir, avec quelques hommes, et les expulse de chez eux, au prétexte que c’est dangereux. En attendant les prêtres, les désormais sans-abris sont forcés de compter sur sa générosité. Le Pêcheur les reloge dans des appartements privés, dans un autre quartier. Le confort minimal de ces locaux ne reflète pas du tout le tarif pratiqué par le pêcheur, qui exige une fortune en loyer. Et les exorcismes se font attendre. Rapidement, le Pêcheur propose aux démunis de travailler pour payer leurs loyers, souvent en double de leur travail normal, ou en embauchant leur famille. Ils servent de main d’œuvre forcée et presque gratuite pour le Club des cordeliers.
Dans ce schéma, Franz a deux rôles : au début, quand il utilise des substances alchimiques pour justifier les rumeurs de hantise, puis une fois que ces pauvres travaillent, pour les motiver ou les rendre plus efficaces, à l’aide de produits non testés ou dangereux. Le Pêcheur efface leurs traces.
Pour les 3 autres, Franz abuse. Les tarifs du Pêcheur sont raisonnables. En même temps, pour ce que Magdalena connaît du personnage, cela n’a rien d’étonnant. En tant que directeur des Lanterniers, Franz est connu pour son avidité bien plus que pour ses connaissances alchimiques. C’est lui qui maintient le prix du charbon des Steineheisse aussi haut.
Isolde ronge son frein, tout en cachant l’appareil eidolonique, qui a saisi assez de preuves pour les incriminer. Un indice de grande valeur, s’il devait être monnayé.
Encouragée par l’ambiance, la fête s’endiable un peu. Les convives chahutent, et crient. Les tentes sont prises d’assaut, et le couvre-feu est très modérément respecté. Voyant cela, Tanorivel laisse sa place, et emporte un plateau de bretzels, qu’il distribue aux voisins. Il tombe sur une petite vieille, madame Irma, qui vilipende les fêtards, auprès de son interlocuteur courtois, Belandir. Le sergent elfe s’occupe normalement des portes, mais elles sont fermées, à cette heure. Le bruit est infernal ! La rue est envahie par les carrosses ! Il faut consulter leurs burgerbriefs ! Tano est si patelin, et le gâteau tellement bon, qu’il retourne la vieille comme un gant, désormais toute miel. Si seulement ses petits enfants étaient aussi aimables que les elfes ! Elle en profite pour expliquer sa recette de petits fours à Belandir, que Tano abandonne, poliment fusillé par son regard.
Droit de cuistrerie
Fier comme un paon, et légèrement éméché, Friedrick prononce un trop long discours exalté sur la « bonne société de Brenhaven » à laquelle il lie sa famille aujourd’hui. Tout à l’évocation de sa richesse et à la promotion de sa minoterie, il en oublie presque de faire l’éloge de son fils. Il finit par être tiraillé par sa femme, et comprenant où elle voulait en venir, il saisit Tobias, qu’il arbore devant l’assemblée, vantant sa gauloiserie et sa virilité. Il annonce même ne pas douter d’un prochain enfant.
Tano voit, bien sûr, que Tobias n’en mène pas large. Pour Birgit, qui a déjà vécu un mariage, et qui n’a plus grand-chose à faire de sa réputation de femme, les paillardises du public la laissent froide. Pour Tobias, le stress déjà grand le fait plonger dans la cruche. Il se ressert hardiment du vin, alors qu’il en a eu sa dose. Il adopte un teint gris pâle.
Mais c’est alors que Tobias aperçoit quelque chose de bien pire ! La décoration en pierre représentant un blason des Müller, attachée au mur du manoir, est en train de se détacher. Et alors que les regards sont concentrés sur ce groupe, Friedrick risque de périr aplati par la propre marque de ses privilèges. Sachant que les Müller ne sont que des bourgeois, et donc que leur blason reste scandaleux pour une partie de la noblesse, la blessure causée par la chute ne serait qu’une égratignure, comparée aux moqueries. Avec diligence et talent, Magdalena solidifie le mur d’une altération magique, sans que qui que ce soit ne le remarque.
