J'ai vu l'
Odyssée de Nolann du coup, je vais faire une petite critique fleuve, pour vous public, réjouissez-vous, nan n'applaudissez pas.
Je vais commencer par
les points négatifs :
- La musique, déjà dit, évidemment, non mais c'est quoi, ça encore? On a l'impression d'être dans la période creuse d'un technival dégueulasse par temps de pluie. Horrible. Limite, mettez rien, c'est mieux.
- Les puinchlines délivrées de façon hiératiques par des gens qui prennent la pose pour finalement, des citations dignes des pages inspi de Facebook. C'était dèjà ce qui m'avait repoussée dans Man of Steel, c'est marginalement mieux ici. Pareil, nan mais faites du muet, limite, hein, y'a pas à se faire du mal comme ça.
- l'aspect de réduction des personnages féminins, oui, il faut sélectionner, mais les personnages féminins de l'Odyssée, c'est quand même un point important, au point que la critique se demande si un ou plusieurs des auteurs de l'Odyssée aurait pu être une femme. Dommage. Avec ça l'effacement des Phéaciens, il faut couper, bien sûr, au vu de la duée du film et du matériel de base. Bon.
Les points positifs, j'en prends quelques uns mais globalement, je trouve que c'est une bonne adapatation, anglée, intéressante, intelligente et qui a fait des choix cohérents et intéressants.
Ulysse, le Vetéran en stres post traumatique, c'est, il me semble, un axe d"écriture et d'interprétation intéressant dans la veine des Ulysse pacisfistes post Première Guerre Mondiale (Giono, Joyce etc) qui est, en plus, une bonne appropriation du personnage dans le contexte des US et de l'Occident actuel. Tout y est, drogues et crise des opiacées, la dissociation, les crises de violences etc, on peut même
. Ulysse montré comme un gars brisé qui suit une idée fixe et, globalement, s'il sort de l'action, c'est comme un vélo, s'il s'arrête, il se casse la gueule définitivement. Ce qui arrive, en fin de compte chez Calypso.
L'aspect taiseux d'Ulysse, ça paraît contre productif pour le héros du logos mais, j'ai trouvé qu'on en faisant quelque chose d'intéressant : comme la communiocation est souvent impossible avec les monstres ( bonne utilisation du monde monstrueux ou divin dans les îles, d'ailleurs, Vernant serait tout fier) et inutile avec les compagnons (ils se connaissent tellement bien que toute discussion est superflue, la proximité voire la promiscuité du navire étant super bien rendue par leur coquille de noix). Du coup toute la communication passe par les regards, les non dits, le langage corporel, les signes etc. La langue du texte du film est d'ailleurs très sèche, taillée jusqu'à l'os avec peu de vocabulaire, beaucoup de variations sur un même terme (retour = homecoming, pas return) ce qui lui confère définitivement une volonté d'englober, de généraliser, d'universaliser etc. Du coup, je comprends bien les critique de la traductrice Wilson, qui, si je ne me trompe, a fait l'inverse, préciser les termes etc. Et le jeu des acteurs permet une sacré économie de dialogues et d'échanges.
Les monstres et leurs îles : super taf, rien trop à redire, les inspis picturales et cinématographiques crèvent les yeux (Goya/Labyrithe de Pan, Moreau, Bacon etc), très visuellement réussis, très angoissants, vas y, je vais mettre en route la théorie du complot : les Nolan sont secrètement sourds ( nan mais pas possible d'entendre leus dialogues et de les laisser) mais ils compensent avec le visuel. La scène des morts est magnifique, dans l'ensemble c'est réussi et j'apprécie de ne pas avoir vu de colonnes ou de toits bleus et blancs mais d'avoir vraiment eu l'impression de voir du Mycénien dans les passages hors des îles ( les îles des monstres sont dans un endroit qui n'est plus le monde humain, qui est une sorte d'espace hors du monde, d'où le petit détail de la neige pour le symboliser, aussi) et des trucs qui vont de l'île écossaise à la forêt germanique dans les îles des monstres. Visuellement, la présence de la mer, immense, tout le temps, c'est super bien fait aussi. Ca m'a presque filé le mal de mer.
Le voyage de Télémaque (la Télémachie): bah, déjà, on ne l'a pas toujours dans les adaptations. C'est chouette, quand on a sû que N'Yongo jouerait Hélène, je me suis à peu près tout de suite dit, "ah, ben du coup, Télémachie, c'est coo! mais ça va être long. Bah, pas tant, bon équilibre, les coupes sont plutôt bien faites et sans complaisance. Le rythme est excellent. Ca passe très vite, sans, à mon sens, être trop expédié. Du coup, les flashbacks et récits insérés pour le cheval et Troie, bah, c'est dans l'Odyssée, à l'exception de Sinon, évidemment, Agamemnon et sa présence forte sans qu'on le voie, très bien amené, ç'aurait pu être un fiasco comme la mort de Cotillard si mal fait, là, j'ai trouvé ça correctement dirrigé. Les acteurs, excellents, le palais, Télémaque, Antinous, très bien, rien à redire. Là encore amputé de la visite à Nestor mais bon, faire des choix. Et puis la Télémachie, c'est important, ça retarde et prépare la première apparition d'Ulysse, tout en le mettant au centre du récit puisque tout le monde en parle.
L'hospitalité, les peuples de la mer tout ça : dans le sens où c'est un gros thème de l'Odyssée (cf Vernant) et où c'est toujours un peu tangent (Ulysse respecte et s'en réclame ....mais il prend des libertés sur les règles, les prétendants les bafouent tout en en gardant une forme pervertie, Télémaque en fait l'expérience dans sa forme pure). J'ai trouvé que toutes les scènes d'hospitalité disaient quelque chose de la société, d'ailleurs toutes les scènes de banquet sont des scènes dégueulasses, d'empiffrement, d'humiliation, de domination, de honte etc, je trouve que c'est une grande réussite de ce film d'avoir explicité et représenté visuellement le sous texte du texte homérique. Dans l'ensemble, je ne sais pas si les Nolan ont bien bossé ou ont eu des bons consultants, un peu les deux, probablement, mais les points saillants de la recherche récente (comprenez les 50 dernières années) sur l'Odyssée ont été exploités, je trouve, de façon intéressante, fine et intelligente au service d'une réflexion sur le monde moderne au prisme de l'Antiquité, dans un dialogue fécond sur l'autre, la violence, les dominations etc. J'ai aimé qu'Ulysse empêche absolument Télémaque de verser le sang dans le palais, le confinant à un rôle de support pour prendre la souillure uniquement sur lui. Belle mise en scène.
J'ai omis plein de trucs, le film est riche et bourré de bonnes idées et de belles interprétations qui méritent d'être développées.
Dans l'ensemble, donc, je trouve que c'est un film réussi. Un bon film et un grand film dans la mesure ou en un film fini, on réussit à faire rentrer plein de choses pertinentes, appuyées sur les critiques actuelles du texte. Le travail d'adaptation, de mise à jour, de modernisation du matériau antique est, selon moi, très réussi. Même la prédominence des personnages masculins est au service d'une belle critique du patriarcat et du virilisme même si ça tombe un peu parfois dans une esthétique viriliste. Evidemment, après avoir vu le film, j'ai couché quelques notes qui ont vocation à se transformer en support pédagogique pour mes prochains stages. Si les collègues présents sur ce forum veulent le doc quand il sera lisible, je peux le leur envoyer à leur demande. Avec un peu de chance, je ferai moins de 10 pages mais ça n'en prend pas la direction...