Tano se rapproche de Tobias pour lui remonter le moral discrètement, quand les portes du manoir s’ouvrent avec fracas. Ceux que l’on n’attendait pas entrent dans le grand salon. Une escorte d’une dizaine d’archers elfes reste dehors. Un cortège de nobles flagorneurs accompagne Alasaril, le doyen des elfes naria. En majesté, il porte une splendide cape de plumes, qui, avec son maquillage émeraude, et son diadème étoilé, ne parviennent pas à le rendre ridicule. Son ton de voix, doux comme un félin, et aimable comme un serpent, y sont sans doute pour quelque chose. Comme si soudainement, l’assemblée se rappelait de quelque chose d’urgent, nombreux sont ceux qui changent de salle, ou fuient vers le jardin. Isolde en profite pour embarquer Janelle discrètement.
Alasaril reproche à Friedrick de ne pas l’avoir invité. Il est impatient d’en apprendre plus sur les coutumes des mortels, car il n’a jamais assisté à l’un de leurs mariages. Friedrick, terrifié, tiraille sa fraise, et s’avisant d’un fauteuil, en chasse l’un de ses aïeuls, pour le confort du doyen. Tano essaie tant bien que mal de ménager une ambiance qui puisse plaire à ses messieurs dames aux oreilles pointues, mais il s’aperçoit qu’ils sont abominablement difficiles.
D’ailleurs, Alasaril réclame du nectar féerique, ou, au pire, de l’hydromel d’acacia. Tout le monde a cela sur une étagère. Magdalena improvise un cocktail avec les moyens du bord, et surtout sa substance alchimique qui donne bon goût à n’importe quoi. Elle se surpasse, en y ajoutant ses meilleurs ingrédients, et Alasaril lui-même doit admettre que certains breuvages des mortels ont un goût pas complètement désagréable. Par contre, il requiert ensuite du rôti de bête éclipsante, ou, au pire, une brochette de striges, et le pauvre paysan qui s’est retrouvé à ne pas pouvoir le servir a gagné des cours de cuisine chez les elfes. Dont la durée n’est pas spécifiée.
Petit à petit, la fête reprend, mais elle ne sera plus la même. Comme si le dégrisement causé par l’irruption aurait semblé trop ambitieux à combler par l’alcool disponible. Les gens désertent lentement les lieux, et c’est tout naturellement que Tobias et Birgit vont saluer la salle. Mais Alasaril, prestement, les devance. Avant qu’ils puissent parler, le doyen elfe annonce vouloir expérimenter une coutume mortelle : le droit de cuissage. Il souhaite ardemment profiter de la première nuit. Friedrick lui tend la main de Birgit, mais cela semble le dégoûter. Il préfère plutôt celle de Tobias. Isolde s’approche, et lui révèle que c’est une loi tombée en désuétude depuis longtemps. Alasaril est vaguement gêné. Peut-être qu’on contrarie ses plans, ou même simplement vexé d’être pris en défaut sur un sujet qui lui tient à cœur. Schäffer renchérit : les mortels ont souvent des maladies, qui peuvent être fatales aux elfes.
Tano imagine Alasaril au lit avec Tobias, surprenant son tatouage lié à la Thanatocratie. Il se dépêche de chuchoter à l’oreille de son amant les phrases les plus dégoûtantes qui lui viendraient à l’esprit. Tobias, déjà complètement barbouillé, ne tarde pas à dégobiller tripes et boyaux. Malgré une envie difficile à réprimer, Tano oriente Tobias vers les rideaux plutôt que vers le doyen verdoyant. Dégoûté, Alasaril remercie Schäffer de l’avoir averti, et couvre son nez d’un mouchoir parfumé. Suivi de sa cour, il quitte les lieux séance tenante, d’une retraite ordonnée, mais frustrée, embaumant la violette soufrée.
Alors qu’Isolde pense à la facture de nettoyage de sa baraque, Friedrick, bien que cela lui coûte terriblement, se doit de les remercier. Klaus en profite pour valider le devis, que le meunier règle rubis sur l’ongle, dès le lendemain matin. Nos résistants sont riches, et ils profitent de leur notoriété pour lancer des chantiers aménageant l’auberge, et engager du personnel spécialisé. La restauration de la brasserie est leur premier choix, suivi de la rénovation des chambres inutilisées. Ils y adjoignent une armurerie dans l’ancien atelier, pour améliorer la pugnacité de leur groupe, et un potager pouvant fournir des épices rares.